Benny Landa : Teva devrait abandonner les génériques et privilégier les médicaments spécialisés
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Benny Landa : Teva devrait abandonner les génériques et privilégier les médicaments spécialisés

L'entrepreneur appelle le nouveau PDG, Kåre Schultz, à vendre les génériques de Teva ou à diviser l'entreprise en deux

L'entreprise Teva à Har Hotzvim, à Jerusalem (Crédit: Nati Shohat/Flash90)
L'entreprise Teva à Har Hotzvim, à Jerusalem (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

Teva Pharmaceutical Industries Ltd., le plus grand fabricant mondial de médicaments génériques, devrait « se débarrasser » de ses activités génériques et se concentrer plutôt sur le développement de médicaments spécialisés, a déclaré l’actionnaire et entrepreneur Benny Landa dans un entretien avec le Times of Israël.

« Pour la santé à long-terme de l’entreprise, à mon avis, Teva doit se couper des génériques et l’éliminer de l’activité de Teva », a déclaré l’entrepreneur et l’investisseur de 71 ans, qui selon une estimation, détiendrait des dizaines de millions d’actions de Teva en dollars.

Landa a refusé de préciser exactement l’ampleur de sa participation dans la société pharmaceutique basée à Jérusalem, mais a déclaré qu’il détenait « suffisamment de parts chez Teva pour avoir une voix et pour pouvoir attirer l’attention du conseil ». Il a également souligné qu’il n’était pas un actionnaire activiste dans le vrai sens du mot, et qu’il n’échange pas les actions de Teva, mais qu’il se contente de les détenir.

« Un actionnaire activiste est quelqu’un dont le motif est un profit. Quelqu’un qui veut restructurer l’entreprise, changer de conseil, faire des choses pour que la valeur de l’action augmente. Ce n’est pas mon objectif », a-t-il expliqué par téléphone.

« Mon objectif est d’essayer d’influencer le cours que Teva prend, car pour moi Teva est Israël … Teva est la seule entreprise véritablement mondiale d’Israël, non seulement en raison de sa taille, mais parce qu’elle est la seule grande entreprise israélienne qui développe, fabrique et commercialise à l’échelle mondiale.  Alors Teva est un symbole d’Israël et il est essentiel que Teva réussisse. D’où mon intérêt pour Teva. »

L'investisseur et entrepreneur Benny Landa (Crédit : Autorisation)
L’investisseur et entrepreneur Benny Landa (Crédit : Autorisation)

Landa, un entrepreneur spécialisé dans la technologie qui a vendu sa société d’imprimante numérique Indigo à Hewlett-Packard pour 830 millions de dollars en 2002, a mené une lutte par procuration en 2014 afin de secouer le conseil d’administration de Teva et de faire en sorte que la direction écoute les préoccupations des investisseurs.

Il a réuni le soutien de 37 % des actionnaires de Teva et cet effort a conduit indirectement le conseil d’administration à améliorer la gouvernance de l’entreprise, à réduire le nombre d’administrateurs et à chercher à intégrer plus de membres pourvus d’une expérience pharmaceutique au conseil d’administration.

Les commentaires de Landa au Times of Israël sont survenus alors que l’entreprise pharmaceutique, qui a vu ses actions tombées de 65 % au cours des 12 derniers mois, a annoncé la nomination d’un nouveau PDG, Kåre Schultz, l’ancien directeur général de la H. Lundbeck A / S. Teva s’est également déchargé de certains actifs — pour environ 2,48 milliards de dollars — afin de pouvoir rembourser une dette massive de 35,1 milliards de dollars à la fin du deuxième trimestre de l’année.

Le nouveau PDG, a déclaré Landa, devra donner la priorité à l’élaboration d’une stratégie pour l’entreprise. « La société a perdu sa voie, principalement parce qu’elle n’avait pas de stratégie judicieuse et claire. »

L’ancien PDG de Teva, Erez Vigodman, a démissionné en février, trois ans après avoir pris son poste dans le but de changer le sort de l’entreprise. Vigodman a été nommé par Teva en raison du fait qu’il a la réputation de transformer les entreprises et à stimuler la croissance. Il a remplacé le premier PDG non israélien de la société, Jeremy Levin, qui a été évincé en octobre 2013 en raison des différences de vue avec le conseil concernant la façon de diriger l’entreprise.

Kåre Schultz de Teva. (Autorisation)
Kåre Schultz de Teva. (Autorisation)

Levin avait lancé des mesures de réduction des coûts et avait poussé la société à se développer et à acquérir plus de médicaments de marque.

