Catastrophe du mont Meron : « Les morts étaient partout autour de nous »
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Catastrophe du mont Meron : « Les morts étaient partout autour de nous »

La bousculade géante lors de l'événement ultra-orthodoxe de Lag B'Omer a fait au moins 45 morts - dont des enfants - et 150 blessés ; des participants témoignent

Les secouristes et la police israélienne après un incident qui a tué et blessé des dizaines de personnes, lors des célébrations de la fête juive de Lag B'Omer, au mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)
Les secouristes et la police israélienne après un incident qui a tué et blessé des dizaines de personnes, lors des célébrations de la fête juive de Lag B'Omer, au mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

Pour des dizaines de milliers de Juifs ultra-orthodoxes qui s’étaient rassemblés sur le mont Meron, jeudi, l’événement aurait dû être joyeux. Ce rassemblement majeur était le premier d’une telle ampleur à être organisé depuis le début de la pandémie, et la soirée devait commémorer la fin d’une autre épidémie, il y a environ 2 000 ans.

Elle s’est pourtant achevée par l’une des plus importantes tragédies connues par Israël en temps de paix – avec la mort d’au moins 45 personnes, et notamment des jeunes enfants, et des dizaines de blessés lors d’une bousculade terrible.

Témoins et survivants ont décrit, dans la foulée de la catastrophe, la panique et la peur entraînées par la violence du mouvement de foule, les victimes de la bousculade cherchant désespérément de l’air, bloqués auprès des défunts et attendant les secours pendant de longues minutes.

Plus de 100 000 personnes avaient initialement pris part, jeudi soir, au rassemblement annuel organisé dans le nord de la Galilée, qui comprend notamment une visite au tombeau du rabbin Shimon Bar Yohai, et des feux de joie allumés sur le versant de la montagne.

Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes célèbrent Lag B’Omer lors d’un rassemblement sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

Le mouvement hassidique Toldot Aharon a allumé un feu de joie sur le site du pèlerinage, à proximité du tombeau de Bar Yohai. Lorsque que la foule hyper-dense a commencé à quitter les lieux, certains ont apparemment glissé sur une passerelle et dévalé plusieurs marches, tombant sur ceux qui se trouvaient en dessous et entraînant une bousculade meurtrière. Des hommes sont morts écrasés.

Les témoins et les survivants ont évoqué l’horreur.

Un blessé, interrogé par Kan à l’hôpital, a décrit les minutes déchirantes de la bousculade.

« Il y avait beaucoup de monde au-dessus de moi. Et nous avons glissés les uns sur les autres, avec de plus en plus de gens, jusqu’à ce que la police décide de simplement abaisser les clôtures et ne commence à secourir les gens. »

« Cela a pris du temps, et entre-temps, je me souviens que j’ai été allongé sur quelqu’un et qu’il ne respirait pas. »

« À un moment, quelqu’un voulait juste bouger, et a mis un coup ici » – il indique son visage – « et j’ai senti que je ne pouvais plus respirer, et je lui ai dit, j’ai crié : ‘Aidez-moi, bougez votre main !’, et j’ai crié aux gens : ‘J’ai un enfant à la maison, aidez-moi !' »

« Personne ne savait quoi faire. Ils ont jeté de l’eau d’en haut, c’est tout ce qu’il y avait à faire à ce moment-là. »

Un autre survivant, David, a confié au site d’information Ynet : « On allait voir l’allumage du feu de joie et tout à coup, il y a eu une vague. On a été comme emportés. Des gens étaient précipités en l’air, d’autres écrasés sur le sol. »

« Il y avait un enfant qui s’accrochait à ma jambe, qui luttait pour survivre. Nous avons attendu entre 15 et 20 minutes les secours pour nous sortir de cet écrasement fou, terrible. C’était horrible », a-t-il continué.

« C’est un policier qui m’a sorti de là », a raconté Meir, qui a été légèrement touché, à Ynet depuis son lit d’hôpital. « Il m’a protégé et il s’est assuré que je ne serais pas écrasé jusqu’à ce qu’on m’évacue. »

« J’ai eu l’impression que ça a duré une éternité, les morts étaient partout autour de nous », a-t-il ajouté.

Eli Beer, chef des services de secours de la Hatzalah United, a déclaré au micro de la Radio militaire qu’il y avait un certain nombre d’enfants parmi les victimes.

« À mon grand chagrin, nous avons retrouvé des enfants qui se sont fait écraser. Nous avons tenté de les ranimer et nous sommes parvenus à les sauver dans quelques cas », a-t-il noté.

« Il faut que nous prenions conscience de ce qui est arrivé : le fait qu’un si grand nombre de personnes ait été autorisé à entrer est choquant », a-t-il continué.

Des images de la passerelle montrent des chaussures, des chapeaux, des landaus, des lunettes brisées et des bouteilles d’eau jonchant le sol. Des balustrades en métal ont été arrachées, et gisent au sol.

Des lunettes brisées et un chapeau sur la scène de la tragédie du mont Meron, le 30 avril 2021. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Une vidéo tournée lors de la tragédie montre une foule dense et désespérée cherchant à quitter les lieux, des personnes tentant de ranimer les victimes et des corps alignés, recouverts, attendant d’être évacués.

D’autres survivants ont eux aussi fait part de l’horreur.

