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Brésil : Les Juifs tendent la main au président Lula après un passé difficile

Le chef de l'organisation-cadre des communautés juives a souhaité au président élu de gauche de réussir à la tête du pays, après la défaite de Bolsonaro

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula salue ses partisans réunis sur   Paulista Av. après sa victoire face à Jair Bolsonaro au second tour des élections présidentielles, à  Sao Paulo, au Brésil, le 30 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Andre Penner)
L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula salue ses partisans réunis sur Paulista Av. après sa victoire face à Jair Bolsonaro au second tour des élections présidentielles, à Sao Paulo, au Brésil, le 30 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Andre Penner)

RIO DE JANEIRO, Brésil (JTA) — Alors que l’ancien président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva vient de faire un retour triomphant en politique après avoir battu Jair Bolsonaro dimanche, prenant la tête du pays, les groupes juifs brésiliens lui ont souhaité la bienvenue par le biais d’un message conciliant qui, espèrent-ils, apaisera la polarisation au sein de la communauté juive très divisée au Brésil, une communauté forte de 120 000 personnes.

« Président Lula, nous vous souhaitons de connaître toutes les réussites possibles dans votre mandat de quatre ans. Et en même temps, nous répétons notre engagement permanent en faveur d’un dialogue constructif et démocratique », est-il écrit dans un message qui a été signé par Claudio Lottenberg, président de la Confédération israélite brésilienne, l’organisation-cadre des communautés juives du pays.

Da Silva, ancien leader syndical qui avait été président du pays entre 2003 et 2010, a remporté 50,90 % des suffrages dans ce deuxième tour serré qui a eu lieu dimanche. Bolsonaro, nationaliste de droite et chrétien fervent, a réuni 49,10 % des voix.

Le message de Lottenberg rappelle dans sa formulation la relation très difficile qui avait été entretenue entre les groupes juifs et Da Silva, dont le surnom est Lula, pendant son précédent mandat.

En 2009, da Silva avait accueilli chaleureusement l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad, négationniste notoire de la Shoah dont le régime avait persécuté les minorités et ses opposants. La visite avait été critiquée à l’international.

Un an plus tard, da Silva était devenu le tout premier chef de l’État brésilien à aller en Israël depuis la visite effectuée par l’empereur Pedro II en Terre sainte, en 1876. Il avait néanmoins refusé de se rendre sur la tombe de Theodor Herzl, comme le prévoyait le protocole de visite des responsables étrangers, pour rendre hommage à ce dernier à l’occasion du 150e anniversaire du père du sionisme. Quelques jours plus tard, il était allé déposer une gerbe sur la tombe de Yasser Arafat à Ramallah. Lors du dernier mois de son mandat, son administration avait officiellement reconnu un État palestinien.

« Vive les Brésiliens qui ont choisi le chemin de la liberté et de la démocratie plutôt que celui de la haine, de l’intolérance et du fascisme. Des remerciements chaleureux et sincères de la part de la diaspora palestino-brésilienne », a écrit la Fédération palestino-brésilienne dans un message saluant la victoire de Da Silva. Le Brésil accueille une diaspora d’environ 60 000 Palestiniens.

Le site PalestinaHoy est allé plus loin encore, en postant une photo de Bolsonaro tenant un drapeau israélien avec les mots : « Le sionisme a été vaincu au Brésil ».

Des partisans du président brésilien Jair Bolsonaro tenant un drapeau israélien à l’effigie de Bolsonaro alors qu’ils attendent devant un hôpital où Bolsonaro se remet d’une occlusion intestinale à Sao Paulo, au Brésil, le 18 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Nelson Antoine)

Quand il était au pouvoir, Da Silva avait adopté des programmes sociaux ambitieux, accordant la priorité à la politique étrangère – mais son mandat avait été éclaboussé par les scandales. En 2017, il avait été reconnu coupable de corruption et de blanchiment d’argent – ce qu’il avait nié – et il avait été condamné à une peine de prison. Il était resté 500 jours derrière les barreaux. Dilma Rousseff, son alliée politique qui lui avait succédé à la présidence, avait finalement été écartée de son poste parce qu’elle avait manipulé le budget.

Bolsonaro, connu pour sa rhétorique profondément controversée – il a été très largement qualifié de raciste, de misogyne, d’homophobe et de fasciste à différentes occasions – s’était rapproché d’Israël et de son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, nouant des relations de proximité avec l’État juif sans précédent dans l’Histoire.

Les médias israéliens et brésiliens ont souligné le fait que Michelle, l’épouse de Bolsonaro, portait un tee-shirt arborant un drapeau israélien dans le bureau où elle a été voter, dimanche. L’Institut Brésil-Israël, un groupe juif d’extrême-gauche, a accusé dans la foulée l’ancienne première dame de s’être approprié des symboles juifs.

« Je ne pense pas que la polarisation va disparaître à court terme mais de nombreuses voix et de nombreux acteurs travaillent à au moins la réduire et leur travail est efficace », a confié Lottenberg à JTA. « Nous continuerons à promouvoir le débat constructif et courtois entre les différents courants de la communauté juive brésilienne, sur la base de la défense de la démocratie, de la tolérance et des valeurs juives ».

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