Berlin réexamine ses livraisons d’armement à la Turquie
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Berlin réexamine ses livraisons d’armement à la Turquie

"Le critère du respect des droits de l'Homme joue un rôle particulièrement important en matière de décisions sur les exportations d'armes", a souligné l'Allemagne

Angela Merkel, chancelière allemande, à gauche, et Recep Tayyip Erdogan, président turc, à Istanbul, le 18 octobre 2015. (Crédit : Tolgas Bozoglu/Pool/AFP)
Angela Merkel, chancelière allemande, à gauche, et Recep Tayyip Erdogan, président turc, à Istanbul, le 18 octobre 2015. (Crédit : Tolgas Bozoglu/Pool/AFP)

Berlin a annoncé vendredi un réexamen de ses livraisons d’armement prévues à Ankara et des chaînes de télévision ont stoppé la diffusion de publicités sur ce pays, premières conséquences concrètes du bras de fer germano-turc.

La « réorientation » des relations avec la Turquie voulue par Berlin, en raison du conflit qui oppose les deux pays au sujet du respect des droits de l’Homme, « inclut tous les domaines, y compris la politique en matière d’exportations d’armes », a indiqué à l’AFP un porte-parole du ministère de l’Economie, compétent sur ce dossier, Philipp Jornitz.

« C’est pourquoi les demandes d’exportations d’armements font actuellement l’objet d’un réexamen », a-t-il dit.

Il confirmait ainsi partiellement des informations du quotidien Bild, qui affirme que le gouvernement a en réalité déjà « gelé toutes les livraisons en cours ou prévues à la Turquie » dans ce secteur.

« Le critère du respect des droits de l’Homme joue un rôle particulièrement important en matière de décisions sur les exportations d’armes », a souligné le porte-parole du ministère de l’Economie.

Depuis janvier 2016, et particulièrement suite aux purges massives engagées en Turquie après la tentative de putsch du mois de juillet l’an dernier, l’Allemagne a bloqué déjà 11 demandes d’exportations d’armes à la Turquie, pays pourtant allié au sein de l’Otan.

Berlin a frappé jeudi son partenaire historique au portefeuille en renforçant ses mises en garde concernant les déplacements en Turquie, en pleine saison touristique, et en menaçant de bloquer ses aides aux investissements ou exportations en Turquie.

Une mesure de rétorsion prise après la mise en détention de plusieurs militants des droits de l’Homme en Turquie, accusés de soutien au « terrorisme », dont un Allemand.

Conséquence directe : les deux chaînes de télévision allemandes d’information en continu, n-tv et N24, ont annoncé vendredi l’arrêt de la diffusion de publicités de promotion de la Turquie sur leur antenne.

« Nous avons décidé de ne plus diffuser les spots compte tenu de la situation politique actuelle », a indiqué N24 dans un communiqué, « nous avons à coeur de ne pas irriter notre public au vu de l’évolution en cours » avec la Turquie.

« Nous estimons qu’une poursuite de la diffusion n’est pas appropriée compte tenu du fait que la situation politique a fondamentalement changé et que le ministre des Affaires étrangères a mis en garde contre des investissements en Turquie », a indiqué de son côté une porte-parole de la régie publicitaire de n-tv.

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble (Crédit : Louisa Gouliamaki/AFP)
Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble (Crédit : Louisa Gouliamaki/AFP)

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, poids lourd du gouvernement d’Angela Merkel, est lui allé jusqu’à comparer la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan à la dictature communiste en RDA jusqu’en 1989.

« La Turquie procède désormais à des arrestations arbitraires et ne respecte pas les règles consulaires minimales, cela me rappelle la situation qui existait autrefois en RDA », a dit M. Schäuble au journal Bild, « quand tu te déplaçais là-bas, les choses étaient claires : s’il t’arrivait quelque chose, personne ne pourrait rien pour toi ».

En outre, le bras droit d’Angela Merkel à la chancellerie, Peter Altmaier, a confirmé vendredi que son gouvernement voulait aussi obtenir à Bruxelles le gel de fonds européens destinés à la Turquie dans le cadre de son rapprochement avec l’UE.

Quelque 4,45 milliards d’euros sont en principe prévus pour la période courant de 2014 à fin 2020 mais, signe des tensions déjà existantes, seulement 200 millions d’euros ont été à ce jour versés.

La phase de tensions bilatérales actuelle constitue le point culminant de plus d’un an de conflits divers entre Berlin et Ankara, face à ce que l’Allemagne considère comme une dérive autoritaire de la Turquie.

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