Ce que dit la presse israélienne concernant le cessez-le-feu à Gaza
Rechercher
Revue de presse

Ce que dit la presse israélienne concernant le cessez-le-feu à Gaza

Le scepticisme sur les chances du cessez-le-feu d'arrêter les combats est élevé et les questions sur l'avenir sont nombreuses. Une seule certitude : Israël n'a pas gagné

Des roquettes lancées vers Israël depuis Gaza City, dans la bande de Gaza, le 20 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)
Des roquettes lancées vers Israël depuis Gaza City, dans la bande de Gaza, le 20 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

1. Est-il sûr ? Aussi rapidement qu’elle a commencé, la guerre a été terminée – avec un cessez-le-feu qui a mis un terme à onze jours de tirs de roquettes et de frappes aériennes, de morts et de destructions.

• Pas de photos emblématiques de soldats embrassant leur petite amie (où de soldates retrouvant tendrement leur fiancé), ou de drapeaux brandis pour saluer la victoire (au moins parmi les Israéliens) dans les principaux médias. Ces derniers s’en tiennent plutôt à un scepticisme prudent concernant le maintien du cessez-le-feu, conclu après onze jours de combats, et s’interrogent sur la prochaine confrontation entre Israël et Gaza : quand aura-t-elle lieu ?

• Le Yedioth Ahronoth et Israel Hayom évoquent « le test du cessez-le-feu » en première page, soulignant le manque profond de confiance concernant la détermination des deux parties à stopper les affrontements au-delà du (très) court-terme.

• « Le Hamas, on peut le présumer, va bien se conduire pour le moment », écrit Yoav Limor dans Israel Hayom, notant que le groupe doit permettre à la population de l’enclave côtière de souffler et tirer profit des éventuelles bonnes volontés, à l’international, qui se sont accrues après les pertes et les dégâts essuyés lors des bombardements israéliens. « Mais si Israël s’en tient à ses positionnements dans les négociations », le Hamas pourrait, en fin de compte, perdre patience et tenter de défier encore une fois l’État juif, « que ce soit directement ou via un canal latéral ».

• Décrivant l’état d’esprit qui règne dans les communautés les plus proches de Gaza, vendredi matin, Gadi Yarkoni, chef du conseil régional d’Eshkol, déclare au micro de la radio militaire que « nous avons une tonne de questions et nous devons nous montrer très vigilants quant à ce qui peut arriver. Où allons-nous ? Le calme est-il réellement là ? »

• C’est un problème de confiance et d’attentes, écrit pour sa part Amos Harel dans Haaretz. « A intervalles réguliers, Israël lance une nouvelle opération dans la bande de Gaza ou se trouve impliqué dans une opération de ce type. La disparité entre les objectifs limités que l’armée souhaite atteindre et la victoire écrasante que voudrait voir le public reste large », note-t-il. « Israël a lancé une campagne de dissuasion à Gaza, le pays n’a pas cherché une victoire décisive… la réussite d’une campagne de ce genre ne pourra être mesurée qu’avec le temps, pas en hissant un drapeau sur un Iwo Jima imaginaire sur le sable de la bande de Gaza. Il ne va pas y avoir de victoire claire, franche et massive ici ».

• S’exprimant sur Kan, l’ancien porte-parole de l’armée, Ronen Manelis, fait remarquer que l’armée n’a pas forcément bien transmis les informations en temps réel au public sur ses actions.

« Il y a une culture de manque en série s’agissant des informations officielles. Personne ne dit quoi que ce soit sur rien. En onze jours, personne, en habit civil, ne s’est présenté devant les citoyens en disant exactement le but qui était poursuivi, quels étaient les objectifs des militaires et quand ces derniers étaient atteints ».

2. La victoire : Tandis qu’Israël s’empêtre dans des bafouillages concernant sa non-victoire, le Hamas, de son côté, semble plus que désireux de brandir le trophée en son nom.

