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La policière impliquée dans le procès de Netanyahu promue malgré l’opposition de Ben Gvir

Rinat Saban a obtenu son grade après une bataille juridique d'un an ; le ministre de la Police a fait appel de cette décision, dans un dernier sursaut qui risque de rester sans effet ; le commissaire fait faux bond à la cérémonie

La surintendante de la police Rinat Saban assistant à une audience concernant le refus du ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir d'approuver sa promotion, au tribunal de Jérusalem, le 25 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
La surintendante de la police Rinat Saban assistant à une audience concernant le refus du ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir d'approuver sa promotion, au tribunal de Jérusalem, le 25 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au terme d’une bataille juridique qui a duré un an concernant sa promotion, la commissaire Rinat Saban s’est vu attribuer mardi le grade de commissaire principal, malgré la vive opposition du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Depuis mars 2025, le politicien d’extrême droite refusait de valider la promotion de Saban — par ailleurs largement soutenue par les hauts responsables de la police — en raison du rôle qu’elle avait tenu dans l’enquête ouverte sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Elle avait témoigné, de surcroît, lors de son procès pour corruption.

Le tribunal de district de Jérusalem avait rendu, au mois de février, un jugement qui déclarait illégal le refus de Ben Gvir, estimant qu’il découlait probablement de « considérations étrangères à l’affaire ». Le magistrat présidant l’audience avait ordonné à l’homme politique de valider la promotion de l’enquêtrice – mais ce dernier n’avait pas cédé.

La semaine dernière, le tribunal a finalement accordé un délai de cinq jours à Ben Gvir pour se conformer au jugement, avertissant qu’à la fin de cette échéance, Rinat Saban serait de toute façon promue – avec ou sans son accord.

Ben Gvir a déposé, dans la matinée de mardi, un recours devant la Cour suprême contre cette décision, dans ce qui a paru être une dernière tentative visant à empêcher la promotion.

« Un ministre n’est pas un simple tampon et il ne se reniera pas lui-même en nommant quelqu’un qui a enfreint la loi à maintes reprises », a-t-il écrit dans son mémoire.

Jusqu’à récemment, la signature du ministre, s’agissant de la majorité des nominations au sein de la police, était considérée comme une simple formalité, qui ne visait pas à conférer aux élus un pouvoir sur le processus de promotion.

Mais Ben Gvir a érodé cette norme depuis son entrée en fonction.

Conformément à la décision de justice, Saban a reçu son grade sans la signature du ministre lors d’une petite cérémonie.

L’événement s’est tenu à Jérusalem en présence de son commandant, le commissaire adjoint Boaz Blatt, qui dirige la division des enquêtes et du renseignement de la police.

« Quand il y a quelque chose qui vaut la peine d’être défendu, nous nous battons pour cela », a commenté Saban lors de la cérémonie, selon la chaîne publique Kan.

« Si Dieu le veut, nous pourrons fêter Ruti [Hauslich] lors de sa cérémonie de promotion », a ajouté la policière nouvellement promue, faisant référence à une autre enquêtrice de la police dont la promotion est également bloquée par Ben Gvir.

Hauslich, qui sert également sous les ordres de Blatt au sein de la Division des enquêtes et du renseignement de la police, se serait heurtée à Ben Gvir lors de plusieurs réunions.

La cérémonie devait initialement se dérouler au commissariat du district de Tel Aviv en présence du commissaire Danny Levy, mais ce dernier a refusé d’y assister à la dernière minute, selon Kan.

Levy a exprimé son soutien à la promotion de Saban – mais il s’est toutefois abstenu de critiquer trop sévèrement Ben Gvir, alors que ce dernier est accusé d’avoir tenté d’influencer sa prise de décision. Les tensions entre les deux hommes ont parfois fait surface lors d’apparitions publiques.

Le chef de la police, Danny Levy, en compagnie du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d’une cérémonie à l’Académie nationale de police, à Beit Shemesh, le 15 septembre 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Plusieurs médias israéliens ont également fait état cette semaine de tensions croissantes entre Ben Gvir et Blatt.

Des détracteurs, avec parmi eux des responsables juridiques, ont affirmé que le premier exerçait une influence indue sur le travail de la police et qu’il menaçait de porter atteinte à l’indépendance des forces de l’ordre.

Selon plusieurs sources qui se sont confiées au quotidien Haaretz, Levy aurait commencé à envisager de limoger Blatt après que ce dernier s’est opposé aux tentatives du commissaire d’exercer une influence sur la division, apparemment sous les pressions de Ben Gvir.

L’article qui a été publié mardi a cité les propos tenus, sous couvert d’anonymat, par un responsable des forces de l’ordre qui a déploré que Levy « fasse le jeu de Ben Gvir ».

« Blatt est le seul officier de haut rang à ne pas plier devant Ben Gvir, malgré le chef de la police », a-t-il confié, soulignant que le haut-responsable en charge des enquêtes n’était pas non plus « en contact direct » avec le ministre.

Un enquêteur de police à la retraite proche de Blatt a également expliqué au Times of Israel que le chef des enquêtes s’était attiré les foudres de Ben Gvir parce qu’il travaillait selon « des normes professionnelles, et non selon des désirs et selon des intérêts politiques ».

Boaz Blatt, chef du département des enquêtes de la police israélienne, assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de Justice de la Knesset, à Jérusalem, le 27 avril 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dimanche, la Quatorzième chaîne – pro-gouvernementale – a rapporté que Levy avait rejeté la demande soumise par Blatt, qui voulait convoquer Netanyahu pour qu’il témoigne au sujet des soupçons qui ont laissé entendre que son chef de cabinet avait tenté d’interférer dans une enquête.

Ben Gvir a également tenté de limiter les capacités de la division à enquêter sur les affaires d’incitation à la haine et il a créé, au début de l’année, un nouveau service, subordonné au chef adjoint de la police, destiné à enquêter sur les incitations présumées liées au terrorisme.

Le statut officiel de ce service reste flou – mais il semble avoir traité au moins certaines affaires liées aux incitations à la haine après que la procureure générale Gali Baharav-Miara a appelé dimanche la police à mettre immédiatement fin aux opérations de ce tout nouvel organisme.

Une lettre a été envoyée par son bureau à la suite d’un reportage de Kan qui a affirmé que le chef du service, le commissaire principal Udi Ronen, avait demandé à ses agents de lui transmettre les noms des personnes qui les « gênent » — dans le but de surveiller leurs réseaux sociaux et éventuellement d’ouvrir des enquêtes sur leurs publications.

À la suite du déclenchement de la guerre avec l’Iran, le ministère de la Sécurité nationale a vanté ses efforts visant à réprimer ce qu’il considère comme des incitations à la haine, même si que des avocats ont déclaré que cette campagne — apparemment encouragée par Ben Gvir — visait à restreindre la liberté d’expression et la dissidence sous le prétexte de la sécurité en temps de guerre.

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