Biden va nommer Deborah Lipstadt au poste d’envoyée US contre l’antisémitisme
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Biden va nommer Deborah Lipstadt au poste d’envoyée US contre l’antisémitisme

L'administration doit combler le poste vacant dans le contexte de la recrudescence des attaques antisémites ; l'universitaire de renom est depuis longtemps la favorite pour ce rôle

Deborah Lipstadt, auteur de "Antisemitism : Here and Now" (Crédit : courtoisie)
Deborah Lipstadt, auteur de "Antisemitism : Here and Now" (Crédit : courtoisie)

Le président américain Joe Biden a choisi Deborah Lipstadt, célèbre historienne de la Shoah, pour être son envoyée contre l’antisémitisme, ont déclaré des responsables jeudi. 

Des sources familières avec la question ont indiqué au Times of Israel qu’il prévoyait d’annoncer officiellement la nomination vendredi. 

Lipstadt est depuis longtemps la favorite pour le poste et la pression est montée sur l’administration Biden pour qu’il soit pourvu au vu de la recrudescence des incidents antisémites ces derniers mois. Le choix a d’abord été rapporté par le Forward

Mme Lipstadt, 74 ans, est titulaire de la chaire Dorot d’histoire juive moderne et d’études sur la Shoah à l’université Emory d’Atlanta. 

Mme Lipstadt est surtout connue du grand public pour sa participation à un procès britannique historique dans lequel elle s’est battue contre le négationniste David Irving. Cette expérience a été dépeinte par l’actrice superstar Rachel Weisz dans le film hollywoodien « Denial ».

Lipstadt est l’auteur de plusieurs livres, dont le plus récent est Antisemitism : Here and Now, qui se concentre sur les tendances actuelles de l’antisémitisme, notamment sur les attaques contre les Juifs en Europe, sur celles venant de « l’alt right » aux États-Unis, sur la persistance du révisionnisme et de la négation de la Shoah et sur la question de savoir si et quand la critique d’Israël peut être qualifiée d’antisémitisme.

Rachel Weisz (à gauche) avec Deborah Lipstadt, dont elle fait le portrait dans le film « Denial ». (Crédit : Participant Media)

L’administration Biden a fait face à des pressions pour nommer quelqu’un à ce poste, avec une urgence accrue après que des croix gammées ont été trouvées lundi gravées sur un ascenseur dans le bâtiment du Département d’État américain, près du bureau de l’envoyé spécial chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme.

« Laissez-moi être clair : l’antisémitisme n’a pas sa place au Département d’État, dans mon administration, ou n’importe où dans le monde », a tweeté Biden. « C’est à nous tous de ne donner aucun refuge à la haine et de nous opposer au sectarisme partout où nous le trouvons. »

L’administration promet également de nommer prochainement un agent de liaison avec la communauté juive. L’administration Trump a mis deux ans à pourvoir le poste d’envoyé avant de nommer Elan Carr.

Bien que la nomination n’ait pas été confirmée publiquement, la décision a déjà été saluée par les politiciens. 

Ted Deutch, membre du Congrès de Floride et co-président fondateur de la Task Force bipartisane de la Chambre des représentants pour la lutte contre l’antisémitisme, a qualifié la nomination de Lipstadt « d’excellent choix ». 

« Elle apportera à ce rôle une vaste expérience et une profonde compréhension de l’antisémitisme historique et moderne », a déclaré Deutch dans un communiqué. « En particulier dans le contexte de la montée de l’antisémitisme mondial depuis des années, Deborah est la leader dont nous avons besoin pour pousser les gouvernements à prendre au sérieux cette menace mortelle. »

L’historienne et auteure américaine Deborah Lipstadt au festival du film de Rome, le 17 octobre 2016. (Crédit : Gregorio Borgia/AP)

Deborah Lipstadt est depuis des années une experte incontournable pour les médias et les législateurs sur les questions relatives à la Shoah, en particulier sur la manière dont la signification du génocide doit être comprise au 21e siècle, et sur la question de savoir s’il existe des risques équivalents parmi les forces antidémocratiques actuelles. 

L’année dernière, pendant les élections, elle a brisé un tabou de longue date en comparant les politiciens américains actuels aux nazis et a soutenu une publicité du Jewish Democratic Council of America comparant l’administration Trump à l’Allemagne des années 1930. Mme Lipstadt a déclaré que les analogies avec la Shoah étaient toujours interdites, mais qu’elle pouvait voir des parallèles avec la montée du nazisme.

« Je dirais que les attaques que nous voyons contre la presse, les tribunaux, les institutions académiques, les élus et même, et c’est le plus effrayant, le processus électoral, méritent d’être comparées », a-t-elle déclaré, en faisant référence à la publicité de la JDCA. « Elle montre à nouveau comment la haine du public peut être attisée contre les Juifs. Si la publicité avait contenu des images de la Shoah, je ne serais pas ici aujourd’hui. » 

Mme Lipstadt sera la première candidate qui devra être confirmée par le Sénat depuis que le Congrès a créé ce poste en 2004. L’année dernière, le Congrès a élevé le poste au rang d’ambassadeur, lui accordant plus de fonds et un accès plus facile au secrétaire d’État et au président. Si Lipstadt est confirmée, elle sera la cinquième personne à occuper ce poste.

Le rôle du contrôleur de l’antisémitisme est de suivre et de rendre compte du phénomène à l’étranger, et de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils s’attaquent au sectarisme antijuif à l’intérieur de leurs frontières.

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