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Analyse

Climat : Les technologies israéliennes mises à l’honneur lors d’une COP27 frustrante

Grâce au premier pavillon israélien ouvert à la conférence sur le climat de l'ONU, officiels, firmes et ONG du pays ont présenté leurs solutions lors d'un sommet autrement décevant

FILE - Un panneau disant "Les néergies fossiles dehors" pendant une manifestation au sommet sur le climat de l'ONU de la COP27 à Sharm el-Sheikh, en Égypte, le 12 novembre 2022. (Crédit :  AP Photo/Peter Dejong, File)
FILE - Un panneau disant "Les néergies fossiles dehors" pendant une manifestation au sommet sur le climat de l'ONU de la COP27 à Sharm el-Sheikh, en Égypte, le 12 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong, File)

SHARM EL-SHEIKH, Egypte — Alors que le monde se dirige à grands pas vers ce qui pourrait être une hausse catastrophique des températures – une hausse qui, avertissent les scientifiques, serait susceptible d’atteindre les 3 degrés Celsius au-dessus des niveaux de l’ère pré-industrielle – responsables et activistes de la défense de l’environnement de tout le globe ont estimé, sur les réseaux sociaux, que le récent sommet sur le climat des Nations unies qui a récemment eu lieu en Égypte avait été un échec.

Comme les 26 conférences qui l’ont précédée, la COP27 a été encore une fois dans l’incapacité de sévir contre le danger le plus important menaçant la planète, à savoir les émissions d’origine humaine qui provoquent le réchauffement climatique.

Avec l’opposition, semble-t-il, d’États riches en énergies fossiles comme l’Arabie saoudite et la Chine, et avec la présence de plus de 600 responsables et activistes issus des entreprises productrices d’énergies fossiles – une augmentation de 25 % par rapport à l’année précédente – les gouvernements ont tout simplement échoué à approuver toute une série de résolutions qui sont pourtant désespérément nécessaires.

Parmi ces résolutions, la décision prise que les émissions connaîtraient leur pic en 2025, que l’usage du charbon cesserait selon un calendrier précis et que les énergies fossiles, plus généralement, seraient « réduites progressivement » – sinon éliminées.

Certaines des prises de décision les plus difficiles, notamment sur la mise en place d’un marché de quotas d’émissions, ont également été reportées aux calendes grecques.

Certains pays riches en énergies fossiles ont même tenté – en vain – de se retirer d’un accord qui avait été conclu l’année dernière, à l’occasion de la COP 26 qui avait eu lieu en Écosse, qui les engageait à poursuivre l’objectif d’une hausse des températures à 1,5 degrés au-dessus des niveaux de l’ère pré-industrielle – un objectif qui semble néanmoins de plus en plus illusoire et de plus en plus hors de portée.

La prochaine COP sera organisée en décembre 2023 dans la pétromonarchie de Dubaï. Dans ce contexte, des décisions plus fortes seront-elles envisageables l’année prochaine ?… Il est légitime de se poser la question.

La résolution qui devait clôturer la conférence devait être adoptée à l’unanimité par presque 200 pays divisés en blocs, tous dotés de leur propre ordre du jour politique et économique – la raison pour laquelle ce type de sommet, auquel participent des milliers de personnes engagées, bien intentionnées et déterminées issues de tout les domaines d’activité liés au climat, se termine souvent avec, en toile de fond, un sentiment de profonde frustration et de désespoir.

Pour le Moyen-Orient, région particulièrement sensible au dérèglement climatique où les températures connaissent une hausse deux fois plus rapide que la moyenne dans le monde, l’avenir est encore plus sombre. La région est en passe d’atteindre une augmentation des températures hallucinante de 4 degrés, voire de cinq degrés d’ici la fin du siècle en l’absence d’une action radicale.

La COP s’avérait déjà difficile au vu des pressions exercées sur les budgets qui ont été entraînées par la crise énergétique mondiale et par les pénuries de produits alimentaires, par la nécessité d’extraire plus d’énergies fossiles pour compenser les coupures d’approvisionnement de la Russie et par la trajectoire des émissions, qui continue graduellement son ascension.

