Bernie Sanders, devenu un mème, fait sensation sur la Toile
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Bernie Sanders, devenu un mème, fait sensation sur la Toile

La pose du sénateur du Vermont durant la cérémonie de l'investiture, avec ses mitaines, a enchanté la pop culture et les internautes s'en sont donnés à cœur joie

Bernie Sanders. (Crédit : Brendan Smialowski/Getty Images; Pixabay via JTA)
Bernie Sanders. (Crédit : Brendan Smialowski/Getty Images; Pixabay via JTA)

JTA — Bernie Sanders était partout sur le plateau de l’émission de James Corden qui s’est déroulée jeudi soir.

Des silhouettes en carton grandeur nature du sénateur juif dans sa désormais célèbre pose de cérémonie d’investiture – mains et jambes croisées, légèrement ratatiné sur sa chaise, portant une paire de moufles de couleurs sombre – étaient assises derrière un synthétiseur à côté de l’orchestre, derrière le bar pour les invités et dispersées dans le public pratiquement inexistant.

« En parlant des vedettes de l’inauguration, nous en avons une autre avec nous dans le studio », a déclaré Corden, en retenant à peine son rire.

Cela montre bien à quel point l’image de Sanders a été omniprésente dans la culture pop et dans les réseaux sociaux cette semaine.

Depuis la cérémonie d’investiture présidentielle de mercredi, aucun utilisateur régulier d’Instagram ou de Twitter n’a pu passer à côté des images de Sanders emmitouflé – généralement sous forme de mème, avec une légende humoristique.

Et l’humour juif n’a pas été en reste.

Puis vint le phénomène Photoshop. Les utilisateurs des réseaux sociaux ont intégré la silhouette de Sanders dans d’autres photos de personnes et d’endroits du monde entier, et même dans des captures d’écran de films et de séries télévisées.

Le site d’information juif Alma, a mis en ligne sur Instagram trois séries de photos de Bernie Sanders, mis en scène dans « Un violon sur le toit », « Quand Harry a rencontré Sally » et un clip vidéo de Haim.

Le déluge de mèmes est devenu si incessant que certains étaient déjà las de cette image le vendredi.

Tout un marché de produits dérivés inspirés par ce mème a rapidement vu le jour. Le Musée national d’histoire juive de Philadelphie vend par exemple des « tasses-Bernie » entre autres choses. Les designers l’intègrent dans leur travail sur Etsy. La propre boutique en ligne de Sanders vend désormais un sweat-shirt à l’effigie de Bernie et reverse l’intégralité des recettes à l’association Meals on Wheels Vermont. Même le magazine progressiste Jewish Currents a sa propre boutique Bernie.

« Le mug pour un bris (circoncision), une shiva, une longue file d’attente chez Zabar, un appel prolongé et exaspérant avec votre assureur. Il n’y a pas plus désapprobateur comme pose », a tweeté le magazine.

Comme pour la plupart des phénomènes de la pop culture sur Internet, rien n’explique le caractère sensationnaliste de cette image. Sanders a déjà été une star des réseaux sociaux, notamment pour les mèmes basés sur sa campagne présidentielle de décembre 2019, dans laquelle le législateur progressiste demande « une fois de plus » des dons à ses partisans.

Mais cette photo semble capturer l’essence de la personnalité publique de Sanders, le grand-père grincheux de la nation – et juif de surcroît, avec des traits ashkénazes et un fort accent de Brooklyn caractéristique.

Ses mitaines en laine faites main, emblématiques du style de Sanders dans le Vermont et de son mépris pour tout ce qui est fantaisiste, s’accordent parfaitement avec le sénateur connu pour ses diatribes sur l’inégalité des revenus. (Les moufles, dont l’histoire touchante impliquant une enseignante d’une école publique, ont également ému dans les chaumières.)

Le sénateur du Vermont Bernie Sanders avant l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, à Washington. (Crédit : Greg Nash/Pool Photo via AP)

L’intensité du moment politique, passé à la vitesse supérieure après l’insurrection meurtrière au Capitole – en particulier pour les Juifs, nouvellement effrayés par la manifestation d’antisémitisme lors de l’émeute de droite – y est probablement pour quelque chose. Le pays était, pourrait-on dire, propice à se faire happer par une vague de bien-être.

Emily Burack, d’Alma, a écrit : « en tant que juive ashkénaze ayant des grands-parents de Brooklyn, il est difficile de ne pas voir en Bernie une âme sœur. Et en un an – enfin, au cours des quatre dernières années, vraiment – alors que nous avons fait face à une montée de l’antisémitisme, à la pire attaque antisémite de l’histoire américaine et à une faction enhardie de suprémacistes blancs, l’indéniable judéité grincheuse de Bernie est véritablement une forme de catharsis ».

L’écrivain Amanda Silbering a tweeté que les mèmes « offraient aux Juifs américains une chance de guérir de l’antisémitisme rampant dans l’actualité ».

Une grande partie de l’attrait de Sanders pour ses fans progressistes a toujours été son obstination à se concentrer sur le débat politique de fond et son impatience face à la culture pop.

Et pourtant, Sanders a réagi à ce phénomène par une vidéo sur Tik Tok. Sa légende : « La mode ? Mettons-nous au travail ». La vidéo montrait un clip de lui répondant à une question sur la photo d’un journal télévisé et sur ce qu’il avait « en tête » au moment de la photo.

« 2 000 $ par adulte. C’est ce que le Sénat doit faire », a-t-il répondu, en se référant au débat sur la somme d’argent que devrait inclure le prochain plan de relance pour la COVID-19.

Mais Sanders a fini par faire preuve d’un certain sens de l’humour sur toute cette affaire. Le timing de la photo, prise alors que le pays regardait Joe Biden devenir président, a suscité d’inévitables réflexions sur le fait que Bernie était vraiment grincheux par rapport à l’événement, surtout après avoir été si près de remporter l’investiture démocrate l’année dernière. Sanders, un ami de longue date de Biden, a dissipé ces pensées lors d’une apparition sur « Late Night With Seth Meyers » jeudi soir.

« J’étais juste assis là, essayant de me réchauffer, en faisant attention à ce qui se passait », a-t-il dit à Meyers avec un sourire.

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