‘Breaking the Silence’, « un outil d’espionnage contre Tsahal » ?
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‘Breaking the Silence’, « un outil d’espionnage contre Tsahal » ?

Netanyahu et Yaalon ordonnent une enquête sur l’ONG Breaking the Silence après la diffusion à la TV d’images d’infiltration de militants censés recueillir des informations sur le déploiement des troupes et les procédures opérationnelles de Tsahal

Des soldats de la brigade Kfir pendant les recherches en cours, près de Hebron (Crédit : Porte-parole de l'armée israélienne/FLASH90)
Des soldats de la brigade Kfir pendant les recherches en cours, près de Hebron (Crédit : Porte-parole de l'armée israélienne/FLASH90)

« Breaking the Silence a encore franchi la ligne rouge », a déclaré Netanyahu. « Les organismes d’enquête de la défense se penchent sur la question. »

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a également déclaré qu’il a demandé à l’armée d’ouvrir une enquête afin de vérifier si l’organisation avait soutiré des informations confidentielles à d’anciens soldats.

Le rapport de la Deuxième chaine publié jeudi s’est fondé sur des images obtenues par l’organisation de droite « Ad Kan », filmées par caméra cachée. Ces images visent à exposer, selon l’organisation, les actions illégitimes des groupes de défense des droits de l’Homme.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du gouvernement dans ses bureaux, à Jérusalem, le 6 mars 2016. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du gouvernement dans ses bureaux, à Jérusalem, le 6 mars 2016. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Ad Kan a filmé une réunion entre les membres de l’ONG et l’un de ses militants qui s’est fait passer pour un ancien soldat combattant voulant témoigner de ses expériences à l’organisation.

L’ONG l’a interrogé sur son service militaire. Mais tandis que l’ONG prétend n’être intéressée que par les violations des droits de l’Homme, un grand nombre des questions posées à l’ancien soldat étaient de nature stratégique, touchant à des sujets tels que le déploiement des troupes, les méthodes opérationnelles et les procédures des missions militaires.

Un membre de Breaking the Silence (gauche) en train d'interroger Ad Kan, se présentant comme un soldat voulant témoigner dans un reportage de la Deuxième chaîne le 17 mars 2016 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)
Un membre de Breaking the Silence (gauche) en train d’interroger Ad Kan, se présentant comme un soldat voulant témoigner dans un reportage de la Deuxième chaîne le 17 mars 2016 (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

Une deuxième vidéo d’infiltration obtenue par la deuxième chaine, par l’entremise de l’organisation Ad Kan, a été filmée lors d’une manifestation en Cisjordanie.

Dans la vidéo, un membre de Breaking the Silence semble dire que, quand elle a débuté son service militaire, elle coopérait avec Breaking the Silence avec l’intention expresse de collecter des informations pour l’ONG.

Une militante de Breaking the Silence nommée Prima Bives (à droite) dans un reportage de la Deuxième chaîne diffusé le 17 mars 2016 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)
Une militante de Breaking the Silence nommée Prima Bives (à droite) dans un reportage de la Deuxième chaîne diffusé le 17 mars 2016 (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

La jeune femme, nommée Prima Bives, est entendue expliquant qu’elle a consulté un haut membre de « Breaking the Silence » avant de débuter son service militaire et que celui-ci lui a suggéré d’essayer d’entrer dans l’administration civile de Tsahal, département qui gère l’interaction de l’armée avec la population civile palestinienne.

A la fin de son service, lui a-t-il dit, elle serait en mesure d’apporter son témoignage à « Breaking the Silence » sur les actions du département.

Le député du Likud Avi Dichter, ancien chef du service de sécurité du Shin Bet, a déclaré à la Deuxième chaine qu’il était « troublé » par les images du rapport, qui avaient toute l’apparence de l’espionnage.

Faisant référence à la réunion filmée entre l’activiste infiltré et les membres de « Breaking the Silence » qui l’interrogeaient, Dichter a dit : « Si vous ne m’aviez pas préalablement informé du contexte, j’aurais dit que cela ressemblait à de la collecte d’informations par les responsables d’un agent [d’espionnage] ». Les questions de l’ONG concernaient toutes les capacités d’équipement de Tsahal, la sécurité sur le terrain et les munitions », s’étonna-t-il « et je n’ai pas entendu un mot sur les Palestiniens ou les habitants de Gaza. »

Le membre du likud du parlement Avi Dichter assistant à une discussion Knesset le 19 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)
Le membre du likud du parlement Avi Dichter assistant à une discussion Knesset le 19 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Dans les images filmées de cette réunion, un membre de « Breaking the Silence » dit à l’activiste d’Ad Kan que ses questions sont plus orientées sur la tactique de Tsahal afin de renforcer la « connaissance professionnelle » du groupe et que ces informations étaient importantes pour situer le contexte des actions de l’armée.