Un Binyamin (Bini) Zomer de Chevron Mediterranean Limited, qui extrait une bonne partie du gaz naturel israélien, souriant au café du pavillon israélien à la conférence de la COP 27 sur le climat à Sharm el-Sheikh, en Égypte, le 9 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Mais il y a eu tout de même des résultats positifs lors de cette foire annuelle.

Contrairement à ce qui s’était passé l’année dernière lors de la COP26 qui s’était tenue en Écosse, à Glasgow très précisément, le sommet de Sharm el-Sheikh s’est particulièrement penché sur les besoins de l’Afrique et des pays en développement.

L’accent a été mis sur l’adaptation aux conséquences du changement climatique plutôt que sur ses causes.

Parmi les progrès qui ont été réalisés, l’engagement de principe (sans plus de détail) qui a été pris par les pays riches de créer un fonds de « pertes et de dommages » pour aider les nations du sud à panser les plaies des effets dévastateurs des événements climatiques extrêmes.

Les parties prenantes ont également convenu de la nécessité de réformer les institutions financières – comme, par exemple, les banques multilatérales de développement – pour garantir que plus d’argent alloué au climat soit versé aux pays en voie de développement.

Les États-Unis et la Chine – les principaux pollueurs en matière d’émissions à effet de serre dans le monde – ont recommencé à travailler ensemble sur le climat, tournant la page de l’incident diplomatique causé par la visite à Taïwan de Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre, au début de l’année, une visite qui avait entraîné la colère de Pékin.

Et de nouveaux pays ont souscrit à l’engagement présenté à Glasgow, l’année dernière, visant la réduction de 30 % des émissions de méthane – un gaz à effet de serre particulièrement puissant – d’ici la fin de la décennie.

Israël était représenté à Sharm el-Sheikh par le président Isaac Herzog et quatre ministres sortants – Tamar Zandberg, du ministère de la Protection environnementale ; Orit Farkash Hacohen, du ministère des Sciences et des technologies ; Yifat Shasha-Biton, ministre de l’Éducation et Issawi Frej, ministre de la Coopération régionale

Alors que le bloc de droite, d’extrême-droite et religieux venait de remporter la victoire aux élections israéliennes quelques jours seulement avant le début de la conférence, le Premier ministre Yair Lapid et plusieurs autres ministres ont pour leur part jugé que leur présence à la COP27 serait inappropriée.

Pendant le sommet, qui s’est achevé le 18 novembre, les responsables d’un grand nombre de ministères sont venus et sont repartis en fonction des différentes thématiques abordées au cours des onze jours de la conférence.

Parmi eux, des représentants des ministères des Finances et de la Défense, et aussi du Conseil de sécurité national, qui est placé sous l’autorité du bureau du Premier ministre. Le Conseil de sécurité national a ajouté le changement climatique sur sa liste des risques nationaux au début de l’année, et il emploie depuis un expert sur cette question, ce qui est sans précédent : il s’agit de Victor Weiss, ancien directeur du Centre de développement durable Heschel, qui travaille sur le sujet d’une transition juste vers une économie à bas carbone.

La section événementielle du pavillon d’Israël à la COP 27 organisée à Sharm el-Sheikh, en Égypte, le 9 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Le tout premier pavillon israélien était grand, très fréquenté et installé dans le premier des bâtiments accueillant les pavillons nationaux, à proximité du lieu où se déroulaient les événements officiels organisés par les États-Unis – une place de premier choix, incontestablement.

Avec ses quatre tables rondes et conférences quotidiennes, ses espaces pour s’asseoir, bavarder ou travailler, avec en particulier son café gratuit sans file d’attente, le pavillon est rapidement devenu un pôle d’attraction.

Certains ont pu avoir le sentiment que tout le milieu environnemental israélien l’avait traversé à un moment donné pendant le sommet. Le nombre d’Israéliens venus à la COP a été, selon les estimations, quelque part entre plusieurs centaines et plus d’un millier de personnes.

