Ayelet Shaked, la voix nationaliste qui veut succéder à Netanyahu
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Ayelet Shaked, la voix nationaliste qui veut succéder à Netanyahu

Ingénieure de formation, l'ex-ministre de la Justice, qui a commencé sa carrière politique au Likud, avait échoué à intégrer la Knesset en avril

Ayelet Shaked prend un verre avec des jeunes pendant sa campagne électorale, le 31 août 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Ayelet Shaked prend un verre avec des jeunes pendant sa campagne électorale, le 31 août 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Dans la grande famille de la droite israélienne, le courant ambitieux de la « nouvelle droite » et son égérie Ayelet Shaked espèrent s’imposer comme solution de rechange au mentor Benjamin Netanyahu.

Samedi soir, après Shabbat, Ayelet Shaked serre les mains, multiplie les selfies et boit des shots d’arak, un très fort alcool anisé, offerts au fil de la soirée dans les bars de Jérusalem.

Shaked, mère de deux enfants mariée à un pilote de l’armée de l’air, veut succéder un jour à son ex-patron. Et pour y parvenir, elle descend dans la rue, question aussi peut-être de casser l’image d’une femme politique trop cérébrale et associée à des partis religieux en vue des élections législatives du 17 septembre.

« Etre en campagne, c’est parler aux gens dans la rue, c’est important », dit-elle à l’AFP qui l’a suivie lors d’une soirée au marché de Mahane Yehuda, rendez-vous nocturne de Jérusalem avec ses bars et ses restaurants.

Née à Tel-Aviv d’un père d’origine irakienne et d’une mère née en Palestine avant la création de l’Etat hébreu, Ayelet Shaked débute sa carrière politique en 2006 comme cheffe du cabinet de Benjamin Netanyahu, à l’époque chef de l’opposition.

Deux ans plus tard, elle démissionne et crée avec Naftali Bennett, son ancien collègue au gouvernement, « My Israel », une ONG voulant promouvoir « les valeurs juives et sionistes ».

Inséparable de Naftali Bennett, ils forment un duo de choc aux yeux des électeurs de la droite déçus par le Likud de Benjamin Netanyahu.

En 2012, elle remporte, à la surprise générale, la troisième place lors des primaires du parti religieux nationaliste HaBayit HaYehudi.

Puis vient la consécration : en 2015, elle entre dans le gouvernement de M. Netanyahu. Figure désormais incontournable de la droite nationaliste, elle devient la coqueluche des religieux, alors même qu’elle est laïque.

A LIRE : Shaked : Une coalition de droite est nécessaire pour réformer la justice

Vêtue d’une simple robe bleue et légèrement maquillée, l’ex-ministre de la Justice, aujourd’hui âgée de 43 ans, fait sensation parmi les clients et patrons de bars qui la saluent, l’invitent à s’asseoir avec eux un moment, à prendre des selfies, voire à boire des verres d’arak.

A chaque fois, la même réponse : oui. Doublée d’un appel. « Il faut voter Yamina pour assurer qu’il y ait un gouvernement de droite », dit-elle à chacun. « Elle est hypnotisante », s’extasie Daniel Trattner, 22 ans, pour qui voter Shaked c’est « voter pour mes valeurs ».

Ingénieure de formation, Ayelet Shaked a commencé sa carrière politique dans le Likud de M. Netanyahu, mais a claqué la porte en 2012 pour rejoindre le parti religieux nationaliste HaBayit HaYehudi qu’elle a ensuite abandonné pour former l’an dernier HaYamin HaHadash. Cette formation s’est alliée à de petits partis religieux pour former une liste baptisée Yamina (A droite, en hébreu).

Opposée à la création d’un Etat palestinien et partisane de l’annexion de la « zone C », qui représente 60 % de la Cisjordanie, Ayelet Shaked a participé à des gouvernements de coalition de M. Netanyahu. Et elle avait été la femme la plus influente d’Israël en 2017 et 2018 par le magazine Forbes. « Je vise le plus haut que je peux vers la direction de l’Etat pour faire avancer les valeurs et les objectifs de la droite », a-t-elle affirmé au lancement de sa campagne.

« Parfum de fascisme »

Ses positions très marquées à droite trouvent un écho chez les nationalistes israéliens et le mouvement favorable au développement des implantations juives dans les Territoires palestiniens.

L’égérie de la nouvelle droite n’a pas peur de la provocation. Lors de la campagne pour les élections d’avril dernier, Shaked avait choqué, suscité les railleries, voire l’indignation avec un clip controversé détournant les codes de produits de luxes

Noir et blanc, clair-obscur, ralenti, Shaked se saisissait d’un flacon sur lequel il est écrit « fascisme » en anglais et le vaporisait voluptueusement sur elle en ajoutant: « Pour moi, ça a le parfum de la démocratie ».

La co-présidente de HaYamin HaHadash et ministre de la Justice Ayelet Shaked dans un clip satirique de campagne diffusé le 18 mars 2019. (Capture d’écran : Twitter)

L’idée était de ridiculiser ses adversaires pour qui ses positions flirtent avec le fascisme, en affirmant qu’elles exprimaient au fond la quintessence de la démocratie.

Mais son parti HaYamin HaHadash n’avait pas réussi à atteindre le seuil de 3,25 % des voix pour entrer à la Knesset.

Contrairement au scrutin d’avril, Shaked est désormais la numéro 1 sur la liste de son parti et a évité jusqu’à présent des pubs trop controversées pour se concentrer sur le terrain.

Ce soir-là à Jérusalem, elle est suivie par Shouly Moalem, une candidate de Yamina. « Les gens l’adorent et lui montrent beaucoup d’amour », dit-elle.

Mais ce n’est pas le cas de tous. « Je vote à droite mais elle est entourée de gens trop extrémistes donc j’hésite encore », confie Roï, 20 ans, un soldat en permission, faisant allusion aux deux formations de droite religieuse associées à la liste Yamina.

Pour Noa, une jeune femme qui a pris une photo avec l’ancienne ministre, Shaked est « belle et brillante mais je ne veux pas que les rabbins qui l’entourent aient trop de pouvoir ».

Le rabbin orthodoxe Rafi Peretz, membre de la liste Yamina de Shaked, avait fait des déclarations fracassantes ces derniers mois, en suggérant notamment des thérapies pour convertir les gays à l’hétérosexualité, avant de se rétracter.

(De gauche à droite) Ayelet Shaked, Naftali Bennett, Bezalel Smotrich et Rafi Peretz annonçant une fusion entre partis de droite religieuse, le 29 juillet 2019. (Autorisation)

Première cheffe à droite

Sans s’afficher féministe, Mme Shaked rappelle volontiers qu’elle est la première femme à la tête d’un parti de droite en Israël.

Surtout, la chef de file de Yamina cherche à s’imposer aux élections pour participer à un éventuel gouvernement de droite, aux cotés de Benjamin Netanyahu, comme ces quatre dernières années.

Aux yeux de YomTob Kalfon, avocat originaire de Sarcelles et candidat Yamina en 17ème position sur la liste [il était 8e au sein de Hayamin HaHadash], Ayelet Shaked « a l’étoffe d’un Premier ministre car elle sait créer des alliances, lever les obstacles et rassembler autour d’elle ».

« Elle va droit au but et possède toutes les qualités pour succéder à Netanyahu ».

Ayelet Shaked prend un selfie avec des jeunes pendant sa campagne électorale, le 31 août 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
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