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Chute de 36 % des investissements dans les start-ups israéliennes au 3e trimestre

Diminution des opérations de financement par rapport aux deux trimestres précédents, mais les entreprises peuvent encore terminer l'année avec des chiffres d'investissement élevés

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

La ligne d'horizon du centre financier et des affaires de Tel Aviv avec ses centres commerciaux et ses bureaux high-tech. Illustration. Juin 2022 (Crédit : Elijah Lovkoff/iStock/Getty Images)
La ligne d'horizon du centre financier et des affaires de Tel Aviv avec ses centres commerciaux et ses bureaux high-tech. Illustration. Juin 2022 (Crédit : Elijah Lovkoff/iStock/Getty Images)

Les investissements dans les startups israéliennes ont chuté de 36 % au troisième trimestre de 2022 (T3 2022), par rapport au trimestre précédent, les entreprises israéliennes ayant levé un total de quelque 2,8 milliards de dollars entre juillet et septembre de cette année, selon le rapport de la société d’investissement Viola Group.

Ce chiffre marque une baisse considérable par rapport aux levées de fonds du premier et du deuxième trimestre 2022, qui s’élevaient respectivement à 5,9 et 4,4 milliards de dollars, selon le rapport publié mercredi.

Les sociétés israéliennes ont également enregistré une baisse de 69 % en glissement annuel des « méga » opérations – tours de financement de 100 millions de dollars et plus – au troisième trimestre 2022, mais les premiers tours n’ont diminué que de 13 %, ce qui est plus modéré, par rapport à l’année précédente. Les tours de table des sociétés de croissance, c’est-à-dire les investissements de série B et C d’un montant compris entre 20 et 50 millions de dollars, ont également connu une baisse de 47 % au troisième trimestre 2022.

Le rapport fait état d’une baisse globale de 30 % du rythme d’investissement par rapport à l’année dernière – une période faste au cours de laquelle les entreprises israéliennes ont obtenu la somme astronomique de 25,6 milliards de dollars de capitaux privés au total. Mais les sociétés technologiques israéliennes sont en passe de terminer l’année 2022 avec des chiffres d’investissement supérieurs à ceux de toute l’année 2020, année au cours de laquelle les entreprises ont levé 10,3 milliards de dollars, ce qui était alors le record. Les investissements réalisés au cours des trois premiers trimestres de 2022 ont de l’ordre de 13 milliards de dollars jusqu’à présent.

Selon le rapport Viola, les investissements des sociétés de capital-risque étrangères ont chuté de quelque 35 % au troisième trimestre 2022 et les financements des sociétés de capital-risque israéliennes ont baissé de 29 % par rapport à la période correspondante de 2021.

Le troisième trimestre 2022 a également vu une augmentation des extensions de tours de table, qui consiste à lever de l’argent auprès d’investisseurs existants aux mêmes conditions qu’au tour précédent. Les extensions de tours de table, qui sont souvent un indicateur des difficultés du marché, permettent aux fondateurs et aux cadres de gagner du temps pour accroître les revenus et procéder à une nouvelle levée de fonds ultérieure, en espérant que les conditions soient plus favorables.

Des traders travaillent sur le parquet de la Bourse de New York, à New York, le 10 août 2022. (Crédit : Seth Wenig/AP)

Les entreprises en phase de croissance, en revanche, disposent de « fonds suffisants suite à la levée de fonds de l’année dernière », selon les directeurs de Viola, Rotem Shacham et Tomer Meridor. Ces entreprises ont « restructuré leur budget et/ou exploré l’alternative de la dette à risque pour s’assurer une plus grande marge de manœuvre et repousser le moment de la levée de fonds » et l’écosystème technologique pourrait voir « une augmentation des tours de table de des sociétés de croissance en 2023 ».

Le mois dernier, un rapport basé sur une enquête menée auprès de plus de 300 fondateurs de sociétés technologiques israéliennes et de 400 employés a révélé que les inquiétudes concernant la capacité à lever des fonds en cas de ralentissement du marché ont légèrement diminué ces derniers mois, car les entreprises ont pu allonger leur runway pour la période à venir et se concentrer davantage sur la génération de revenus plus rapidement.

