Benny Gantz annonce avoir échoué à former une coalition
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Benny Gantz annonce avoir échoué à former une coalition

Le leader centriste a reconnu son échec ; Israël entre maintenant dans une période de 21 jours lors de laquelle n'importe quel député pourra tenter de présenter une majorité

Benny Gantz reconnait son échec à former un gouvernement lors d'un discours le 20 novembre 2019. (Raoul Wootliff / Times of Israel)
Benny Gantz reconnait son échec à former un gouvernement lors d'un discours le 20 novembre 2019. (Raoul Wootliff / Times of Israel)

Le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz, a informé ce mercredi soir le président Reuven Rivlin qu’il n’avait pas réussi à former une coalition gouvernementale, ce qui semble indiquer qu’Israël se dirigera vers de troisièmes élections en moins d’un an.

Le leader centriste a reconnu son échec lors d’une conversation téléphonique avec le président, après la rupture des pourparlers avec le Likud de Benjamin Netanyahu et Yisrael Beytenu d’Avidgor Liberman.

Il a peu après donné une conférence de presse, quelques heures avant l’échéance de son mandat, fixée à minuit.

Dans son discours télévisé depuis Tel Aviv, il a accusé Netanyahu de ne pas avoir permis de former un gouvernement d’union, ce qui aurait mis fin à l’impasse politique. Sur un ton enflammé et rythmé dénotant de son calme et son stoïcisme habituels, le numéro un de Kakhol lavan a pris à partie Netanyahu avec une férocité encore jamais vue chez l’ex-chef d’état-major.

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פורסם על ידי ‏בני גנץ – Benny Gantz‏ ב- יום רביעי, 20 בנובמבר 2019

« J’ai demandé au Premier ministre, qui a perdu les élections, de mener des négociations directes, mais j’ai été confronté à des insultes, à des calomnies et à des vidéos enfantines », a-t-il déclaré. « J’ai soulevé chaque pierre pour tenter de former un gouvernement d’union nationale. »

Dans son texte léché, lu sur deux prompteurs, Gantz a décrit l’obstruction de son rival aux conditions d’union fixées par Kakhol lavan non seulement comme un acte de défiance politique du Premier ministre, mais également comme une manœuvre peu morale destinée à subvertir la volonté des électeurs et à voler les élections, le tout non pas pour le bien de l’électorat, mais dans le but d’échapper à une mise en examen.

« Les gens nous ont choisis, ainsi que mes partenaires de Kakhol lavan, pour diriger Israël, et personne n’a le droit de contrecarrer son choix », a-t-il ajouté.

Gantz a déclaré qu’il n’avait ménagé aucun effort afin de parvenir à un gouvernement fondé sur « le respect, la morale, les valeurs ».

Il a affirmé que le bloc de droite de Netanyahu rassemblant 55 députés « ne travaillait que pour un seul homme », en référence au Premier ministre.

« Il s’agit d’une manœuvre dangereuse, la première du genre dans l’histoire du pays, afin d’empêcher, depuis plus d’un an, aux citoyens israéliens d’établir le gouvernement pour lequel ils ont voté de façon claire et catégorique et de se barricader dans un gouvernement transitoire pendant plus d’un an », a-t-il accusé.

Puis, assénant un coup bas, Gantz, dans un mouvement qui semblait bien répété, a regardé fixement les caméras alignées dans le fond du hall du centre des expositions de Tel Aviv et s’est adressé directement à Benjamin Netanyahu.

« Netanyahu ! L’État ne t’appartient pas », a-t-il tancé. « Le pays ne m’appartient pas. L’État appartient à ses citoyens. L’État est étranglé, libérez-le et entrez dans des négociations directes dès maintenant. Vous nous conduisez à une collision dangereuse qui portera un prix très lourd, et vous et vous seul en serez responsable. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une réunion du bloc de droite et religieux à la Knesset, le 20 novembre 2019. (Crédit : GALI TIBBON / AFP)

De façon répétée, il a fait le contraste entre son sérieux et des descriptions d’un sens du service public corrompu et déclinant incarné par Netanyahu, tentant de dépeindre deux Israël différents et deux dirigeants différents.

« Le peuple d’Israël a besoin d’un leader avec une vision et pas d’un leader avec une immunité. D’un leader qui bâtisse des routes au profit des citoyens et pas des déviations pour contourner des enquêtes dans son intérêt. D’un leader qui ne s’immerge pas dans son propre pétrin judiciaire, mais qui s’immerge dans les intérêts des citoyens », a-t-il dénoncé.

Israël entre maintenant dans une période de 21 jours lors de laquelle n’importe quel député de la Knesset pourra tenter de présenter une majorité gouvernementale avant la convocation de nouvelles élections.

Gantz a promis de « rester disponible pour des négociations directes, substantielles et rapides » au cours des trois prochaines semaines. Il avait déjà fait part à Rivlin de son intention de continuer de parvenir à un gouvernement d’unité, mais ses propos ont clairement révélé qu’il n’espérait pas vraiment une réconciliation avec Netanyahu.

Le discours du dirigeant centriste ressemblait en effet moins à une dernière tentative d’union et davantage au lancement d’une campagne électorale, ce en quoi le novice en politique s’y connait bien.

Après des semaines de pourparlers infructueux, les chances que l’un d’eux parvienne à former un gouvernement apparaissent faibles.

Le mois dernier, Gantz avait été chargé de former une coalition après l’échec de Netanyahu, devenant ainsi le premier Premier ministre autre que Netanyahu, au pouvoir depuis 2009, à être désigné depuis une décennie.

Mais M. Gantz n’a pas réussi à convaincre Avigdor Lieberman, chef d’un parti non aligné, Yisrael Beytenu, de le rejoindre dans une coalition, ni Benjamin Netanyahu à partager ensemble le pouvoir dans un système de rotation.

« Je me suis heurté à un mur composé des perdants (des élections) qui ont tout fait pour empêcher les citoyens israéliens de bénéficier d’un gouvernement sous ma direction », a déclaré M. Gantz.

« Netanyahu a privilégié ses intérêts personnels (…) et doit se rappeler que nous sommes encore en démocratie et que la majorité du peuple a voté pour une politique différente de la sienne », a ajouté Benny Gantz.

« Le peuple ne peut pas être otage d’une minorité extrémiste », a fait valoir l’ex-militaire qui cherchait à former un gouvernement d’union « libéral ».

Les élections législatives de septembre, qui faisaient suite à celles d’avril, qui avaient déjà mené à une impasse, n’avaient pas réussi à départager clairement MM. Netanyahu, Premier ministre sortant, et Gantz. Tous deux n’avaient pas obtenu lors du vote les appuis nécessaires, avec leurs alliés respectifs, pour revendiquer une majorité parlementaire.

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