Climat: l’humanité exposée à « des souffrances sans nom », selon des scientifiques
Rechercher

Climat: l’humanité exposée à « des souffrances sans nom », selon des scientifiques

Après l'annonce du retrait officiel des Etats-Unis des Accords de Paris, des chercheurs appellent à des "changements drastiques sur les politiques économiques et démographiques"

Vue générale à Téhéran, en Iran, le 5 février 2018, montrant une couverture épaisse de pollution alors que le phénomène atteint de nouveaux sommets. (AFP / ATTA KENARE)
Vue générale à Téhéran, en Iran, le 5 février 2018, montrant une couverture épaisse de pollution alors que le phénomène atteint de nouveaux sommets. (AFP / ATTA KENARE)

11 000 scientifiques ont averti mardi que l’humanité s’expose à « des souffrances sans nom » si elle ne s’attaque pas sérieusement et rapidement à la « crise climatique », dans un appel publié par la revue BioScience.

« Il faut un accroissement immense des efforts pour préserver notre biosphère afin d’éviter des souffrances sans nom », écrivent les signataires, citant notamment la diminution de l’usage des énergies fossiles, la préservation de la biodiversité, une réorientation des priorités économiques de la seule croissance vers le « bien-être » ou encore la maîtrise de la pression démographique mondiale. Plus d’une cinquantaine de scientifiques israéliens sont signataires de cette déclaration.

« Pour assurer un avenir durable, nous devons changer notre façon de vivre, en améliorant les signes vitaux résumés par nos graphiques. La croissance économique et la croissance démographique comptent parmi les principaux facteurs d’augmentation des émissions de CO2 dues à la combustion de combustibles fossiles et par conséquent, nous avons besoin de changements audacieux et radicaux en ce qui concerne les politiques économiques et démographiques. »

Des émanations de fumées dans plus grande centrale électrique d’Europe, à Belchatow, en Pologne, le 28 novembre 2018. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

La lettre appelle à remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables à faible émission de carbone et à réduire les émissions de polluants climatiques de courte durée.

En outre, les écosystèmes de la Terre doivent être protégés et restaurés, et les populations devraient être encouragées à consommer des aliments à base de plantes plutôt que des produits d’origine animale, ont déclaré les scientifiques.

Enfin, les scientifiques déclarent que l’extraction excessive de matériaux doit être réduite et que des politiques doivent être mises en place pour stabiliser la croissance démographique, notamment en rendant les services de planification familiale accessibles à tous et en veillant à ce que l’enseignement primaire et secondaire soit la norme mondiale, en particulier pour les filles et les jeunes femmes.

Cette alerte survient au lendemain de l’annonce du retrait officiel des Etats-Unis, qui a notifié les Nations unies, des Accords de Paris sur le climat.

L’accord de Paris fixait l’objectif de contenir le réchauffement « nettement en dessous de deux degrés » par rapport à l’ère pré-industrielle, si possible à 1,5 degré. Pour ce faire, les pays signataires se sont engagés sur des contributions nationales (NDC), à réviser tous les 5 ans.

Les Etats-Unis, deuxième émetteur avec 13,1 %, s’étaient engagés sur une réduction de 26 à 28 % de leurs émissions en 2025 par rapport à 2005. Mais le président Donald Trump a confirmé mardi son intention de retirer le pays de l’accord de Paris, ce qui pourrait être effectif en 2020.

Les Etats-Unis ont officialisé leur intention de se retirer de l’accord de Paris, suscitant aussitôt des réactions consternées de la part de la Chine, de la France et de la Russie.

Un soldat devant un feu de forêt en Californie, le 24 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Marcio Jose Sanchez)

Le retrait ne sera effectif au plus tôt que le 4 novembre 2020, le lendemain de la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis, où Donald Trump compte briguer un second mandat.

