Chris Rock se met à nu dans ses débuts en Israël
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Obligé de faire des spectacles en Israël

Chris Rock se met à nu dans ses débuts en Israël

Montant sur scène dans le cadre de sa tournée Total Blackout, le comédien américain a offert à son public de 10 000 personnes quelque chose de nouveau : Une humilité à vif

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Affiche du spectacle de Chris Rock à Tel Aviv, qui aura lieu le 8 janvier 2018. (Crédit : autorisation)
Affiche du spectacle de Chris Rock à Tel Aviv, qui aura lieu le 8 janvier 2018. (Crédit : autorisation)

Depuis sa dernière tournée mondiale effectuée il y a deux ans, Chris Rock a été la star de neuf films hollywoodiens et d’un spectacle joué à Broadway, il a écrit et réalisé son propre scénario et il a produit une série télévisée qui a remporté un immense succès. Oh, il a aussi animé les Oscars pour la deuxième fois.

Lors de son tout premier spectacle en Israël mardi soir, Rock a donné au public de 10 000 personnes réuni à la Menorah Mivtachim Arena de Tel Aviv un avant-goût de ce qui a fait de lui une légende de la comédie aux Etats-Unis : Une intensité infatigable, des propos tapageurs sur la condition humaine, le tout ponctué de jurons.

Mais ce retour mondial de Rock sur la scène du stand-up, avec son détour en Israël, a également apporté une nouveauté.

Emaillant occasionnellement ses propos des noms des méga-superstars qu’il fréquente (ou qu’il drague) dans ses instants de loisirs, ce sont les échecs et les ratés de Rock, et non ses réussites, qui ont constitué la majorité de sa performance de 70 minutes, qu’il n’a relâchée à aucun moment.

Révélant une intimité qu’il avait déjà montrée dans ses interviews mais rarement sur scène, le spectacle s’est concentré non sur son traitement hilarant des idiosyncrasies raciales et sociales américaines mais sur son combat contre le divorce et l’adultère ainsi que sa lutte pour obtenir la garde partagée de ses deux filles.

Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il a laissé derrière lui ses observations tordantes, entremêlant ses confessions personnelles avec des classiques bien à lui sur la violence policière (« Vous pourriez penser qu’occasionnellement, les policiers puissent tirer sur un enfant blanc, seulement pour conserver les bonnes apparences ») sur les différences entre les hommes et les femmes (« les femmes, les enfants et les chiens sont aimés inconditionnellement… mais un homme n’est aimé que s’il peut apporter quelque chose) ou sur la sécurité aéroportuaire (« Qui peut me parler des dangers du shampoing ? En fait, ils nous prennent le nôtre puis ils nous le revendent en duty free »). Le Rock nouveau et son travail d’introspection ont su nous livrer un spectacle aussi intime et personnel qu’enjoué et fichtrement drôle.

« Tel Aviv! Shalom les enc… », s’est-il exclamé en arrivant sur scène sous les acclamations du public, toujours heureux de bénéficier d’une reconnaissance locale.

Tandis que l’artiste, âgé de 52 ans, ne s’était jamais produit auparavant en Israël, il était déjà venu dans le pays en 2008 en compagnie de Ben Stiller et de Jada Pinkett Smith, à l’occasion de la première israélienne de « Madagascar 2 », dans lequel Rock assurait le doublage vocal de Marty le zèbre.

« J’adore ce pays. Israël, yeah », s’est-il exclamé après l’une des nombreuses salves d’applaudissements.

Des intervenants prestigieux, assurant eux aussi le spectacle, ont mis en avant leurs expériences et souvenirs israéliens et juifs.

Jeff Ross, qui a servi d’animateur lors de la soirée, a évoqué de manière répétée devant le public ses racines juives – notant « j’adore mon peuple et vous êtes mon peuple » – avant de lancer des suggestions de titres de films pornographiques juifs (« Je ne fais pas ça » et « enlève ça de mon visage » ont été ses préférés).

