Budget de l’ONU : tensions autour de qui paye quoi
Rechercher

Budget de l’ONU : tensions autour de qui paye quoi

Les contributions sont basées entre autres sur le PNB des Etats membres ; les pays ayant des responsabilités particulières sont majorés, les autres bénéficient de "réductions"

Photo illustrative de billets de 100 dollars américains (Crédit : CC BY Philip Taylor PT/Flickr)
Photo illustrative de billets de 100 dollars américains (Crédit : CC BY Philip Taylor PT/Flickr)

Chaque année, le sujet financier est source de tensions à l’ONU. En 2018, elles sont accentuées par la volonté des Etats-Unis, premier contributeur, d’officialiser une réduction d’environ 3 % de sa contribution aux opérations de paix.

Qui fournira les quelque 220 millions de dollars qu’ils ne veulent plus payer ?

Les discussions portent sur la définition des « clés de répartition » entre les pays de l’ONU pour les budgets fonctionnement et opérations de paix de l’ONU. Ce sujet revient tous les trois ans et le compromis final attendu d’ici la fin du mois s’appliquera jusqu’à fin 2021.

Le budget de fonctionnement de l’ONU pour la période 2018-2019 avoisine les 5,4 milliards de dollars. Le budget annuel des opérations de paix dépasse les 6,6 milliards de dollars.

A la cinquième commission de l’ONU, où se traitent les questions budgétaires, les participants travaillent désormais la journée, « le soir et le week-end », indique un diplomate tandis qu’un autre évoque « un sujet ultra-sensible ».

Selon un diplomate s’exprimant sous couvert d’anonymat, le « Groupe des 77 et de la Chine » (en réalité 134 pays) a suggéré dans les discussions que l’Union européenne prenne une part des dépenses que ne veulent plus assurer les Etats-Unis.

La rangée de drapeaux devant l’Assemblée générale de l’ONU, au siège de l’agence à New York, le 16 septembre 2010. (Crédit : Yerpo/CC BY-SA/Wikimedia Commons)

« Réductions »

L’UE a un statut d’observateur à l’ONU alors que le G77 n’est qu’un « groupe », quoi de plus normal qu’elle paye, estime la plus grosse coalition d’Etats en développement au sein de l’ONU.

« Hors de question », s’étranglent des diplomates européens sous couvert d’anonymat. Il faudrait du coup faire payer tous les autres observateurs et cela reviendrait aussi à faire « payer deux fois » les Européens, dont la participation globale représente 32 % du budget fonctionnement et environ 30 % du budget opérations de paix.

Du côté du Japon, qui laissera en 2019 sa place de deuxième plus gros contributeur à la Chine, il est aussi exclu de fournir un dollar de plus. « La Chine veut bien payer plus si c’est juste mais ne veut pas payer pour d’autres », ajoutent des diplomates en précisant qu’en contrepartie Pékin réclame davantage de postes de responsabilité.

Les contributions au budget de fonctionnement de l’ONU sont basées entre autres sur le Produit national brut (PNB) des Etats membres. Les pays ayant des responsabilités particulières – membres permanents par exemple – sont majorés, les autres bénéficiant de « réductions ».

La Russie, membre permanent mais à l’économie faible, ne paye que 3 % du budget de fonctionnement et seulement 4 % du budget des opérations de paix. Le Brésil bénéficie de 80 % de réduction alors que certains pays, bons élèves, renoncent à une partie de leur « discount », selon un diplomate qui cite la Roumanie, la Bulgarie ou l’Estonie.

A l’initiative de Donald Trump, très critique à l’égard de l’ONU, l’administration américaine veut inscrire dans le marbre pour les trois ans à venir une contribution aux opérations de paix passant d’environ 28 % à 25 %. Washington n’entend pas en revanche toucher à sa contribution au fonctionnement de l’Organisation, établie à 22 %, selon des diplomates.

Pour obtenir gain de cause, les Etats-Unis ont approché plusieurs pays afin qu’ils déboursent davantage, mettant selon les cas parfois en avant des PNB en forte progression. Parmi eux, le Brésil, l’Inde, la Turquie, le Mexique, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, Singapour ou Brunei.

Jusqu’à présent, ces Etats sont réticents aux demandes américaines. Si certains ont montré des dispositions à offrir quelques millions pour aider à compenser la baisse américaine, ils ne voient pas d’un très bon oeil une formalisation de nouvelle contribution à la hausse visant spécifiquement leur pays pour l’avenir, selon des diplomates.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...