Le pavillon israélien à la conférence sur le climat de l’ONU de la COP27 a permis de découvrir des technologies du climat israéliennes à Sharm el-Sheikh, en Égypte, le 9 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Le gouvernement israélien a investi dans ce pavillon pour deux raisons principales, déclare Yuval Laster, responsable de l’unité politique et de stratégie au sein du ministère de la Protection environnementale.

La première, transmettre l’idée qu’Israël peut apporter au monde une réelle contribution dans la problématique du climat. La deuxième, ajoute-t-il, est que Jérusalem a aussi cherché à promouvoir ses intérêts en termes de coopération internationale – et régionale en particulier – dans ce domaine.

Pour sa part, l’envoyé spécial sur le climat du ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur Gideon Behar – qui a exercé de fortes pressions pour qu’Israël expose ses solutions pour le climat lors de la COP27 – déclare au Times of Israel que des délégations de pays aussi lointains que l’Espagne, la Chine ou l’île de Tuvalu, dans le Pacifique, ont visité le pavillon et que lui-même a été sollicité par au moins vingt médias en provenance de la Chine, du Maroc ou de la République tchèque pour une interview.

De gauche à droite : l’envoyé spécial sur le climat du ministère des Gideon Behar, l’auteur-compositeur et activiste Ahinoam Nini, l’expert en coraux Maoz Fine de l’institut interuniversitaire de sciences marines d’Eilat, dans le sud d’Israël, et l’ambassadrice israélienne en Égypte, Amira Oron, au pavillon d’Israël, à la COP 27 de Sharm el-Sheikh, en Égypte. (Autorisation : Gideon Behar)

Trois événements d’une grande importance symbolique ont eu lieu, cette année, en ce qui concerne la région.

Le premier a été une réunion des chefs d’État des pays de l’Est de la Méditerranée et du Moyen-Orient (EMME), placée sous le leadership des présidents chypriote et égyptien, au cours de laquelle un plan régional de lutte contre le changement climatique, qui était en préparation depuis trois ans, a été approuvé.

A cette occasion, Tamar Zandberg, qui remplaçait le président Herzog, a pu être aperçue assise dans la même pièce que les dirigeants d’États ennemis comme l’Irak et le Liban.

Cette rencontre a semblé souligner que les pays de la région prennent de plus en conscience qu’ils doivent dorénavant relever les mêmes défis et que travailler ensemble pourrait bien être le seul moyen de parvenir à le faire.

La ministre de la Protection environnementale (à droite, tournant le dos au photographe) assise deux sièges plus loin que le président irakien Abdul Latif Rashid lors d’une réunion des leaders des pays de l’Est de la méditerranée et du Moyen-Orient à la conférence de la COP27 à Sharm-el-Sheikh, en Égypte, le 8 novembre 2022. (Crédit : Ministère israélien de la Protection environnementale)

Autre initiative, la signature d’un protocole d’accord entre Israël et la Jordanie prévoyant la construction de champs solaires par le royaume hachémite dans son vaste désert, des champs qui permettront d’approvisionner Israël en énergies renouvelables, en échange d’un approvisionnement en eau dessalée.

Une convention qui cimente un accord qui avait été négocié, il y a un an, par les Émirats arabes unis et l’envoyé des États-Unis pour le climat, John Kerry.

Jérusalem et Amman ont aussi signé une déclaration d’intention concernant un partenariat dans un projet de réhabilitation écologique et de développement durable en rapport avec le fleuve Jourdain.

Au niveau académique, l’université de Haïfa, dans le nord de l’État juif, a signé un protocole d’accord avec deux universités des EAU et avec le Centre allemand d’océanographie GEOMAR Helmholtz, qui se trouve à Kiel, pour étudier les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes marins dans l’est de la Méditerranée et dans le Golfe arabe.

Mais ça a été dans les technologies du climat que la présence d’Israël a été la plus ressentie, avec une cinquantaine d’entreprises qui ont présenté leurs solutions. Elle se sont mélangées à de potentiels partenaires au cours d’un certain nombre d’événements organisés par des instances telles que PLANETech et l’Institut des exportations israélien – ce dernier en partenariat avec l’administration du commerce international du ministère de l’Économie, avec le ministère des Affaires étrangères et avec la Fédération israélienne des fabricants.