Michelle Wolf, du Daily Show, a pour sa part parlé de son amour pour Tel Aviv, qu’elle a décrit comme « la soeur aînée de Miami ». Et le comédien de l’absurde, Anthony Jeselnick, a estimé que « celle-là, elle vous est passée au-dessus de la kippa », après qu’un sophisme scandaleux a semblé avoir complètement échappé à la foule, majoritairement hébréophone de naissance.

En contraste avec les trois premiers sets plutôt relaxants et désarmants, Rock s’est montré plutôt rétif et tendu. La performance, qui a inclus des bégaiements et des erreurs occasionnelles, manquait de la finesse très au point de la tournée « Kill the Messenger » de 2008, le dernier spectacle mondial qu’il avait présenté et qui avait remporté un Emmy pour sa diffusion spéciale sur HBO.

Mais, que ce soit intentionnel ou non, le comportement par moment abstrait de Rock a été une analogie parfaite pour les nouveautés qu’il a présentées. Et il embrassé le chaos avec une honnêteté qui était aussi drôle que mélancolique.

« Je tente juste de rassembler ma vie », a-t-il gloussé après avoir réalisé qu’il avait esquivé la chute d’une plaisanterie.

Evoquant sa séparation, en 2016, d’avec son épouse depuis 16 ans, Malaak Compton-Rock, Rock s’est laissé aller à de longs monologues, certains sans aucune chute manifeste, au cours desquels il a paru être authentiquement aux prises avec ses propres craintes.

Face à un texte géant qui disait « le confort est un poison », Rock a répété au public : « Vous ne voulez jamais divorcer ».

« Vous voulez pas vivre cette m…e », a-t-il ajouté d’un air contrit. « Si vous avez quelqu’un que vous aimez, tenez bon ».

Et il s’est montré moralisateur dans l’analyse de ce qui a causé la rupture de son mariage. « J’ai divorcé parce que j’étais un salaud, je n’étais pas un bon mari, c’est tout », a-t-il dit, admettant qu’il avait été infidèle avec trois femmes et son addiction à la pornographie (qui, a-t-il dit avec ironie, lui causait « un retard, partout, d’un quart d’heure »).

Rock a même admis sincèrement sa véritable motivation pour reprendre la route avec un nouveau spectacle, disant que l’argent perdu lors du divorce l’avait amené à souscrire l’accord (qui s’élèverait, selon les rumeurs, à 40 millions de dollars) avec Netflix prévoyant la diffusion du streaming de son stand-up sur la chaîne à la fin de l’année.

« J’ai perdu tellement d’argent que je fais des spectacles en Israël », a-t-il dit avec une telle franchise que le public s’est laissé littéralement aller à l’hilarité – à son propre détriment.

Mais ne vous inquiétez pas, a-t-il ajouté, les 269 à 589 shekels dépensés pour les billets iront également « aider des petites filles afro-américaines à aller dans des écoles privées ».

« Si quelqu’un vous demande ce que vous avez fait ce soir, vous pourrez répondre : J’ai fait une bonne action », a-t-il dit.

Dans ce qui a été peut-être sa plus authentique démonstration d’humilité, Rock a également évoqué sa recherche d’un véritable sens à sa vie. « Je suppose que je cherche Dieu avant que ce soit lui qui ne me trouve », a-t-il dit.

Cette honnêteté pourrait avoir semblé décalée et lourde par moments si elle n’avait pas été accompagnée de potins sur sa nouvelle vie de célibataire – comme cette occasion où il a tenté de draguer Rihanna ou lorsque, au grand dam de ses amis du Show Biz, il se rend sur Tinder sous son vrai nom.

S’exprimant auprès du magazine Rolling Stone l’année dernière, Rock avait dit que sa « tournée de la pension alimentaire » – c’est comme cela qu’il a surnommée son « Total Blackout tour » – pourrait devenir une sorte de catharsis pour sa rupture. « C’est bien des trucs de R&B, c’est ‘allez, tiens bon, continue à te battre’ « , avait-il dit du travail qu’il avait réalisé au cours des deux années précédentes.

Et ça a bien été le cas. Rock, ainsi que le public de Tel Aviv, a tenu bon et il a continué à se battre. Et c’est peu dire que le sentiment de soulagement était palpable, pour tous.

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