Ben Gvir veut interdire les manifestations sur les grands axes ou devant les synagogues
Le ministre de la Police a demandé l’accord de la procureure générale mais compte appliquer sa politique sous 5 jours même sans réponse ; l’opposition dénonce une atteinte à la liberté d’expression

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, cherche à imposer une nouvelle politique encadrant la gestion des manifestations par la police, qui interdirait notamment aux protestataires de bloquer les principales artères de circulation ou de se rassembler devant les synagogues.
Un projet qui risque fort de se heurter à d’importantes contestations juridiques.
La nouvelle politique, rendue publique dans son intégralité jeudi, interdirait les protestations bloquant les autoroutes et les grands axes, ainsi que les routes menant aux hôpitaux, aux villes isolées, aux voies d’urgence et à l’aéroport Ben Gurion.
Elle imposerait également aux organisateurs de solliciter l’autorisation de la police, placée sous la supervision de Ben Gvir, pour bloquer des routes en milieu urbain. Les rassemblements devant les synagogues seraient eux aussi interdits, le ministre estimant qu’ils pourraient porter atteinte à la liberté de culte. (Des manifestants se sont déjà réunis devant des synagogues fréquentées par des responsables politiques religieux.)
« La liberté de religion et de conscience des fidèles dans les synagogues l’emporte sur la liberté de manifester à l’intérieur ou à proximité d’une synagogue ou de tout autre lieu de culte », stipule le document du ministre.
Ben Gvir a dit avoir sollicité l’approbation de la procureure générale Gali Baharav-Miara pour cette mesure il y a déjà plusieurs mois, sans recevoir de réponse. Il lui a lancé jeudi un ultimatum juridique, annonçant qu’il mettrait en œuvre les restrictions indépendamment de son approbation, si elle ne devait pas répondre dans les cinq jours.
Plusieurs hauts responsables de la police ont fait part de leur mécontentement face à ces restrictions, confiant au site d’information Ynet que ce type de décisions devraient être prises par les agents sur le terrain, plutôt que par un élu.
Au mois d’avril, Ben Gvir avait signé un compromis juridiquement contraignant avec la procureure générale, qui l’obligeait à consulter cette dernière et le chef de la police israélienne avant de définir toute politique concernant manifestations et liberté d’expression.
Selon cet accord, cette politique doit être « diffusée à l’avance » et être « tournée vers l’avenir ; elle doit être publique, générale, équitable et ne pas être déterminée, publiée ou modifiée en fonction d’événements de protestation [spécifiques] ».
Ben Gvir s’est à de nombreuses reprises heurté à Baharav-Miara, qui lui a reproché son ingérence dans les affaires des forces de l’ordre, notamment concernant les manifestations antigouvernementales et les promotions au sein de la police. Elle a régulièrement averti que son comportement risquait de porter atteinte au caractère professionnel et apolitique de l’institution.
Le gouvernement a récemment voté en faveur du limogeage de Baharav-Miara, une décision qui a été gelée jusqu’à nouvel ordre, par la Haute Cour qui se prépare à examiner le dossier.
Le ministre d’extrême droite a rendu public son document quelques jours après que des manifestants en faveur d’un accord de cessez-le-feu pour obtenir la libération des otages ont organisé des mouvements de protestation dans tout le pays, bloquant les principales autoroutes entre Tel Aviv et Jérusalem.
Deux journées de mobilisation majeures ont eu lieu ces deux dernières semaines, et les organisateurs promettent de poursuivre leurs actions afin de maintenir la pression sur le gouvernement pour qu’il accepte la proposition d’accord de cessez-le-feu actuellement en discussion, qui permettrait la libération des otages détenus à Gaza.
Plusieurs députés de l’opposition ont dénoncé les nouvelles restrictions annoncées par Ben Gvir.
Yoav Segalovitz (Yesh Atid), ancien chef de l’unité Lahav 433 de la police, spécialisée dans la lutte contre la grande criminalité, a estimé qu’il serait inconcevable, dans « un régime démocratique sain », qu’un ministre rédige un tel document d’orientation.
« Il n’est pas surprenant qu’un ministre incompétent, un criminel condamné, tente d’influencer le travail de la police dans le domaine des manifestations et de la liberté d’expression, tout en tentant un nouveau coup politique visant la procureure générale et la Haute Cour de justice. Ce document politique devrait être jeté à la poubelle », a-t-il écrit.
Le député travailliste Gilad Kariv, membre de la commission de la Sécurité nationale de la Knesset et habitué des manifestations antigouvernementales à Tel Aviv, a également dénoncé ce document, qui revient selon lui à une tentative de « bafouer la liberté d’expression ».
« Ben Gvir a peur du mouvement de protestation et il cherche à le réprimer par l’intermédiaire de la police, parce que lui et ses amis savent qu’il exprime la volonté de la majorité de la population, rapatrier enfin les otages et mettre un terme à la guerre », a-t-il écrit sur X. « « J’appelle les hauts responsables de la police israélienne à rester fidèles à leur mission et à agir conformément à la loi et aux décisions de justice. »
Selon le journal Haaretz, des représentants du ministère de la Justice ont rencontré les collaborateurs de Ben Gvir pour discuter de l’insertion de la politique dans le règlement de la police.
L’équipe a l’intention de discuter de la politique proposée par le ministre en matière de manifestations dans les semaines à venir et elle a demandé une déclaration écrite du chef de la police, Danny Levy, et du conseiller juridique de la police concernant les restrictions envisagées.







