Chevènement juge « dangereux » de désigner un « nouvel antisémitisme musulman »
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Chevènement juge « dangereux » de désigner un « nouvel antisémitisme musulman »

Le président de la Fondation de l'islam de France rejette l'idée que "tous les musulmans [aient] tété l'antisémitisme avec le lait de leur mère"

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre français, au Salon du Livre de Paris, le 23 mars 2014. (Crédit : Wikinade - travail personnel/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre français, au Salon du Livre de Paris, le 23 mars 2014. (Crédit : Wikinade - travail personnel/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation de l’islam de France, a jugé mardi « dangereux » de pointer « un nouvel antisémitisme musulman », comme, selon lui, les signataires d’une récente tribune, estimant que « ce genre de généralisation abusive » contribue à « créer un climat de guerre civile ».

Publié dimanche dans le journal Le Parisien, le manifeste « contre le nouvel antisémitisme » dénonce la « radicalisation islamiste » et sonne l’alarme contre une « épuration ethnique à bas bruit » dont serait victime la communauté juive en région parisienne.

« Autant il faut condamner avec la plus extrême vigueur toutes les manifestations d’antisémitisme à commencer par les actes antisémites, autant il peut être dangereux de désigner ‘un nouvel antisémitisme musulman’, comme si tous les musulmans avaient tété l’antisémitisme avec le lait de leur mère », a affirmé Jean-Pierre Chevènement dans un communiqué, en faisant référence aux propos tenus par Georges Bensoussan.

« C’est ce genre de généralisation abusive qui contribue à la montée des tensions dans notre société et à créer un climat de guerre civile », a averti l’ancien ministre de l’Intérieur.

« Bienvenu au contraire est l’appel aux autorités religieuses musulmanes à contextualiser les versets du Coran appelant au châtiment des juifs, des chrétiens et des musulmans mécréants, les frappant ainsi d’obsolescence », a jugé M. Chevènement à propos de cette tribune.

Lancée en août 2016, la Fondation de l’islam de France contribue notamment à la formation profane des imams.

« On ne peut à cet égard que se féliciter de l’appel lancé par 30 imams regroupés derrière monsieur Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux », a estimé ce fervent défenseur de la laïcité.

Dans une autre tribune publiée mardi dans Le Monde, un collectif de 30 imams appelle à combattre la radicalisation, tout en rejetant la thèse « funeste » selon laquelle le Coran appellerait lui-même au meurtre.

« Indignés, nous le sommes en tant que Français touchés par ce terrorisme ignoble qui nous menace tous. Nous le sommes aussi en tant que musulmans, comme le reste de nos coreligionnaires, musulmans paisibles, qui souffrent de la confiscation de leur religion par des criminels », écrivent ces trente imams.

Ils déplorent de voir « l’islam tomber dans les mains d’une jeunesse ignorante, perturbée et désoeuvrée ».

« Le vrai sacrifice est de se donner pour les autres, comme l’a fait notre héros national, le colonel Arnaud Beltrame », jugent ces responsables religieux, en référence au gendarme mort en se substituant à un otage lors de l’attaque jihadiste du 23 mars dans l’Aude.

Regrettant que des « lectures et des pratiques subversives de l’islam » aient conduit à une « situation cancéreuse, à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment », les signataires de cet appel mettent en garde contre les « dégâts » que ces discours peuvent provoquer.

« Nous ne sommes pas à l’abri d’autres crimes au nom de l’islam », préviennent-ils, exhortant les imams à « résister à une orthodoxie de masse, à un populisme communautariste et aux demandes d’overdoses religieuses ».

Le collectif estime cependant que l’idée avancée dans le manifeste contre « un nouvel antisémitisme » selon laquelle le Coran lui-même appellerait au meurtre est « d’une violence inouïe ». « Elle laisserait entendre que le musulman ne peut être pacifique que s’il s’éloigne de sa religion », s’indignent ces imams, dénonçant une « ignorance néfaste ».

La « radicalité ou radicalisation doit être combattue intelligemment par tous les concernés, des politiques aux imams en passant par la famille, l’école, le sécuritaire… Que chacun assume sa part de responsabilité », interpellent les signataires.

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