Ayrault rencontrerait des responsables du Hezbollah au Liban
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Ayrault rencontrerait des responsables du Hezbollah au Liban

"La stabilité de la ligne bleue (la ligne de démarcation entre le Liban et Israël) est une priorité pour la France," a déclaré le ministre des Affaires étrangères français

Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères et du développement international, parle aux journalistes avant qu'il ne prenne la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le 10 Juin 2016. (Crédit : AFP/Kena Betancur)
Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères et du développement international, parle aux journalistes avant qu'il ne prenne la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le 10 Juin 2016. (Crédit : AFP/Kena Betancur)

Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, devait rencontrer mardi au Liban une délégation politique du Hezbollah, dont la branche militaire figure sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des États-Unis et d’Israël et de certains pays du Golfe.

Le site d’informations libanais al-Joumhouria a cité des sources « bien informées » qui ont déclaré que la délégation comprendrait le député Ali Fayyad, du parti du Hezbollah, Loyauté au bloc de la résistance, ainsi que le dirigeant des relations internationales du Hezbollah, Ammar al-Musawi.

Ayrault a exhorté lundi les différents responsables politiques libanais au compromis pour régler la crise institutionnelle qui paralyse le pays depuis deux ans, estimant que le conflit syrien ne pouvait justifier à lui seul le blocage.

« Il faut trouver une solution, il appartient aux partis libanais de trouver les voies d’un compromis politique », a déclaré le ministre devant un parterre de responsables politiques libanais, conviés à un dîner à la résidence française à Beyrouth.

« La crise syrienne ne peut à elle seule justifier l’absence de solution à la crise institutionnelle qui dure depuis trop longtemps », a estimé Ayrault, qui a commencé à rencontrer les principaux responsables libanais et poursuivra ses entretiens mardi.

Membres du mouvement chiite libanais Hezbollah lors des funérailles d'un combattant du Hezbollah, qui a été tué en combattant aux côtés des forces du gouvernement syrien en Syrie, le 1er mars 2016. (Crédit : AFP/Mahmoud Zayyat)
Membres du mouvement chiite libanais Hezbollah lors des funérailles d’un combattant du Hezbollah, qui a été tué en combattant aux côtés des forces du gouvernement syrien en Syrie, le 1er mars 2016. (Crédit : AFP/Mahmoud Zayyat)

Le Liban n’a pas de président depuis 2014 et les institutions politiques sont totalement bloquées, en raison des antagonismes suscités notamment par la guerre en Syrie voisine, entre partisans du régime de Bachar al-Assad, dont le puissant mouvement terroriste chiite du Hezbollah, engagé dans la guerre, et les détracteurs du pouvoir de Damas. Les rivalités interchrétiennes minent également le processus d’élection d’un président.

« Nous dialoguons avec tous les pays qui exercent au Liban une influence », a par ailleurs assuré le ministre, alors que les deux grands rivaux régionaux, Arabie saoudite et Iran, s’affrontent par alliés interposés au Liban, en Syrie ou encore au Yémen.

« Le message est que la solution ne viendra pas de l’étranger. Personne ne fera obstacle à un accord des Libanais entre eux », a-t-il assuré.

« C’est ici qu’il faut négocier un cadre global, solide, durable, c’est un choix souverain que vous avez à faire. La France est prête à vous y aider, nous sommes des facilitateurs », a-t-il ajouté, estimant qu’un compromis « ouvrirait la voie à un meilleur soutien international ».

Tammam Salam, Premier ministre du Liban (Crédit : Leoboudv/Flickr/CC.BY.SA 2.0/Wikimedia commons)
Tammam Salam, Premier ministre du Liban (Crédit : Leoboudv/Flickr/CC.BY.SA 2.0/Wikimedia commons)

Dans ce pays multiconfessionnel, la parité est de rigueur entre chrétiens et musulmans au Parlement et au gouvernement. Le président est par tradition un chrétien maronite, et le Premier ministre est sunnite. L’actuel chef du gouvernement, Tammam Salam, exerce ses fonctions depuis 2014.

‘La France fera tout pour maintenir la paix au Liban’

Le ministre français des Affaires étrangères a promis lundi que son pays ferait tout pour aider à maintenir la paix au Liban et assuré que la France maintiendrait son engagement au sein de la Force intérimaire des Nations unies dans ce pays (Finul).

Arrivé lundi, Ayrault s’est d’abord rendu au quartier général de la Finul, à Naqoura.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault (au centre) au centre de commandement de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unis au Liban) à Naqura, au sud  de Beyrouth, le 11 juillet 2016. (Crédit : AFP/Mohammad al-Ghandour)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault (au centre) au centre de commandement de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unis au Liban) à Naqura, au sud de Beyrouth, le 11 juillet 2016. (Crédit : AFP/Mohammad al-Ghandour)

La France compte quelque 850 militaires sur 10 000 hommes au sein de cette force de maintien de la paix, créée en 1978 et renforcée après la guerre de 2006.

« Il y a dix ans jour pour jour éclatait une guerre meurtrière entre Israël et le Hezbollah », le mouvement chiite libanais pro-iranien, a rappelé le ministre devant les soldats français de la mission onusienne.

« La stabilité de la ligne bleue (la ligne de démarcation entre le Liban et Israël) est une priorité pour la France », a-t-il déclaré, assurant que celle-ci resterait « pleinement engagée » au sein de la force.

L’action de la Finul « rend possible le maintien d’un calme précaire qui doit se transformer en cessez-le-feu définitif, c’est notre objectif », a-t-il ajouté.

« Je viens ici avec un message de soutien à nos forces, et au peuple libanais. Nous voulons aussi dire aux Israéliens de l’autre côté de la frontière que nous ferons tout pour garantir la paix et la sécurité pour tous », a-t-il déclaré.

La frontière entre Israël et le Liban, vue depuis la Galilée occidentale, en Israël, le 25 avril 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
La frontière entre Israël et le Liban, vue depuis la Galilée occidentale, en Israël, le 25 avril 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

La Finul, chargée de surveiller la frontière, mène des patrouilles quotidiennes pour recenser des violations et parer à toute escalade entre les deux pays.

« C’est calme, mais ce sont deux pays qui se regardent dans le blanc des yeux et tout peut toujours arriver. C’est très aléatoire et on ne sait jamais ce qui va se passer », a expliqué une source de la Finul.

Quelque 150 soldats français ont perdu la vie au Liban depuis 1978, dont 58 dans l’attentat du Drakkar en 1983, qui avait frappé le contingent français d’une force multinationale déployée après l’invasion israélienne de 1982.

Un casque bleu espagnol de la Finul a été tué l’an dernier lors d’incidents survenus entre Israéliens et le Hezbollah.

« Aujourd’hui, il y a encore d’autres menaces qui pèsent sur le Liban », a poursuivi Ayrault, citant la guerre dévastatrice en Syrie voisine et la crise politique à laquelle est confronté le pays du Cèdre, sans président depuis deux ans.

« Il faut que le Liban soit tenu à l’écart du conflit syrien », a exhorté le chef de la diplomatie française, alors que le pays compte 1,1 million de réfugiés syriens, soit un quart de sa population, et que le Hezbollah est directement impliqué dans la guerre en Syrie aux côtés du régime de Bachar Al-Assad.

Ayrault devait avoir lundi soir et mardi une série d’entretiens avec les principaux responsables politiques libanais, y compris des députés du Hezbollah, pour évoquer ces sujets.

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