« Carnets de profs » : du fait religieux en collège public français
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« Carnets de profs » : du fait religieux en collège public français

"Tics de langage", perplexité devant la notion d'athéisme ou encore indifférence : trois professeurs d'histoire-géographie racontent leur expérience face aux collégiens

Illustration : Le collège Gabriel-Pierné, à Sainte-Marie-aux-Chênes. (Crédit : capture Google Maps)
Illustration : Le collège Gabriel-Pierné, à Sainte-Marie-aux-Chênes. (Crédit : capture Google Maps)

Comment le fait religieux se fait-il une place sur les bancs des collèges publics ? Par l’enseignement de l’histoire des différents cultes, mais aussi par les remarques d’élèves révélant leurs propres pratiques religieuses.

« Tics de langage », perplexité devant la notion d’athéisme ou encore indifférence: des Yvelines au Puy-de-Dôme, en passant par le Haut-Rhin, trois professeurs d’histoire-géographie racontent leur expérience face aux collégiens.

« Afficher » sa religion

Camille, 39 ans, professeure dans un collège classé REP+ d’une petite ville des Yvelines:

« Mes élèves sont majoritairement musulmans, pratiquants. Nous abordons la question de leur culte et de leur pratique notamment pendant le mois de Ramadan. Ils se permettent parfois des remarques entre eux, sur ceux qui auraient rompu le jeûne, et cela m’agace profondément.

Ils sont dans l’obligation de se prétendre pratiquants, du fait de la pression sociale. Il convient donc d’afficher sa fatigue pendant le Ramadan. Je leur rappelle que la démarche spirituelle est individuelle et concerne le croyant et son dieu uniquement.

Ils sont souvent très fiers de jeûner et revendiquent le fait d’avoir la pratique la plus dure et donc la plus méritante. Je me permets donc de comparer le culte musulman aux autres religions afin de leur montrer que les religions véhiculent toutes des valeurs communes, et qu’il n’y a pas une meilleure religion qu’une autre.

Ils ont beaucoup de tics de langage et jurent en permanence ‘sur Allah’ ou ‘sur le Coran’. Je ne loupe pas une occasion de leur rappeler qu’ils sont dans une école laïque mais aussi qu’on ne peut pas jurer pour un oui ou pour un non sur un dieu ou un livre sacré. Ils sont toujours d’accord avec cet avis. »

« En enfer ! »

Céline, 45 ans, professeure dans un collège REP+ d’une ville moyenne du Haut-Rhin:

« Dans mon établissement une majorité d’élèves sont musulmans, mais on ne parle pas trop de leur religion ou de leur pratique. On dit bien que ces choses-là font partie de la sphère privée.

Ils comprennent assez bien les autres religions, mais l’athéisme est plus compliqué pour eux à appréhender.

Lors d’un cours sur la laïcité avec une classe de sixième, j’ai expliqué ce que voulait dire le mot ‘athée’, quelqu’un qui ne croit pas en Dieu. Un élève a crié: ‘Mais il va aller en enfer!’. Je lui ai répondu que ce n’était pas grave, parce qu’une personne athée ne croit pas non plus que l’enfer existe. Il a ouvert de grands yeux.

Quand on étudie les religions anciennes, grecques ou romaines, il faut toujours prendre beaucoup de précautions et bien distinguer le factuel, la réalité historique, de ce qui relève de la religion ou de la mythologie.

C’est important d’expliquer pourquoi on étudie ces religions anciennes : pour mieux comprendre ces civilisations anciennes. Cela replace aussi l’histoire des religions dans un temps long, sur l’idée qu’une religion peut aussi disparaître. »

« Méconnaissance »

Philippe, 54 ans, enseignant dans un village du Puy-de-Dôme:

« Je n’ai jamais pensé à interroger mes élèves sur leur position religieuse. C’est donc de manière indirecte que je peux en avoir connaissance.

Quand il y a des fêtes musulmanes et que des élèves sont absents, je peux me douter qu’ils sont musulmans. Pour les autres, c’est par leur connaissance ou plutôt leur méconnaissance du christianisme qu’il m’arrive de constater qu’ils ont une culture religieuse soit familiale soit par le catéchisme.

Depuis une dizaine d’années, il est rare qu’un de mes élèves ait des connaissances réelles sur la naissance du christianisme et sur les pratiques religieuses. Avant, j’en avais quelques-uns, ce qui me permettait de rendre la séance un peu plus active.

Enseigner ces thèmes ne pose aucun problème particulier: ce sont des thèmes qui leur sont autant vierges que le fonctionnement d’une cité grecque antique ou la société urbaine médiévale. »

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