Caché sous l’Occupation, il combat aujourd’hui le « délit de solidarité »
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Caché sous l’Occupation, il combat aujourd’hui le « délit de solidarité »

Georges Gumpel rappelle que "Si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris"

Camp de réfugiés dans le nord de la France, en février 2016. (Crédit : IsraAID)
Camp de réfugiés dans le nord de la France, en février 2016. (Crédit : IsraAID)

Petit garçon juif sous l’Occupation, Georges Gumpel, 80 ans, n’a jamais oublié la famille qui l’a protégé. Avec son « manifeste des enfants cachés », ce Lyonnais dénonce aujourd’hui le « délit de solidarité » imputé à ceux qui bravent la loi pour aider les migrants.

« La solidarité des gens qui nous ont cachés était une solidarité silencieuse alors qu’aujourd’hui elle est nécessairement audible et visible pour essayer de faire changer les choses. Mais elles procèdent toutes les deux de la même générosité humaine », compare ce retraité jovial, ancien fleuriste de décoration à Paris.

Lancé fin février avec quatre autres signatures, celles d’anciens enfants cachés comme lui sous Vichy, son manifeste en a recueilli depuis « une soixantaine » et a été largement partagé sur les réseaux sociaux.

« Si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant », proclame le texte, visible sur le site de l’Union juive française pour la paix (UJFP) dont l’octogénaire est porte-parole.

« Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à Saint-Étienne, à Meaux… des militants et des citoyens qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugiés ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les autorités », ajoute le manifeste qui réclame « la fin de ces procédés ».

« L’idée est venue après l’appel de la mère de Pierre-Alain Mannoni », se rappelle le retraité, évoquant le cas du chercheur niçois poursuivi pour le covoiturage, en octobre 2016, de trois Érythréennes venues d’Italie. Il a depuis été relaxé.

« Aujourd’hui, il n’y a pas de danger de mort mais l’ignominie est la même », lâche Georges Gumpel, scandalisé par la procédure judiciaire.

‘Imprescriptibilité’

Né en 1937 à Paris dans une famille juive française non pratiquante, il se souvient de son unité brisée après la rafle du Vélodrome d’Hiver en juillet 1942, où plus de 13 000 juifs – adultes et enfants – furent amenés avant d’être déportés.

« Tout d’un coup, nos parents découvrent que nous sommes en danger. » Il déménage alors à Lyon avec sa famille mais le répit est de courte durée quand les Allemands envahissent la zone libre. Caché pendant trois mois dans un internat catholique, il sera finalement amené par sa mère chez des paysans en Haute-Loire, en janvier 1944.

« Il y a des gens qui ont été cachés dans des placards, dans une porte secrète, ce n’était pas mon cas », précise M. Gumpel qui pouvait s’éloigner à quelques hectomètres pour aider au travail de la ferme.

« J’ai été bien traité. J’ai vécu comme la famille entière. Elle était d’une pauvreté inouïe mais je n’ai jamais été malheureux », souligne l’octogénaire, malgré le traumatisme de la séparation d’avec ses parents. Une douleur accentuée par la disparition de son père, arrêté fin juillet 1944 à Lyon et déporté dix jours après. Il trouvera la mort dans le camp de concentration autrichien de Melk.

Peu disert sur son adolescence, Georges Gumpel, séduit ensuite par l’extrême gauche, évoque volontiers son militantisme contre le colonialisme, celui de la France en Algérie ou celui d’Israël dans les Territoires palestiniens, et le racisme.

En mai 1987, il se portera partie civile avec sa mère et ses sœurs au procès « historique » de l’ancien chef de la Gestapo à Lyon, Klaus Barbie, qui avait signé le bordereau de déportation de son père.

« Cela a remis en lumière les crimes contre l’humanité et leur imprescriptibilité », souligne cet éternel insurgé contre les résurgences du passé.

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