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Portrait

Ce médecin juif centenaire de Cleveland est le plus vieux docteur en activité du monde

Lauréat du record depuis 2021, le Dr Howard Tucker donne toujours des cours et a réussi l’examen du barreau américain à l’âge de 67 ans. Il a de grands projets pour l’avenir

Le Dr. Howard Tucker détient le record du monde Guiness du plus vieux médecin en activité, aux États-Unis. (Courtoisie : Tucker / via la JTA)
Le Dr. Howard Tucker détient le record du monde Guiness du plus vieux médecin en activité, aux États-Unis. (Courtoisie : Tucker / via la JTA)

Cleveland Jewish News via la JTA – Le lendemain de son 100e anniversaire, le 10 juillet, le Dr Howard Tucker s’est rendu au centre-ville pour donner le coup d’envoi du match de baseball des Cleveland Guardians.

« J’espère juste que je réussirai à mettre la balle là où il faut », confie le médecin américain en riant. « Je me suis entraîné. »

Si Tucker a une solide expérience, c’est particulièrement en matière de médecine. L’an dernier, le Guinness des records a confirmé que le résident de Cleveland Heights, dans l’Ohio, était le plus vieux médecin en activité du monde. Il enseigne toujours à l’hôpital St. Vincent Charity de Cleveland et est expert médico-légal à ses heures perdues.

L’un de ses 10 petits-enfants, Austin Tucker, produit actuellement un documentaire sur sa vie qui va s’appeler « What’s Next? » [Et après ?]

« Je n’ai pas d’autre choix que d’être actif : je ne supporte pas de rester chez moi », explique Tucker. « Tant que les gens m’accepteront, je continuerai à travailler. Cela me plait énormément. »

Né en 1922, Tucker a su qu’il se destinerait à la médecine alors qu’il était encore étudiant à la Cleveland Heights High School.

« À cette époque, la neurologie en était à ses balbutiements », rappelle Tucker. « Il y a quelque chose de mystérieux dans le cerveau. C’est quasi-mystique. C’est pourquoi je me suis lancé en neurologie. »

Après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires en 1940, Tucker suit les cours de l’Université d’État de l’Ohio, à Columbus, y décroche son diplôme de premier cycle, avant d’entreprendre ses études de médecine.

Une fois sa formation terminée en 1947, Tucker devient neurologue en chef pour la flotte de l’Atlantique, dans un hôpital de la Marine américaine à Philadelphie, pendant la guerre de Corée.

« Toute personne libérée de la Marine pour des raisons neurologiques, résident à l’est du Mississippi, aura été examinée par moi», se souvient Tucker.

Après la guerre, Tucker se forme à l’Institut neurologique de New York. Il a le souvenir d’une « formation remarquable » dans cet établissement qui comptait 14 étages entièrement dédiés à la neurologie et à la psychiatrie.

« Mon chef à la Clinique de Cleveland m’avait dit : ‘Vous êtes capable d’en apprendre bien plus que tout ce que je pourrais vous enseigner. Je veux que vous postuliez à l’Institut neurologique de New York.’ Cela a changé ma vie. C’est une expérience formidable », confie Tucker.

Le Dr. Howard Tucker s’entraîne pour son lancer lors du match des Guardians de Cleveland. (Courtoisie : Tucker / via la JTA)

Non seulement l’institut a joué un rôle central dans la carrière médicale de Tucker, mais c’est aussi là qu’il a rencontré sa femme, Sara, qui, à 88 ans, est psychiatre, elle aussi toujours en activité. Le couple est un membre actif de la Synagogue Park, congrégation conservatrice de Cleveland Heights.

« À l’époque, j’enseignais à des étudiants en troisième année de médecine », se souvient Tucker. « Un jour, je me suis dit : ‘C’est une jolie fille’. Six mois plus tard, je l’ai croisée dans la rue et nous avons commencé à parler. C’est comme ça que je me suis marié. J’ai eu beaucoup de chance. »

Tucker a été témoin de nombreuses découvertes au cours de sa carrière, tant dans le domaine de la médecine que celui des technologies. Le tomodensitogramme, par exemple, n’avait pas encore été inventé lorsque Tucker a commencé à pratiquer la neurologie.

« Nous avions l’habitude de réfléchir longuement aux problèmes qui se posaient à nous parce qu’il n’y avait pas d’outils de diagnostic aussi performants », explique Tucker. « Nous avions l’habitude de discuter sans fin. Etait-ce une tumeur ? S’agissait-il d’une anomalie révélatrice d’un accident vasculaire cérébral ? À cette époque, nous devions travailler plus dur, mais c’était stimulant. »

Pas du genre à rester inactif trop longtemps, Tucker décide de suivre les cours du Cleveland-Marshall College of Law de l’Université d’État de Cleveland après avoir servi de témoin expert dans une affaire. Il trouve le système juridique passionnant et prend la décision de terminer ses études de droit tout en continuant à exercer la médecine. Il obtient son diplôme et réussit l’examen du barreau de l’Ohio à l’âge de 67 ans.

Le Dr Howard Tucker en train de skier. (Avec la permission de Tucker / via JTA)

Austin Tucker et Taylor Taglianetti, réalisateur et producteur de « What’s Next? » espèrent que le film illustrera le potentiel d’inspiration des aînés et les difficultés que Tucker a surmontées pour rester à la page dans une profession médicale en pleine mutation.

Tous deux considèrent l’homme comme le « parfait exemple de ce que peut faire une personne pour changer le monde ».

Tucker – dont la mère est décédée à l’âge de 84 ans et dont le père a vécu jusqu’à près de 96 ans – a les yeux tournés vers l’avenir. Il le tient de ses parents.

« Mon père s’est racheté une voiture à l’âge de 93 ans. En sortant du parking avec sa nouvelle voiture, il a dit : ‘Je ne suis pas sûr de me faire à cette Chevrolet : je pense que je vais retourner chez Buick’ », confie Tucker.

« Je me suis dit : ‘Ah oui, il a 93 ans et il achète une nouvelle voiture.’ Du coup, j’ai aussi acheté une voiture quand j’en ai eu 94. Je pense que la prochaine sera une BMW. »

Cet article, publié dans le Cleveland Jewish News est rediffusé avec leur permission.

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