Startup Snapshot, une plateforme de partage de données relative à l’écosystème israélien des startups, a constaté que, bien que cela reste une préoccupation majeure, 64 % des fondateurs ont déclaré, au mois d’août, être préoccupés par la levée de fonds pour leur prochain tour de table, contre 74 % en mai. Les autres préoccupations les plus importantes concernaient la réalisation de ventes, le recrutement et la fidélisation, une préoccupation majeure avant la correction du marché.

Un rapport antérieur et distinct de Viola sur les investissements au cours du premier semestre 2022 a noté une baisse globale d’environ 30 % des financements par rapport au premier semestre 2021, mais aussi « un fort taux de croissance de 26 % sur une période de cinq ans ».

Le rapport de Viola de juillet correspond au rapport IVC Israeli Tech Review pour le premier semestre 2022 publié le même mois par le centre de recherche IVC et LeumiTech, une branche de Leumi spécialisée dans les services bancaires aux entreprises high-tech.

Le rapport d’IVC souligne la résilience de l’économie high-tech israélienne, malgré l’effondrement des marchés, avec quelque 200 opérations d’investissement entre janvier et juin. Il y a également eu des dizaines d’exit technologiques (définies comme des opérations de fusion et d’acquisition ou des offres publiques initiales – IPO – d’actions), dont certaines sont particulièrement remarquables comme l’acquisition prévue par Intel de l’entreprise israélienne Tower Semiconductor pour 5,4 milliards de dollars et l’achat par Google de l’entreprise israélienne de détection de menaces Siemplify (officiellement Cyarx Technologies) pour 500 millions de dollars au début de cette année.

Siège social de Tower Semiconductor à Migdal Haemek, Israël, mercredi 16 février 2022. (Crédit: AP/Ariel Schalit)

Intel est également sur le point d’acheter la startup israélienne Granulate, spécialisée dans les technologies informatiques, pour un montant d’environ 650 millions de dollars, et Qualcomm, une grande firme technologique américaine, a conclu un accord pour acheter Cellwize Wireless Technologies, un fabricant israélien de logiciels basés sur le cloud et l’intelligence artificielle qui accélérent le déploiement des réseaux 5G, pour environ 350 millions de dollars.

Parmi les principales opérations d’investissement réalisées depuis le début de l’année, citons les tours de table de l’entreprise de technologies du voyage TripActions, fondée par des Israéliens, qui a levé la semaine dernière 300 millions de dollars en capitaux propres et en financement sous forme d’emprunt dans le cadre d’un nouveau tour de table de série G, pour une évaluation de plus de 9 milliards de dollars ; la plateforme d’actifs numériques Fireblocks, qui a obtenu un investissement de 550 millions de dollars en janvier ; la société de construction tech Veev, avec un investissement de 400 millions de dollars également en janvier ; et l’entreprise de cybersécurité Axionus, avec un tour de table de 200 millions de dollars en mars.

L’introduction en bourse très attendue de Mobileye, la filiale d’Intel spécialisée dans la technologie de conduite autonome, pourrait décevoir, car le géant américain des semi-conducteurs envisage une valorisation nettement inférieure à 20 milliards de dollars pour l’unité basée à Jérusalem.

Véhicule de la flotte autonome Mobileye devant un atelier Mobileye en Israël. (Crédit :Mobileye, une société Intel)

Mobileye, qui produit des technologies de régulation de vitesse adaptative et d’assistance au changement de voie pour les voitures autonomes, ainsi que des technologies d’assistance au conducteur pour les voitures à conduite manuelle, devait initialement être valorisée à plus de 50 milliards de dollars lors de son introduction en bourse.

Mais l’inflation galopante et d’autres conditions de marché défavorables ont conduit Intel à réévaluer l’évaluation de la société à environ 20 milliards de dollars, a rapporté le Wall Street Journal mardi, en baisse par rapport à une estimation de 30 milliards de dollars au début du mois.

Malgré cela, une valorisation de 20 milliards de dollars ferait de l’introduction en bourse de Mobileye l’une des plus importantes à avoir lieu aux États-Unis cette année. Intel a acheté Mobileye en 2017 pour 15,3 milliards de dollars, ce qui reste la plus grosse exit technologique pour une entreprise israélienne à ce jour.

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