La Chine et la France ont exprimé leur consternation après l’annonce, lundi, de l’officialisation par les Etats-Unis de Donald Trump de leur intention de se retirer de l’accord de Paris, comme il l’avait annoncé en 2017.

Sans nommer les Etats-Unis, Emmanuel Macron a « déploré » le choix fait pas « quelques autres » pays de se retirer de l’accord. « Mais je veux les voir comme des choix marginaux », a-t-il dit lors d’une déclaration à la presse aux côtés de Xi Jinping.

« Parce que quand la Chine, l’Union européenne, la Russie – qui a ratifié il y a quelques semaines les accords de Paris -, s’engagent avec fermeté, le choix isolé de tel ou tel autre ne suffit pas à changer le cours du monde. Il ne conduit qu’à (le) marginaliser », a estimé le président français.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, dans sa déclaration, a souligné une réduction de 13 % des émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis de 2005 à 2017, alors même que l’économie se développait.

Mais Trump, qui a pris ses fonctions en 2017, s’était engagé à revenir sur les réglementations environnementales alors que des États tels que la Californie et New York tentent de prendre des mesures plus rigoureuses, de leur propre initiative. Trump a tenté d’empêcher la Californie d’imposer des normes plus strictes en matière d’émissions des voitures et a laissé les États se doter de leurs propres normes pour les centrales au charbon existantes.

Robert Menendez, éminent démocrate de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a déclaré que le gouvernement Trump avait « une fois de plus fait fi de nos alliés, fermé les yeux sur les faits et politisé davantage le plus grand défi environnemental du monde ».

L’ancien vice-président devenu spécialiste du climat, Al Gore, a déploré la décision de Trump, tout en affirmant qu’un nouveau président pourrait revenir dans les accords de Paris sous 30 jours.

Des Français se rafraîchissent dans les fontaines des jardins du Trocadéro, à Paris, le 25 juillet 2019, pendant un épisode de canicule. (Crédit : AP Photo/Rafael Yaghobzadeh)

« Aucun individu ni aucun parti ne peut arrêter notre élan pour résoudre la crise climatique, mais on se souviendra de ceux qui tentent de le faire pour leur convenance, leur complicité et leur mensonges en essayant de sacrifier la planète pour leur cupidité », a déclaré Gore.

L’accord de Paris a pour objectif de limiter la hausse des températures à moins de deux degrés Celsius (3,6 Fahrenheit) par rapport aux niveaux préindustriels, un objectif que les scientifiques considèrent comme essentiel pour lutter contre les pires dommages causés par le réchauffement climatique, tels que l’augmentation des sécheresses, des inondations et l’intensification des tempêtes.

Conscient de la politique de son pays, Obama avait insisté pour que les objectifs soient appliqués de manière indulgente, chacun des 197 signataires – des États-Unis à la Corée du Nord en passant par les petites îles choisissant ses propres actions et en informant les Nations unies.

Contrairement à certaines prévisions, la décision de Trump n’a pas entraîné d’effet domino de retraits d’autres pays tels que le Brésil et l’Australie.

Le président brésilien Jair Bolsonaro, un allié idéologique de Trump, a rabaissé les environnementalistes, mais a résisté aux menaces de retrait de l’accord de Paris, l’Union européenne exigeant que l’adhésion soit la condition d’un accord commercial majeur.

Trump a qualifié d’élitiste l’accord sur le climat, affirmant qu’il avait été « élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, et non de Paris ».

Un sondage du Washington Post le mois dernier a révélé que même dans son propre parti, l’opposition grandissait sur cette question. 60 % des républicains souscrivent au consensus scientifique selon lequel l’activité humaine est à l’origine du changement climatique.

L’ancien maire de New York, Mike Bloomberg, qui a utilisé sa fortune pour faire pression pour que l’on agisse contre le changement climatique, a promis de mettre la question au premier plan lors de l’élection de l’année prochaine.

« Jusque-là, nous continuerons de lutter contre la crise climatique avec l’urgence requise, ville par ville et État par État. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...