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A Cannes, une réalisatrice née en Israël dédie son film à la journaliste « assassinée »

« Nous ne vous oublierons jamais, Shireen... Nous vous dédions cette première », a déclaré Maha Haj, réalisatrice du film palestinien « Fièvre méditerranéenne »

L’acteur arabo-israélien Amer Hlehel, le réalisateur arabo-israélien Maha Haj et l’acteur arabo-israélien Ashraf Farah se livrent à une séance de photo pour le film "Fièvre méditerranéenne" lors de la 75e édition du Festival de Cannes, dans le sud de la France, le 25 mai 2022. (Crédit : Patricia De Melo Moreira/AFP)
L’acteur arabo-israélien Amer Hlehel, le réalisateur arabo-israélien Maha Haj et l’acteur arabo-israélien Ashraf Farah se livrent à une séance de photo pour le film "Fièvre méditerranéenne" lors de la 75e édition du Festival de Cannes, dans le sud de la France, le 25 mai 2022. (Crédit : Patricia De Melo Moreira/AFP)

Un film présenté lors du prestigieux 75e Festival de Cannes a été l’occasion pour sa réalisatrice d’évoquer la mort de la journaliste américano-palestinienne, Shireen Abu Akleh, présentée comme un assassinat de la main d’Israël.

« Ils lui ont tiré une balle dans la tête parce qu’elle faisait son travail », a assuré sur la scène internationale Maha Haj, née à Nazareth, résidente de Haïfa et qui se considère palestinienne.

Le conflit israélo-palestinien s’invite souvent au Festival de Cannes. Cette année, ce fut lors de la Première du deuxième long métrage de Haj, intitulé « Fièvre méditerranéenne ».

Le film a été présenté dans la section « Un Certain Regard » du festival, qui donne à voir 20 films présentant des intrigues originales, souvent acclamées par la critique internationale.

« Il y a deux semaines, Shireen Abu Akleh, une icône, une excellente journaliste et une fille bien-aimée de Palestine, a été assassinée, abattue d’une balle dans la tête, pour avoir simplement fait son travail dans le camp de réfugiés de Jénine, couvrant une histoire horrible de l’occupation », a déclaré Haj, selon une vidéo publiée par le site d’information Walla.

« Nous ne vous oublierons jamais, Shireen. Nous vous aimons et vous chérissons. Ils peuvent tuer le narrateur, l’histoire reste vivante. Nous vous dédions cette Première », a-t-elle ajouté, sous les applaudissements.

Abu Akleh, journaliste d’Al Jazeera depuis 25 ans, a été tuée ce mois-ci au cours d’une fusillade dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, en couvrant une intervention militaire israélienne dans cette ville palestinienne. Elle s’était fait connaitre par ses reportages sur les conditions de vie des Palestiniens en Israël.

Fresque à la mémoire de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, à Gaza, le 15 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Le film de Haj se définit comme une coproduction de Palestine, du Qatar, de France, d’Allemagne et de Chypre. Bien qu’il se passe et ait été tourné à Haïfa, dans le nord d’Israël, il ne se présente pas comme une production israélienne et n’a reçu aucun financement israélien.

Haj a choisi de ne pas recevoir de financement israélien pour son film, dans la mesure où la loi israélienne exige que les productions bénéficiaires d’un financement de l’État soient qualifiés de « films israéliens ». Les Palestiniens ont largement boycotté les productions locales à ce motif.

« Il était important pour moi de présenter le film comme étant un film palestinien », a déclaré Haj lors d’une interview avec le magazine Variety. « Nous n’avons pas de fonds pour le cinéma palestinien, donc lever des fonds pour la production nous a pris du temps, surtout avec le coronavirus qui est venu tester un peu plus notre patience. »

« Fièvre méditerranéenne » raconte l’histoire de deux voisins palestiniens, interprétés par les acteurs palestiniens Ashraf Farah et Amar Hlehel, qui se lancent dans un voyage émouvant pour parler de leurs douleurs et de leurs rêves inaccomplis.

Les deux personnages imposent de prime abord une virilité exacerbée, avant de s’ouvrir progressivement à leur propre vulnérabilité et créer un lien profond l’un avec l’autre. Le film aborde des questions généralement passées sous silence au sein de la communauté palestinienne, et est probablement l’un des seuls films palestiniens à ce jour à présenter un homme en quête de thérapie, selon Walla.

À l’exception d’une infirmière juive qui apparaît dans une scène, le film n’inclut aucun personnage israélien.

« Quand les gens parlent de Haïfa, ils pensent généralement à la coexistence. Mais ce n’est pas la Haïfa que je présente dans le film, parce qu’il n’y a pas d’Israéliens dedans », a déclaré Haj.

« Il y a l’historique Haïfa, occupée en 1948. Des quartiers entiers ont été abandonnés, les gens ont dû partir. C’est la Haïfa que je voulais montrer. J’utilise les maisons abandonnées pour décrire le chagrin des deux personnages », a-t-elle ajouté.

« Pour moi, cette histoire raconte la lutte quotidienne avec laquelle nous vivons, nous Palestiniens. Que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, sur le territoire israélien ou à l’étranger, c’est le sentiment d’être incarcéré sans savoir quand, ou même si, vous serez libéré. »

En dépit des propos politiques de sa réalisatrice, le film évite d’aborder ouvertement la situation politique en Israël et en Cisjordanie, et ses références au conflit israélo-palestinien sont pour la plupart allégoriques.

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