• « A Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est : des fêtes de la ‘victoire’ après le cessez-le-feu », dit Ynet, en première page.

• Accompagnant ce narratif, une photo de Palestiniens qui s’ébattent en brandissant le drapeau palestinien – le site internet note par ailleurs que les réjouissances sont similaires « à celles qui suivent les accords d’échange de prisonniers »…

• A Gaza, « les conducteurs, dans les voitures, klaxonnent et ils agitent des drapeaux par la fenêtre », ajoute le site. « De nombreux résidents tirent des balles en l’air, allument des explosifs et jettent même des pétards ».

• Selon la Douzième chaîne, le Hamas tente de mettre en spectacle sa force après cette grande victoire en appelant à une journée de la colère en Cisjordanie, vendredi, avec pour objectif de « démontrer son pouvoir et de montrer aussi qui est le vrai patron en Cisjordanie en descendant dans les rues et en affichant sa présence ».

• Dans le ToI, Avi Issacharoff dit que le Hamas est le grand vainqueur du conflit : « A un niveau tactique, le Hamas n’a pas enregistré de gains significatifs. La majorité des roquettes ont été interceptées ou elles ont raté leurs cibles et les efforts livrés par le groupe terroriste, visant à lancer d’autres attaques plus dévastatrices, ont échoué. Et pourtant, le Hamas qui a commencé sa mini-guerre en envoyant un barrage de roquettes, le 10 mai, en direction de Jérusalem, a réussi bien au-delà de ses propres attentes au niveau stratégique », continue-t-il, faisant remarquer que le Hamas « est parvenu à créer l’illusion dans le monde entier qu’Israël était à l’origine de l’agression, que le pays avait initié les combats. »

3. Lod, etc. : Gaza peut être un point d’interrogation mais un certain nombre de médias ont évoqué la situation à Lod et dans d’autres villes, suite aux violences ethniques brutales qui ont eu lieu la semaine dernière.

• Ainsi, la Treizième chaîne s’est intéressée au retour des résidents qui avaient fui Lod, certains d’entre eux disant qu’ils redoutent encore une nouvelle escalade des tensions. « [Ils sont revenus] après deux jours de calme, pendant lesquels les habitants se sont encore interrogés sur ce qu’il s’est passé, sur ce à quoi cela a servi, sur ce qui est arrivé et sur ce qui risque d’arriver à l’avenir », commente le présentateur Udi Segal.

• « Tant que ces Juifs religieux resteront là, il y aura des conflits. Ce sont des partisans du mouvement des implantations », explique Ali Nasasrah, un adolescent, aux abords de la Grande mosquée de Lod. « Tant qu’ils seront là, notre sang continuera à bouillonner ».

• Ariel Kahane, pour Israel Hayom, exprime son exaspération concernant le fait qu’il y a un an, il travaillait sur le projet de l’annexion des implantations de Cisjordanie et qu’aujourd’hui, « chaque Juif aspire aux implantations et Israël n’a même pas de souveraineté sur les territoires qui lui appartiennent à l’intérieur de la Ligne verte ».

• A Jaffa, autre ville à avoir été touchée par les affrontements entre Juifs et Arabes, Haaretz rapporte que les résidents arabes ont l’impression que ce mois d’agitations s’est apparenté à un voyage dans le temps. « Ça a été comme les récits de nos parents au sujet du régime militaire », dit Rawan Bisharat, un résident de Jaffa qui vit à proximité de Bat Yam, au journaliste, en comparant les actions policières, là-bas, à la présence de l’armée à Hébron. « La police entre ostensiblement dans les quartiers pour apaiser les choses et elle jette des grenades incapacitantes. Nous ne sommes pas en sécurité. Nous ne savons pas d’où nous allons être attaqués – par les habitants d’implantation ou par la police. Et ce qui est le plus perturbant, c’est que les médias ne disent rien à ce sujet ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...