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Chypre redoute le contrecoup des vastes sanctions contre la Russie

Nicosie comptait sur les touristes de Russie et d'Ukraine pour se relancer cet été après la pandémie mais la guerre et les sanctions ne vont sans doute rien arranger

Une vue de Nissi Beach et de la mer dans la station balnéaire d'Ayia Napa, sur l'île de Chypre, à l'Est de la méditerranée, le 22 mai 2021. (Crédit : AP/Petros Karadjias)
Une vue de Nissi Beach et de la mer dans la station balnéaire d'Ayia Napa, sur l'île de Chypre, à l'Est de la méditerranée, le 22 mai 2021. (Crédit : AP/Petros Karadjias)

Les plages de Chypre semblent bien loin de l’invasion russe en Ukraine, mais nombre d’habitants et professionnels du tourisme de cette île prisée de la Méditerranée orientale redoutent le contrecoup des sanctions européennes sans précédent contre Moscou.

Si Chypre et la Russie entretiennent des liens politiques et culturels étroits, le Parlement chypriote a adopté à l’unanimité une résolution condamnant l’invasion au lendemain de l’entrée des troupes russes jeudi sur le sol de son voisin ukrainien. Et le président Nicos Anastasiades a déclaré que l’île était « solidaire de tous les Européens ».

Chypre, membre le plus oriental de l’Union européenne, a rapidement soutenu les mesures prises par l’UE à l’encontre de la Russie, notamment la fermeture de l’espace aérien aux avions russes et les sanctions empêchant certaines banques russes d’accéder au système financier international Swift.

Cette décision inquiète des professionnels du tourisme et des experts financiers de l’île, les touristes russes représentant le deuxième plus grand nombre de visiteurs après les Britanniques. Environ 18 000 Russes sont enregistrés comme résidents sur l’île et les investissements chypriotes-russes sont importants.

Le président chypriote Nicos Anastasiades, à droite, rencontre le président israélien Isaac Herzog à Nicosie lors d’une visite officielle de ce dernier, le 2 mars 2022. (Crédit : Iakovos HATZISTAVROU / POOL / AFP)

Le pays a déjà subi les effets désastreux de la pandémie de Covid-19 avec une chute vertigineuse du nombre de touristes, un secteur clé qui avait rapporté 2,68 milliards d’euros en 2019, soit environ 15 % du PIB.

« Coup dur » 

Chypre comptait sur les touristes de Russie et d’Ukraine – près d’un tiers du total de 1,93 million en 2019 – pour se relancer cet été, mais la guerre et les sanctions ne vont sans doute rien arranger.

Aux yeux de l’ambassadeur de Russie à Nicosie, Stanislav Osadtchiï, Chypre s’est « tiré une balle dans le pied » en soutenant les sanctions européennes: « Où Chypre va-t-elle trouver ses touristes russes ? Où iront-ils ? En Turquie, c’est ce que vous voulez ? » a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne chypriote Sigma TV.

La Turquie n’est pas seulement une destination touristique concurrente de Chypre, ses troupes occupent le tiers nord de l’île divisée depuis l’invasion turque de 1974 en réponse à un coup d’Etat de nationalistes chypriotes-grecs souhaitant rattacher l’île à la Grèce.

Le ministre chypriote des Affaires étrangères, Ioannis Kasoulides, estime que Nicosie a le droit de reconsidérer son interdiction des vols russes dans son pays si la Turquie ne fait pas de même.

Dans les stations balnéaires populaires d’Ayia Napa et de Protaras (sud), où les Russes et les Ukrainiens représentent environ la moitié des touristes, beaucoup sont inquiets.

Des touristes prennent un bain de soleil sur la plage dans la station balnéaire d’Ayia Napa, au sud-est de Chypre, au mois de septembre 2017. (Crédit : Florian Choblet/AFP)

C’est un « coup dur » pour le secteur, a déclaré la responsable de l’association des hôtels de Famagouste, Doros Takkas. « Beaucoup d’hôtels de la région traitent exclusivement avec ces marchés-là. Cela signifie qu’environ 30% des hôtels pourraient ne pas être en mesure d’ouvrir du tout », dit-elle.

– « Perte considérable » –
Le ministre du Tourisme, Savvas Perdios, a lui mis en garde contre une « perte considérable » tout en indiquant que le gouvernement tenterait de la compenser en partie en attirant les touristes d’autres pays comme l’Autriche, la France, l’Allemagne, la Hongrie, Israël, l’Italie ou la Pologne.

« Ces marchés représenteront entre 20 et 40 vols par semaine, contre 100 à 120 en provenance de Russie et d’Ukraine », a-t-il dit.

Le ministre des Finances tente de son côté de minimiser les conséquences financières des restrictions européennes, affirmant que « les sanctions touchant le système bancaire de l’UE n’affectent pas Chypre dans une large mesure ».

Le pays a acquis la réputation — fortement contestée par les autorités — d’être un refuge pour l’argent sale russe. Des voix critiques soulignent qu’il était donc important que Nicosie soutienne l’interdiction d’accès à Swift dans la mesure où Chypre abriterait plusieurs sociétés offshore d’oligarques russes.

Nicosie a accordé la nationalité chypriote et des permis de résidence à de riches Russes dans le cadre d’un programme de passeport contre des investissements, mais ce dispositif de « passeports en or » a été supprimé en novembre 2021 après des accusations selon lesquelles il a bénéficié à des criminels l’utilisant pour blanchir de l’argent.

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