« On était en train de sortir, les gens avançaient les uns derrière les autres, nombreux et serrés, puis le mouvement s’est arrêté », a commenté un survivant qui s’est présenté sous le nom de Zohar devant les caméras de la Douzième chaîne. « Et brusquement, on s’est tous retrouvés les uns sur les autres et il était impossible de comprendre ce qu’il se passait. J’ai alors levé la tête et j’ai vu la police qui bloquait l’entrée, j’ai crié qu’il y avait des gens qui étaient en train de mourir à côté de moi. »

« Les visages avaient perdu leur couleur », a continué Zohar. « Moi, j’étais coincé sous les gradins, j’ai essayé de m’extraire quant j’ai entendu au-dessus de moi un bruit continu, c’était comme un bruit sourd, et des gens qui criaient « partez, partez, ils sont en train de mourir ».

« Les gens tombaient au-dessus et ils écrasaient ceux qui étaient dessous, ils s’écrasaient les uns les autres… Les gens tombaient, jamais je ne pourrais oublier ce bruit sourd, les gens qui tombaient de partout », a-t-il poursuivi, bouleversé et encore hagard.

Au moins 45 personnes ont perdu la vie asphyxiées et mortellement blessées et au moins 150 personnes ont été physiquement touchées. Un grand nombre d’entre elles sont dans un état grave, ont fait savoir les médecins.

Les services de secours du Magen David Adom ont annoncé avoir évacué cent personnes, dont 18 dans un état grave et deux dans un état modéré, ainsi que 80 qui n’ont été que légèrement touchées.

Le directeur-général du MDA, Eli Bin, a précisé auprès du site Ynet que les blessés avaient été évacués vers l’hôpital Ziv à Safed, le Centre médical Galilée à Nahariya, l’hôpital Rambam à Haïfa, l’hôpital Poriya à Tibériade, et l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem.

Les secouristes et la police israélienne après un incident qui a tué et blessé des dizaines de personnes, lors des célébrations de la fête juive de Lag B’Omer, au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

Plusieurs hôpitaux ont ouvert des lignes téléphoniques spéciales pour que les participants puissent retrouver des proches et des amis qui auraient pu être blessés : Galilée : 04-9850505, Ziv : 04-6828838 et Poriya : 04-6652211. La police peut aussi être jointe au 110.

Dans la cohue, le réseau cellulaire téléphonique est tombé en panne et les secours ont eu des difficultés à permettre aux enfants de retrouver leurs parents.

Un secouriste de ZAKA, qui s’est exprimé depuis la clinique mobile de l’organisation, sur place, a décrit devant les caméras de la Douzième chaîne une scène de chaos et des enfants séparés de leurs parents.

Il a indiqué que ZAKA tentait de rassembler tous les enfants séparés de leurs parents.

« Nous nous efforçons de retrouver les personnes qui seraient portées-disparues… pour mettre en place un registre des noms », a-t-il dit.

Il a ajouté que les téléphones cellulaires ne fonctionnaient plus et que la situation était très confuse.

« Il y a plus de 30 enfants ici à l’instant… dont les mères et les pères ne répondent plus au téléphone », a-t-il poursuivi.

« Sans rentrer dans les détails, cela fait des décennies que je travaille avec ZAKA et je n’ai jamais vu ça… Nous ne savons pas exactement ce qu’il s’est produit, mais le résultat est indescriptible », a-t-il confié.

ZAKA intervient depuis longtemps dans le cadre de tragédies, et s’occupe notamment de retrouver les partis de corps lors d’attentats-suicides.

Zaki Heller, porte-parole du MDA, a pour sa part expliqué au site Ynet que ces morts avaient été entraînés par une foule beaucoup trop importante.

Les secouristes et la police israélienne après un incident qui a tué et blessé des dizaines de personnes, lors des célébrations de la fête juive de Lag B’Omer, au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

« Les équipes de secours ont été appelées à l’un des concerts organisés près du tombeau de Bar Yochai et des personnes ont été écrasées à proximité d’une structure. Des dizaines de personnes ont été piégées et il a fallu du temps pour les dégager », a dit Heller.

« Il y a des morts, c’est une tragédie vraiment terrible », a-t-il déclaré.

Les secouristes et la police israélienne après un incident qui a tué et blessé des dizaines de personnes, lors des célébrations de la fête juive de Lag B’Omer, au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

Des vidéos ont montré les services de secours tentant de mettre en place un hôpital de campagne et des dizaines d’ambulances essayer de traverser la foule compacte.

Sur d’autres images filmées avant l’accident, des dizaines de milliers de personnes dansaient et sautaient au rythme de la musique en plein air, pendant un concert.

La police a mis fin à l’événement et a tenté de faire évacuer les participants – certains ont néanmoins refusé de partir, reprochant à la police de les empêcher de prier et invectivant les agents. Des barrages routiers ont été dressés pour empêcher de nouvelles arrivées.

Ce rassemblement immense avait, avant même sa tenue, inquiété pour des raisons sanitaires. En raison de la foule dense, la police a reconnu avoir été dans l’impossibilité de faire respecter les restrictions entraînées par la COVID-19 sur le site.

Des responsables du ministère de la Santé avaient vivement recommandé aux Israéliens de s’abstenir de se rendre au mont Meron, craignant que ces festivités n’entraînent des contaminations massives.

Environ 5 000 policiers avaient été déployés sur le site en amont de l’événement.

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