Vigodman a estimé que le bonne décision était de ramener Teva à sa base, son activité générique. Et, tout en augmentant l’efficacité de l’entreprise, il a lancé une série de rachats. Vigodman était l’architecte à l’origine de la fusion de 40 milliards de dollars avec le fabricant de médicaments génériques Actavis Generics, qui s’est révélé être un accord coûteux pour l’entreprise à la lumière de la baisse des prix des médicaments génériques due à une concurrence accrue.

Yizhak Peterburg a occupé le poste de chef de PDG intérimaire à la place de Vigodman, tandis que Sol Barer a été nommé président.

Landa a déclaré que le pari de Vigodman en reconcentrant Teva vers les génériques plutôt que de se concentrer sur les médicaments de marque, ou appelé des médicaments spécialités, comme proposé par Levin, était « vraiment une erreur ».

« Quiconque ayant des yeux bien en place peut le voir simplement en regardant les tableaux des 10 dernières années : la trajectoire de l’activité médicaments génériques a diminué régulièrement en termes de marges et de prix », a-t-il expliqué.

« Il était clair que les génériques finiraient par être totalement banalisés, et quiconque produirait les produits au prix le plus bas gagnerait. Ce n’est pas le cas de Teva. Il y a des entreprises malaysiennes, indonésiennes, mexicaines et indiennes, qui ont tous une main-d’œuvre relativement bon marché, produisant en masse des médicaments génériques plus compétitifs que Teva, surtout si on prend en compte le fait que Teva est une entreprise basée en Israël. »

Landa a ajouté que Teva ne doit pas totalement abandonner les génériques, car il y a beaucoup de « créativité et [d’] innovation » à explorer dans le domaine des médicaments génériques. Mais pour la plupart, a-t-il poursuivi : « Teva doit se recentrer sur les médicaments spécialisés ».

La société a déjà « toutes les pièces en place », y compris le « talent, l’infrastructure, le pipeline de médicaments prometteurs », a-t-il noté.

Mettre l’accent sur les génériques entraînera inévitablement des fermetures et des restructurations dans l’entreprise, surtout si elle continue d’être basée en Israël. « La production en masse de biens, bon marché, n’est pas la force d’Israël. Nous ne faisons que cela. Les salaires en Israël sont trop élevés pour produire des produits de base de manière compétitive. »

Jouer sur le terrain à la fois des médicaments génériques et des médicaments spécialisés, comme Vidogman a essayé de le faire, ne peut tout simplement pas fonctionner, a ajouté Landa.

« Une entreprise doit être concentrée. L’activité des génériques et de la spécialité est tellement différente que vous ne pouvez pas faire les deux avec la même équipe de gestion. Vous ne pouvez pas vous concentrer sur tout. Si tout est important, rien n’est important. Vous devez avoir des priorités. »

L’acquisition massive d’Actavis, et la dette qu’elle impliquait, signifiaient que Teva « n’avait pas la capacité de continuer à faire des acquisitions spécialisées, ce que la société aurait dû faire », a-t-il analysé.

Sevrer Teva des génériques

Pour « se sevrer des génériques », a déclaré Landa, il n’y a pas d’autre moyen pour Teva que de vendre son activité sur le générique ou de diviser l’entreprise en deux, a-t-il estimé, avec une branche spécialisée dans les médicaments de marque et l’autre dans les médicaments génériques.

Photo illustrative de pilules de l'usine de Teva à Har Hotzvim, Jérusalem, le 15 mars 2010 (Crédit : Nati Shohat / Flash90)
Photo illustrative de pilules de l’usine de Teva à Har Hotzvim, Jérusalem, le 15 mars 2010 (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

Si le nouveau PDG veut réussir, a déclaré Landa, le président du conseil d’administration, Barer, devra ouvrir la voie « en se débarrassant des directeurs qui forment la vieille garde, de sorte qu’ils ne compromettent pas ce PDG comme ils l’ont fait la dernière fois qu’un ‘outsider’, un PDG non-israélien, a pris le contrôle. Teva a survécu à l’éviction soudaine de Jeremy Levin parce que la compagnie avait de l’argent et a réussi à résister à la tempête. Aujourd’hui, Teva ne pourrait pas survivre à une répétition de ce fiasco. »

« Le conseil d’administration de Teva est un ancien club de garçons qui a besoin de se rajeunir », a-t-il ajouté, avec trop de directeurs qui sont en poste depuis trop longtemps. « Le fait est que ce conseil a amené la société à genoux … Ce PDG a toujours besoin de conseils sensés d’un conseil administratif expérimenté et a toujours besoin de gens dans ce conseil qui comprennent la grande pharmaceutique. »

Malgré tout, a déclaré Landa, le marché est maintenant « beaucoup plus optimiste à propos de Teva » en raison de son nouveau président et de son nouveau PDG. « Cela ne sera certainement pas sans nuage, mais je pense que la société est beaucoup mieux qu’il y a un an. »

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