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Ben Gvir veut torpiller une loi déterminante pour le Shas

Le ministre a déclaré qu'il n'apportera pas son soutien à une loi à moins d'occuper un siège au cabinet de guerre qui a été démantelé ; le Shas l'a qualifié de "baudruche"

Le chef d'Otzma Yehudi Itamar Ben Gvir, à gauche, et le leader du Shas Aryeh Deri (à droite) lors d'une prise de parole distincte à la Knesset. (Crédit : Flash90)
Le chef d'Otzma Yehudi Itamar Ben Gvir, à gauche, et le leader du Shas Aryeh Deri (à droite) lors d'une prise de parole distincte à la Knesset. (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir s’est heurté aux membres du parti ultra-orthodoxes du Shas, lundi soir, jurant encore une fois de ne pas voter aux côtés de la coalition, alors que les prises de becs entre les différents partenaires de cette dernière menacent de plus en plus la survie du gouvernement.

Ben Gvir qui, depuis des mois, revendique le droit d’avoir davantage son mot à dire sur la gestion de la guerre contre le Hamas à Gaza, a menacé de retirer son soutien à une législation avancée par le Shas qui porte sur le financement des conseils religieux – un soutien qu’il a conditionné à un siège au cabinet de guerre, la cellule de commandement militaire gouvernementale qui est aujourd’hui démantelée. Le projet de loi a été retiré de l’agenda de la Knesset où il devait faire l’objet d’un vote, lundi dans la soirée.

Le Shas et le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir se sont engagés dans une guerre des mots dans la soirée de lundi, faisant des déclarations contradictoires et lançant des attaques personnelles, mettant en cause la responsabilité des uns et des autres et menaçant l’avenir de la coalition.

Plus tôt dans la soirée, Ben Gvir avait émis un communiqué accusant le Likud et le Shas d’avoir trouvé un accord avec les partis arabes qui visait à l’empêcher d’intégrer le cabinet de guerre. Il avait aussi critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu, estimant qu’il était à la tête d’un « gouvernement autocratique ».

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir avait fait savoir qu’il conditionnerait son soutien au vote de lundi au financement des conseils religieux à un siège au sein de la cellule de commandement militaire gouvernementale – qui a été démantelée il y a plusieurs semaines, quand le parti HaMahane HaMamlahti du député Benny Gantz a quitté le gouvernement.

« Cet accord conclu entre le Likud, [le chef du Shas Aryeh] Deri et les soutiens des terroristes, un accord qui a été finalisé dans le but d’empêcher l’entrée de Ben Gvir au cabinet, est une honte », a dit Otzma Yehudit dans un communiqué. Il est difficile de dire à quel accord la faction d’extrême-droite a fait allusion ou de déterminer le rôle qui aurait été tenu par les partis arabes dans la constitution du cabinet de guerre.

La séance plénière de la Knesset, le 24 juin 2024. (Crédit : Noam Moshkovitz/Knesset spokesperson)

Après les menaces émises par Ben Gvir, qui a dit qu’il ne soutiendrait pas la loi, le gouvernement a retiré le texte de l’ordre du jour au parlement et un certain nombre de députés du Shas ont quitté la Knesset en signe de mécontentement.

Le ministre de la Sécurité d’extrême-droite a alors laissé exploser sa colère à l’encontre de Netanyahu, l’accusant d’ignorer les autres membres de son cabinet et de prendre des décisions sécuritaires de premier plan sans prendre le temps de procéder à des consultations.

« Nous vivons dans une réalité absurde où nous faisons du sur-place à Gaza et sur la frontière nord, où les soldats ont les mains liées, où nous menons des négociations en réclamant des conditions irresponsables, où nous avançons vers un accord politique – tout cela en déposant les armes face au terrorisme sur tous les fronts et avec un Premier ministre qui est à la tête d’un gouvernement autocratique », a accusé Ben Gvir.

« Le Premier ministre doit comprendre qu’un ‘gouvernement de droite’ n’est pas une expression qui ne signifie rien et que les avis de ses partenaires de coalition pèsent dans la balance. Nous n’allons pas nous joindre à ses supporters dans les gradins. Nous sommes venus pour avoir une influence sur les choses », a-t-il continué.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant les troupes qui ont participé à l’opération de sauvetage des otages à Gaza, le 12 février 2024. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

En réponse, le Shas a critiqué Ben Gvir, l’accusant de fissurer le gouvernement et de tenter de renverser la coalition.

« Le bloc de droite a découvert, ce soir, qu’Itamar Ben Gvir n’est rien d’autre qu’une baudruche », a dit le Shas dans un communiqué, soulignant « une série d’échecs embarrassants dans ses domaines de compétence ».

La faction ultra-orthodoxe a estimé que Ben Gvir « fait beaucoup de bruit mais agit peu », avertissant que « ses pitreries infantiles et son ego boursouflé » menaçaient de renverser le gouvernement de l’intérieur.

« La droite s’est toujours effondrée suite aux coups portés par des gens comme lui », a dit le Shas. « Le public israélien en jugera ».

