Campagne internationale pour un traité sur les pandémies à l’OMS
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Campagne internationale pour un traité sur les pandémies à l’OMS

Le directeur de l'OMS appelle à davantage de coopération pour préparer la communauté internationale et éviter le repli national et l'isolationnisme en cas de nouvelle pandémie

Le Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus s'exprime lors d'un point de presse sur le coronavirus au siège de l'OMS à Genève le 9 mars 2020. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)
Le Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus s'exprime lors d'un point de presse sur le coronavirus au siège de l'OMS à Genève le 9 mars 2020. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)

Les dirigeants d’une vingtaine de pays, le président du Conseil européen et le patron de l’OMS ont appelé à élaborer un traité sur les pandémies pour mieux affronter les futures crises et éviter le chacun pour soi crûment mis en lumière par le Covid-19.

« Le monde ne peut pas se permettre d’attendre que la pandémie soit terminée pour commencer à préparer la prochaine », a déclaré mardi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse.

Sans une approche internationale et coordonnée, « nous resterons vulnérables », a-t-il prévenu, en ajoutant qu’il espère qu’un projet de résolution sur ce traité sera présenté en mai, lors de la réunion annuelle des 194 membres de l’OMS.

Cet appel intervient alors que le monde peine – plus d’un an après l’apparition du Covid-19 en Chine – à faire face à la pandémie, qui a fait près de 2,8 millions de morts dans le monde.

Loin d’avoir déclenché un élan de solidarité, la crise a accru les tensions et l’inégalité vaccinale se creuse : 53 % des 565 millions de doses administrées dans le monde l’ont été dans des pays à revenu élevé, comme aux Etats-Unis et Israël, tandis que les plus pauvres n’ont reçu que 0,1 % des doses selon un décompte établi par l’AFP.

La proposition de traité est présentée dans une tribune signée par les dirigeants de pays répartis sur les cinq continents, dont le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique Boris Johnson, ou encore les présidents sud-coréen Moon Jae-in, sud-africain Cyril Ramaphosa, indonésien Joko Widodo et chilien Sebastián Pinera.

Les dirigeants de membres clés du G20 (Etats-Unis, Russie, Chine, Japon, Inde et Brésil) ne figurent toutefois pas parmi les signataires de la tribune, mais le docteur Tedros a indiqué avoir reçu des signaux positifs de Pékin et Washington.

Alors que le Covid-19 « tire parti de nos faiblesses et de nos divisions », « un tel engagement collectif renouvelé serait une étape importante pour consolider la préparation aux pandémies au plus haut niveau politique », selon cette tribune publiée lundi soir dans le Monde, et dans de nombreux quotidiens étrangers mardi.

« Il y aura d’autres pandémies et d’autres situations d’urgence sanitaire de grande ampleur. Aucun gouvernement ni aucun organisme multilatéral ne peut, seul, faire face à cette menace », insiste la tribune.

Le Premier ministre belge, Charles Michel, à Bruxelles, le 17 mars 2016. (Crédit : John Thys/AFP)

Initiateur du projet, qu’il a présenté le 3 décembre à la tribune des Nations Unies, le président du Conseil européen Charles Michel l’a détaillé au cours du point de presse.

« Le Covid-19 a mis en évidence les faiblesses et les divisions de nos sociétés, et il est maintenant temps de se rassembler », a-t-il souligné.
Information, agents pathogènes et vaccins>

Le nouveau traité pourrait se fonder sur le « Règlement sanitaire international », un instrument juridiquement contraignant adopté en 2005 par les pays membres de l’OMS.

Ce texte régule notamment la déclaration d’une urgence sanitaire de portée internationale, plus haut niveau d’alerte actuel. Mais plusieurs voix se sont élevées remettant en cause son efficacité, estimant qu’il n’a pas permis de prévenir la crise actuelle ni de la juguler.

M. Tedros a espéré que le futur traité réponde à au moins « trois défis » concernant le partage des informations, des agents pathogènes et des technologies et produits, dont les vaccins.

Dans la tribune, les 25 dirigeants signataires expliquent que renforcer « la résilience » face aux pandémies suppose de « consolider fortement la coopération internationale pour améliorer, par exemple, les systèmes d’alerte, la mise en commun des informations, la recherche, ainsi que la production et la distribution » des vaccins, médicaments, produits de diagnostic et équipements de protection.

A cet égard, « nous nous engageons à garantir un accès universel et équitable à des vaccins, à des médicaments et à des produits de diagnostic sûrs, efficaces et abordables pour cette pandémie et celles qui suivront. La vaccination est un bien public mondial », affirment-ils.

Un traité « devrait conduire à une plus grande responsabilisation mutuelle et à un partage des responsabilités » et « favoriser la transparence et la coopération au sein du système international », ajoutent-ils, appelant à travailler avec la société civile et le secteur privé.

L’enjeu n’a pas échappé à la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique (IFPMA), qui dans un communiqué souligne que « le secteur biopharmaeutique et ses chaînes d’approvisionnement font partie de la solution à de futures pandémies et par conséquent devraient jouer un rôle dans l’élaboration » du futur traité.

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