Cette déclaration a été accueillie avec scepticisme par le général à la retraite Avi Mizrahi, ancien chef du Commandement central de l’armée israélienne.

« Cela ressemble à un compte rendu opérationnel par quelqu’un qui essaie d’extraire des informations sur les opérations tactiques [de Tsahal] » a-t-il déclaré à la Deuxième chaîne, tout en regardant les images. « Cela n’a rien à voir avec les valeurs, l’éthique ou la morale dans les combats. »

Breaking the Silence a nié tout méfait, déclarant à la Deuxième chaine qu’il travaille en étroite collaboration avec les censeurs militaires israéliens afin de vérifier que les informations publiées ne sont pas confidentielles ou de nature sensible.

« Vous avez accepté l’interprétation d’Ad Kan, dont les intérêts sont clairs, » a déclaré Yuli Novak, la directrice de l’ONG.

« Il y a des autorités dans le pays qui sont compétentes pour autoriser la publication de données. Notre travail consiste à recueillir des informations et à les publier conformément aux règles de la censure « .

Yuli Novak de Breaking the Silence (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)
Yuli Novak de Breaking the Silence (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

Novak a affirmé que le rapport de télévision sert « un certain nombre d’organisations, qui, avec les députés du Likud et de HaBayit Hayehudi, cherchent à faire taire toute personne qui critique le gouvernement et l’occupation. »

L’enquête de la Deuxième chaine a suscité de vives réactions par des députés de gauche et de droite.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, du parti national-religieux HaBayit HaYehudi, a déclaré qu’ « il est clair pour tous que ceux qui collectent ces informations tentent de nuire à l’état par des moyens illégitimes, avec des méthodes qui rappellent l’espionnage ». Elle a ajouté que des officiels examineraient le rapport « et vérifieraient s’il y a des aspects criminels aux activités du groupe. »

Le président de la Knesset Yuli Edelstein, (Likud), a dit qu’il a été surpris par le rapport. « Les questions posées par « très largement » ressemblent à une séance de débriefing militaire … Comme président de la Knesset, je crois que la police doit enquêter. »

Le ministre de l’Intégration Zeev Elkin (Likud) a déclaré que le rapport soulève de graves soupçons contre l’organisation, qui serait « un outil d’espionnage contre Tsahal ». Le ministre adjoint de la Défense Eli Ben Dahan (HaBayit HaYehudi) a qualifié le groupe de « cinquième colonne. » Les deux officiels ont appelé à l’ouverture d’une enquête par la police et le Shin Bet.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, a accusé Breaking the Silence de « porter atteinte à la nation en lui provoquant de grands dommages à l’intérieur et à l’extérieur ».

Le député de l'Union sioniste Itzik Shmuli vu lors de la conférence du parti travailliste à Tel-Aviv le 14 décembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)
Le député de l’Union sioniste Itzik Shmuli vu lors de la conférence du parti travailliste à Tel-Aviv le 14 décembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Le député du parti de gauche l’Union sioniste, Itzik Shmuli, a qualifié le rapport de « grave et très inquiétant … Au lieu d’agir pour défendre les droits de l’Homme, nous sommes les témoins d’une activité subversive impliquant la collecte de renseignements sensibles et classifiés et des informations stratégiques. Et qui sait à qui ces données sont transmises et dans quel but ? ».

Le député Eitan Cabel (Union sioniste) a également été très critique, appelant à une enquête policière concernant les activités du groupe.

Meretz MK Ilan Gilon, left, speaks with fellow party member Nitzan Horowitz in the Knesset last November (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Le député de la Knesset Ilan Gilon du parti Meretz (Crédit : Flash90)

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Pendant ce temps, le député Ilan Gilon du parti Meretz a défendu « Breaking the Silence », qui selon lui mène ses activités « avec transparence et responsabilité, et tous les témoignages transmis à ses membres sont remis à la censure militaire pour approbation. »

Il a ajouté : « Alors que le gouvernement israélien a légué ses valeurs éthiques et financières à des groupes de colons extrémistes … qui financent leurs [activités] d’une manière obscure dans le meilleur des cas – et d’une manière criminelle dans le pire des cas – il est triste de voir la campagne vicieuse menée contre les groupes de défense des droits de l’Homme qui fait encore une fois beaucoup de bruit pour rien ».

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