Ben Gvir a répondu en accusant le leader du Shas, Deri, d’être « le toutou » de la gauche – « d’Oslo jusqu’à aujourd’hui », a-t-il ajouté, faisant référence à la décision prise par Shas de s’abstenir lors du vote, à la Knesset, des Accords d’Oslo, en 1993.

« Deri a, depuis toujours, admiré la gauche, de [Yitzhak] Rabin à [Shimon] Peres en passant par [Benny] Gantz, et il est le premier à pousser le Premier ministre à adopter une politique de compromis », a précisé le communiqué émis par Otzma Yehudit. « Même aujourd’hui, Deri s’oppose à l’intégration du ministre Ben Gvir au sein du cabinet de guerre ».

Le dirigeant du Shas cherche « la reddition et la servilité », non une victoire décisive, a dit le communiqué. « Nous ne nous laisserons pas impressionner par les menaces proférées par Deri. Nous avons été élus pour mener une politique de droite dans les actes, pas seulement dans les paroles », a affirmé le parti qui a insisté sur le fait qu’il continuerait à revendiquer l’entrée de Ben Gvir au cabinet de guerre et « un changement d’approche » où « l’idée de la reddition, telle qu’elle est défendue par Deri » sera remplacée « par l’idée d’une victoire décisive ».

Le leader du Shas Aryeh Deri, à gauche, embrasse le chef d’Otzma Yehudit Itamar Ben Gvir pendant une séance plénière à la Knesset, le 13 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un communiqué, Gantz a expliqué que cette bataille entre les deux partis était un triste exemple de l’incapacité du gouvernement à fonctionner sainement à un moment critique.

« Hier, le Premier ministre a fait le lien entre le retour des otages et l’effondrement du gouvernement », a-t-il indiqué. « Aujourd’hui, Ben Gvir fait le lien entre une place au cabinet de guerre et un vote politique à la Knesset. La sécurité d’Israël, au cours de la guerre la plus difficile de son Histoire, est devenue la victime de lubies politiques ».

Avec le départ de Gantz du gouvernement, le mois dernier, Netanyahu a, dans les faits, démantelé la cellule de commandement militaire gouvernementale qui était composée de trois personnes, qui incluait aussi le ministre de la Défense Yoav Gallant et plusieurs observateurs, dont Deri.

Ce qui n’a pas empêché Ben Gvir, membre du cabinet de sécurité plus large, de continuer à revendiquer un plus grand rôle dans la prise en charge de la guerre. Le parti du Likud de Netanyahu l’a pour sa part accusé d’être inapte à une telle fonction en raison de sa tendance à laisser fuiter des informations auprès des médias.

Le Shas, pour sa part, refuse de renoncer à l’adoption de son projet de loi controversé qui viendrait amender la Loi sur les services religieux, qui régule la manière dont le gouvernement et les municipalités contribuent respectivement aux budgets des instances qui fournissent des services religieux aux communautés au sein des conseils municipaux et régionaux.

Cette loi de financement, qui a été écrite par le député Erez Malul, a été très critiquée par certains groupes de veille, inquiets qu’elle puisse être ensuite utilisée pour réintroduire certaines dispositions de la dite « Loi sur les rabbins » qui avait été récemment retirée de l’ordre du jour et qui était promue par le Shas. Malul et d’autres partisans du nouveau texte nient cette accusation avec véhémence.

La séance plénière de la Knesset, le 24 juin 2024. (Crédit : Noam Moshkovitz/Knesset spokesperson)

La proposition établit que le ministre des Services religieux – il s’agit de Michael Malkieli, élu sous l’étiquette du Shas – aura le droit, avec l’accord du ministre des Finances, de verser de l’argent « pour les dépenses des salaires et pour les dépenses nécessaires pour les postes au-delà des sommes autorisées » de par la loi.

Selon les notes explicatives qui accompagnent le projet de loi, la législation permettrait au gouvernement d’aider à payer les « salaires des rabbins régionaux, des rabbins des moshavim et des préposés aux bains rituels sans facturer les autorités et les conseils régionaux », à la fois dans les communautés dotées de conseils religieux et dans celles qui n’en ont pas.

Ce dernier conflit semble être le signe le plus récent de fractures au sein de la coalition, alors que Ben Gvir et les partis ultra-orthodoxes font part de leur mécontentement croissant à l’égard de Netanyahu.

En plus du Shas, les membres du parti haredi YaHaout HaTorah ont fait part d’une perte de confiance dans le Premier ministre en raison des tentatives vaines de faire approuver des projets de loi dont l’adoption leur avait pourtant été promise – ce qui vient s’ajouter à la bataille portant sur la loi consacrée au recrutement militaire des ultra-orthodoxes, qui reste le plus grand défi que devront relever les députés du Shas et de Yahadout HaTorah.

Le député de YaHadout HaTorah Moshe Gafni a laissé entendre, lundi, que la dissolution de la Knesset et des élections anticipées étaient une possibilité, disant à un législateur de Yesh Atid que « c’est la direction vers laquelle nous nous dirigeons ».

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