« Nous avons assisté à la croissance exponentielle des technologies israéliennes du climat, ces derniers mois, et la COP 27 viendra très certainement accélérer cette tendance », commente Uriel Klar, le directeur de PLANETech. Lui-même s’est rendu en bus à la conférence, accompagné par des représentants de start-ups spécialisées dans le climat pour éviter de participer au rejet des émissions liées aux déplacements aériens dans l’atmosphère.

Un coach spécial a emmené les membres de la délégation technologique israélienne à la conférence sur le climat de la COP 27 à Sharm el-Sheikh, en Égypte, le 6 novembre 2022. (Autorisation : PLANETech)

Parmi les accords qui ont été scellés pendant cette COP27, la compagnie israélienne H2Pro, spécialisée dans l’hydrogène, et le développeur marocain d’énergie renouvelable Gaia Energy ont signé un pacte stratégique sur la fourniture d’un électrolyseur particulier, fabriqué au sein de l’État juif, qui aidera à la production d’hydrogène.

Tomorrow.io, qui a développé une plateforme analytique sur la météorologie et le climat, a annoncé avoir conclu un nouveau partenariat avec Microsoft au sujet de systèmes d’alerte anticipée qui seront mis à disposition des gouvernements, des entreprises et des agriculteurs en Afrique.

La start-up Criaterra, qui se concentre sur la fabrication de technologies qui viennent remplacer les processus de cuisson conventionnels pour le ciment et la céramique en vue de la production de matériaux de construction recyclables à 100 %, a été l’une des lauréates d’un prix technologique remis par le département d’État américain, en partenariat avec les fonds à impact de Google, Microsoft, Amazon, LinkedIn et General Electric.

En plus d’une cagnotte de 30 000 dollars, Criaterra rejoindra le programme d’encadrement de Google pour les start-ups et l’entreprise sera invitée à des discussions avec divers fonds à impact.

Des représentants africains rassemblés au pavillon du Sénégal pour écouter le plan de soutien de la construction de la Grande muraille verte de Desertech à la cOP27 de Sharm-el-Sheikh, en Égypte, le 10 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Enfin, DeserTech, une plateforme israélienne de technologies du climat qui s’occupe principalement des climats secs et désertiques, a lancé un programme de partenariat avec le Mécanisme Global de la Convention de lutte contre la désertification des Nations unies et avec les onze pays africains à la tête du mouvement de « la Grande muraille verte ».

La Grande muraille verte est une initiative africaine dont l’objectif est de réhabiliter un million de kilomètres carrés de terres dégradées dans toute la région du Sahel à l’horizon 2030, générant des millions d’emplois et capturant 250 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

La militante climatique suédoise Greta Thunberg parle sur scène lors du lancement de son dernier livre « The Climate Book » au Royal Festival Hall du Southbank Centre dans le centre de Londres le 30 octobre 2022. (Crédit : JUSTIN TALLIS / AFP)

L’activiste suédoise Greta Thunberg, qui s’en était prise aux grands dirigeants du monde, l’année dernière, pour leurs discussions sans fin, ne s’est pas rendue cette fois-ci à la COP27, affirmant que les leaders ne faisaient que parler sans passer à l’action.

Le problème est que ce sommet est le seul événement consacré au climat qui rassemble toutes les parties prenantes à la table.

La plus grande partie des médias israéliens a quitté la COP27 un jour ou deux après son lancement, ne laissant derrière eux que cette journaliste et un journaliste de Haaretz, les seuls à être restés pour couvrir les événements.

Avec la fin de la COP27, l’attention internationale s’est immédiatement tournée vers l’ouverture de la Coupe du monde au Qatar – amenant Behar à réfléchir aux priorités médiatiques.

« Vingt-deux individus qui courent après un ballon », grommelle-t-il, « intéressent davantage les médias israéliens et internationaux que l’avenir de l’Humanité ».

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