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Beit Shearim: une pierre tombale, vieille de 1 800 ans, découverte par hasard

L'épitaphe en mémoire de "Jacob le converti", bizarrement formulée en grec, met en garde contre l'ouverture du tombeau d'un "prosélyte" de 60 ans

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

L'épitaphe vieille de 1800 ans de "Jacob le Converti" qui a été découverte à Beit Shearim. (Crédit : Yevgeny Ostrovsky/Israel Antiquities Authority)
L'épitaphe vieille de 1800 ans de "Jacob le Converti" qui a été découverte à Beit Shearim. (Crédit : Yevgeny Ostrovsky/Israel Antiquities Authority)

Il y a 1 800 ans, un converti au judaïsme appelé Jacob avait écrit une épitaphe à l’encre rouge qui mettait en garde contre l’ouverture de sa tombe dans le prestigieux cimetière juif de Beit Shearim en Galilée.

Cette épitaphe, découverte il y a un an dans le parc national, a été révélée par le biais d’un communiqué de presse de l’université de Haïfa et de l’Autorité israélienne des antiquités avant une conférence qui durera une journée en date du 1er juin. La pierre tombale portant ces inscriptions a été confiée à l’Autorité israélienne des antiquités (IAA) qui tente actuellement de la préserver dans l’espoir de pouvoir l’exposer un jour, a fait savoir le chef de l’Autorité, Eli Eskosido.

Tandis que plus de 300 inscriptions en quatre langues différentes ont été trouvées jusqu’à présent dans le cimetière de Beit Shearim, cette épitaphe de « converti » et une autre écrite sur un mur, à côté, sont les premières à avoir été identifiées au cours des 65 dernières années. De plus, c’est la toute première inscription à établir de manière sans équivoque la présence de la tombe d’un converti sur le site.

Datant de la fin de l’ère romaine ou du début de la période byzantine, l’épitaphe dit de manière idiomatique que « Jacob (Iokobos) le converti jure sur lui-même que celui qui ouvrira cette tombe sera poursuivi par la malédiction ». Après cette déclaration se trouve une ligne rouge épaisse. Un autre scribe a ensuite rajouté : « 60 ans ».

Alors que la présence d’une mise en garde stéréotypée contre l’ouverture d’une tombe est très commune – elles accueillaient en général plusieurs dépouilles – cette épitaphe est écrite en grec « bizarre », redondant, note le professeur à l’université de Tel Aviv Jonathan Price, qui a déchiffré l’inscription. « C’est apparemment ainsi qu’il s’exprimait », dit Price au Times of Israel.

Dans l’ancien monde, continue Price, il n’était pas rare que les individus composent leurs épitaphes avant leur mort. Et il est donc raisonnable d’attribuer la formulation de la malédiction à Jacob lui-même.

« Je suis sûr qu’il a préparé sa pierre tombale avant de mourir. Qu’il l’ait écrit avec sa propre main ou non, impossible de le savoir » même si la forme des lettres est « très bonne si on la compare à d’autres inscriptions faites à la main », continue Price.

Beit Shearim, site du patrimoine mondial de l’UNESCO, est considéré comme la dernière demeure de Judah HaNasi, éminent rabbin du 2e siècle qui aurait rédigé la Mishnah et qui présidait le Sanhédrin. Suite à son inhumation, les Juifs de toute la région avaient tenté de se faire enterrer là-bas, note Price.

« Beit Shearim est connu comme ayant été un cimetière international pour les Juifs de tout l’Orient », précise-t-il, et notamment pour les Juifs du Yémen, de Palmyre et de toute la terre sainte antique.

« Qui sait d’où venait Jacob ? », s’interroge-t-il en riant, « et nous ne le saurons jamais à moins de retrouver son journal – ce qui n’arrivera pas ». Toutefois, Price présume que sa langue natale était le grec. « Son grec assez amusant ne signifie pas pour autant qu’il n’était pas à l’aise dans cette langue ».

L’inscription apporte quatre éléments, continue Price. Le premier, elle révèle le nom du défunt, Jacob, ou Iokobos en grec, ce qui n’était potentiellement pas son nom de naissance mais un nom qu’il avait revendiqué plus tard dans sa vie. Ensuite, elle révèle qu’il est mort à l’âge de 60 ans.

Les tombes souterraines de la nécropole de Beit Shearim à l’intérieur d’une structure du parc national de Beit Shearim, le 20 septembre 2009. (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)

Elle enseigne aussi que Jacob était « totalement converti » à travers l’utilisation du mot grec « prosélyte ». A cette époque, explique Price, il y avait encore une autre catégorie de semi-adhérents qui étaient appelés « ceux qui craignent Dieu », qui n’adoptaient pas tous les commandements et qui ne se faisaient probablement pas circoncire.

Dernière information révélée par cette épitaphe, la mise en garde contre l’ouverture de la tombe. Qui ne donne pas toutefois de réelle d’indication sur le placement de la tombe dans la mesure où la pierre tombale a été certainement été déplacée par les pilleurs des temps anciens.

La pierre a été découverte il y a un an, adossée au mur d’une caverne où se trouvaient des tombes par le chef de la conservation des Parcs et des Loisirs Yehonatan Orline, dans une grotte qui était jusque-là inconnue. A côté se trouvait une seconde inscription sur le mur, qui a permis d’identifier avec certitude l’un des occupants du tombeau situé à proximité, dit Price.

L’épitaphe vieille de 1800 ans de « Jacob le Converti » qui a été découverte à Beit Shearim. (Crédit : Yevgeny Ostrovsky/Israel Antiquities Authority)

Le directeur des fouilles à Beit Shearim Adi Erlich, professeur à l’université de Haïfa, a déclaré dans un communiqué qu’il était impressionnant qu’à une époque où le christianisme commençait à dominer, il y ait ainsi des preuves montrant que les conversions au judaïsme continuaient.

« La découverte qui nous intéresse ici est l’une des rares portant le mot ‘converti’ à la fin de l’ère romaine », a signalé Erlich.

Selon ce dernier, l’inscription est révélatrice de la vie de la fin de l’époque romaine et du début de la période byzantine en Galilée, qui était le centre de l’implantation juive après les destructions lors de la révolte de Bar Kochba en l’an 135 de l’ère commune.

« Malgré le déclin de la Judée, et après l’échec d’un certain nombre de révoltes juives et le renforcement du christianisme, ainsi que sa propagation dans l’empire, nous constatons qu’il y avait encore des gens qui choisissaient de rejoindre la religion juive et qui la revendiquaient même avec fierté », explique Erlich.

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