Cessez-le-feu avec l’Iran: réactions contrastées malgré les déclarations de victoire
Alors que Washington et Téhéran se félicitent d'avoir remporté une victoire à la suite de la trêve négociée par le Pakistan, l'Europe et les pays du Golfe restent prudents
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Alors que Washington et Téhéran revendiquent chacun la victoire à l’issue du cessez-le-feu négocié par le Pakistan, les réactions nationales et internationales apparaissent plus contrastées, entre prudence, scepticisme et appels à la diplomatie.
Dans le monde arabe et le Golfe, les capitales saluent prudemment l’annonce tout en appelant à des avancées concrètes. En Europe, le soulagement domine, teinté de vigilance, à l’exception de l’Espagne, qui juge inacceptable la poursuite de l’offensive israélienne au Liban. En Israël, le gouvernement Netanyahu soutient la décision américaine sous conditions, tandis que l’opposition dénonce un désastre diplomatique.
Donald Trump a revendiqué une « victoire totale et complète », saluant « un grand jour pour la paix mondiale » et promettant « l’âge d’or du Moyen-Orient ». Dans une menace à peine voilée, il a ajouté que les États-Unis allaient « traîner dans le coin pour s’assurer que tout se passe bien ».
À Téhéran, le Conseil suprême de la sécurité nationale a répondu sur le même registre, affirmant que « l’ennemi, dans sa guerre injuste, illégale et criminelle contre la nation iranienne, a subi une défaite indéniable, historique et écrasante » et que l’Iran a « forcé les États-Unis à accepter son plan en dix points ».
Dans le monde arabe et le Golfe : entre soutien et prudence
Dans la région, plusieurs capitales ont rapidement salué l’annonce tout en appelant à des avancées concrètes. Oman a ainsi souligné « l’importance d’intensifier les efforts à ce stade pour trouver des solutions capables de résoudre la crise à la racine et de parvenir à une cessation permanente de l’état de guerre ».
Du côté des Émirats arabes unis, le conseiller diplomatique Anwar Gargash a adopté un ton triomphal.
« Les Émirats sont sortis victorieux d’une guerre que nous avons sincèrement cherché à éviter », a-t-il écrit sur X, ajoutant que son pays était désormais « prêt à naviguer dans un paysage régional complexe avec des ressources accrues et une capacité plus solide à influencer et à façonner l’avenir ».
L’Égypte, qui a joué un rôle de médiateur ces dernières semaines, a également accueilli favorablement l’initiative. Lors d’un entretien téléphonique nocturne avec l’envoyé américain Steve Witkoff, le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty a fait part de sa « profonde reconnaissance pour cette importante initiative américaine ».
Le Caire a qualifié la trêve « d’occasion cruciale » et s’est engagé à poursuivre ses efforts aux côtés du Pakistan et de la Turquie.
Cette dernière a, pour sa part, insisté pour que le cessez-le-feu soit « pleinement appliqué sur le terrain », tout en disant espérer « que toutes les parties respecteront l’accord », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
En Europe : soulagement et vigilance
Les réactions en Europe traduisent un mélange de soulagement et de prudence.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a salué la trêve et appelé à une « fin durable de la guerre », tout en soulignant que celle-ci ne pourrait être atteinte que par la diplomatie.
Le président français Emmanuel Macron a qualifié l’accord de « très bonne chose », mais a appelé à son respect « dans les jours et les semaines à venir », demandant qu’il s’étende pleinement au Liban.
« Nous attendons que ce cessez-le-feu soit pleinement respecté dans toute la région et qu’il permette l’ouverture de négociations qui règlent de manière durable les questions nucléaires, balistiques et régionales ayant trait à l’Iran, comme la France le défend depuis 2018 », a-t-il déclaré en ouverture d’une réunion des hauts responsables de la défense.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer doit se rendre mercredi dans les pays du Golfe pour y rencontrer les dirigeants de la région et œuvrer au respect du cessez-le-feu, a annoncé Downing Street.
« Je salue l’accord de cessez-le-feu conclu cette nuit », a déclaré Keir Starmer, cité dans un communiqué. « Avec nos partenaires, nous devons tout mettre en œuvre pour soutenir ce cessez-le-feu, le transformer en un accord durable et rouvrir le détroit d’Ormuz », a-t-il ajouté.
La haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, a abondé dans ce sens, estimant que l’accord offrait « un espace pour la diplomatie ».
La trêve négociée par le Pakistan, a écrit Kallas sur X, « offre une occasion indispensable d’apaiser les menaces, de mettre fin aux tirs de missiles, de relancer le transport maritime et de créer un espace pour la diplomatie en vue d’un accord durable ».
« L’UE est prête à soutenir ces efforts et est en contact avec ses partenaires dans la région », a ajouté Kallas, qui doit se rendre aujourd’hui à Ryad pour s’entretenir avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan, le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, Jassem al-Budaiwi, et d’autres responsables.
The U.S.–Iran agreement on a ceasefire is a step back from the brink after weeks of escalation.
It creates a much-needed chance to tone down threats, stop missiles, restart shipping, and create space for diplomacy towards a lasting agreement. The Strait of Hormuz must be open…
— Kaja Kallas (@kajakallas) April 8, 2026
Seule dissonance notable en Europe, l’Espagne a jugé « inacceptable » qu’Israël poursuive son offensive au Liban malgré la trêve. « Tous les fronts doivent cesser, et cela inclut le Liban », a martelé le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares. Le Premier ministre Pedro Sanchez, tout en saluant le cessez-le-feu comme une « bonne nouvelle », a prévenu que l’Espagne « n’applaudirait pas ceux qui mettent le feu au monde parce qu’ils se présentent avec un seau ».
Les troupes israéliennes sont entrées au Liban pour chasser le Hezbollah après que le groupe terroriste a commencé à lancer des attaques contre Israël en réponse à la guerre avec l’Iran.
En Asie : appels mesurés à la retenue
En Asie, les réactions sont restées dans un registre prudent. La Chine a salué la trêve tout en affirmant vouloir continuer à œuvrer au rétablissement de la paix au Moyen-Orient.
L’Indonésie a, pour sa part, appelé toutes les parties à respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et la voie diplomatique.
Israël : soutien conditionnel du gouvernement, critiques cinglantes de l’opposition
Le gouvernement israélien a mis quatre heures avant de réagir. Dans un communiqué publié uniquement en anglais, le bureau du Premier ministre Netanyahu a indiqué « qu’Israël soutient la décision du président Trump de suspendre les frappes contre l’Iran pendant deux semaines, sous réserve que l’Iran ouvre immédiatement le détroit et cesse toutes les attaques contre les États-Unis, Israël et les pays de la région. »
Le communiqué précise que « les États-Unis ont fait savoir à Israël qu’ils s’engageaient à atteindre ces objectifs lors des prochaines négociations » – une formulation qui laisse entendre qu’Israël cherche des garanties plutôt qu’il ne célèbre un succès. Sur un point, Jérusalem a tenu à se démarquer des médiateurs pakistanais : « Le cessez-le-feu de deux semaines n’inclut pas le Liban. »
Les critiques en Israël ont été vives. Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a dénoncé un « désastre diplomatique », estimant qu’Israël n’avait pas été associé aux décisions concernant sa sécurité nationale.
« Il n’y a jamais eu un tel désastre diplomatique dans toute notre histoire », a-t-il écrit sur X. « Israël n’était même pas à la table des négociations lorsque des décisions ont été prises concernant le cœur de notre sécurité nationale. »
Si « l’armée a mené à bien tout ce qu’on lui a demandé », a-t-il concédé, le Premier ministre « a échoué sur le plan diplomatique et stratégique » et « il nous faudra des années pour réparer les dégâts causés par son arrogance, sa négligence et son manque de planification stratégique. »
Sur le terrain, la situation reste instable au Liban, où les tensions persistent malgré les annonces de trêve.
Les marchés saluent la trêve
Sur le plan économique, l’annonce a été immédiatement saluée par les marchés. Les Bourses européennes se sont envolées à l’ouverture, Francfort gagnant environ 5 %, Paris 3,5 % et Londres 3 %, tandis que les prix du pétrole reculaient, signe du soulagement des investisseurs face à une possible désescalade. Les compagnies aériennes ont figuré parmi les principales bénéficiaires de ce mouvement.
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