Colère de la mère du soldat grièvement blessé à la frontière de Gaza
Rechercher

Colère de la mère du soldat grièvement blessé à la frontière de Gaza

Nitza Shmueli dit que son fils, Barel Hadaria Shmueli, tireur d'élite au sein de la police des frontières, lutte encore pour sa vie, ajoutant qu'il a été blessé "pour rien"

L'officier de la police des frontières Barel Shmueli, grièvement blessé lors d'une fusillade à la frontière de Gaza le 21 août 2021. (Crédit : Police des frontières)
L'officier de la police des frontières Barel Shmueli, grièvement blessé lors d'une fusillade à la frontière de Gaza le 21 août 2021. (Crédit : Police des frontières)

La mère d’un tireur d’élite de la police des frontières qui a été grièvement blessé par balle à la clôture de Gaza, samedi, a attribué sans détour la responsabilité de l’incident au gouvernement.

« Mon fils est en train de se battre pour sa vie – pour son sang, pour respirer – tout ça pour rien », a commenté Nitza Shmueli, la mère de Barel Hadaria Shmueli, âgé de 21 ans, au micro de la station 103 FM Radio dans la matinée de lundi. « Le pays n’en vaut pas le coup et pour ma part, je n’obtiens aucune réponse. Un terroriste de 12 ans a ouvert le feu sur mon fils à bout portant et tout cela en sachant que nos soldats avaient l’interdiction de tirer et de riposter. Pourquoi ont-ils envoyé mon fils ? Pourquoi ? Je veux une réponse », a-t-elle continué.

Shmueli avait été blessé lorsque des émeutiers s’étaient rués vers la barrière de sécurité. Sur une vidéo, les manifestants tentent de détruire, puis d’attraper l’arme à feu d’un soldat qui dépasse d’un trou creusé dans le mur en béton. Un homme court vers le mur, sort une arme qu’il porte à la ceinture et tire à trois reprises à bout portant dans le trou.

L’une des balles a atteint Shmueli à la tête.

Nitza a confié lundi matin que son fils était toujours dans un état critique et qu’il était encore entre la vie et la mort.

« Il ne va pas bien. Nous avons besoin de beaucoup de prières – je vous demande, je vous supplie de prier pour que Barel se rétablisse, qu’il puisse retrouver sa famille, sa vie », a continué Nitza.

L’hôpital Soroka de Beer Sheva a fait savoir, lundi matin, que Shmueli était encore dans un état grave, inconscient et intubé, après avoir subi plusieurs interventions chirurgicales dans la journée de dimanche.

Les Palestiniens utilisent des frondes pour jeter des pierres sur les forces israéliennes le long de la frontière avec Gaza pendant une manifestation contre Israël à l’est de Gaza City, le 21 août 2021. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Nitza a critiqué le Premier ministre Naftali Bennett et le chef d’État-major Aviv Kochavi qui, a-t-elle déclaré, ne sont pas venus voir son fils à l’hôpital.

« Bennett a téléphoné à 22h30 et il a demandé au père de Barel : ‘Comment va Yossi ? Comment se sent-il ?, » a raconté sa mère. « [Son père] lui a répondu : Il s’appelle Barel’. »

« Oh, je suis désolé. Comment va-t-il ? », a alors demandé Bennett, selon Nitza. « Le Premier ministre doit téléphoner pour demander des nouvelles ? Mais où êtes-vous ? Où ? Et où est le chef d’État-major ? »

Yossi est le nom du père de Barel.

Nitza a expliqué à la station de radio qu’elle avait été réconfortée par l’appel donné ce soir-là par le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, l’ex-Premier ministre qui est actuellement en vacances aux États-Unis.

« Benjamin Netanyahu m’a téléphoné à minuit, il m’a posé des questions et il a souhaité un bon rétablissement à mon fils. Il pleurait au téléphone – il pleurait », s’est-elle exclamée. « Il connaissait tous les détails de l’histoire, il m’a posé des questions sur les interventions chirurgicales. Bennett ne connaissait même pas son prénom, il a demandé dans quel hôpital il se trouvait. Quelle honte ! »

Lundi matin, Bennett a écrit sur Twitter qu’il s’était entretenu avec le père de Barel et qu’il compatissait avec la douleur et la colère de la famille.

« J’ai parlé hier soir avec le père du soldat qui a été blessé, Barel Hadaria Shmueli, », a écrit Bennett, « et j’ai fait part des prières de tout le peuple d’Israël pour que ce fils du pays, ce héros, se rétablisse. Je comprend la douleur de la famille et je souffre moi-même à ses côtés ».

Bennett a expliqué qu’une enquête avait été ouverte, que « des leçons en seront tirées » et qu’il disposerait bientôt des conclusions des investigations. Le Premier ministre a répété des propos qu’il avait tenus dimanche en réponse à ces coups de feu : « Tous ceux qui blessent nos combattants et nos civils devront en répondre ».

Les Palestiniens front brûler des pneus pendant une manifestation à la clôture frontalière avec l’État juif à l’Est de Gaza City, le 21 août 2021. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Les conclusions initiales de l’enquête militaire ouverte sur les violences, le long de la frontière avec Gaza, indiquent que les troupes n’étaient pas préparées à l’arrivée soudaine d’émeutiers à la barrière de sécurité. Les militaires qui se trouvaient à la frontière n’ont pas ouvert le feu sur la foule qui s’est attaquée au mur, inquiets de blesser des civils qui se trouvaient dans le périmètre, a fait savoir un responsable de Tsahal.

Le père de Shmueli a pour sa part critiqué l’armée, dimanche, pour « l’erreur » qui a permis aux émeutiers de se rapprocher du mur et d’ouvrir le feu sur le soldat.

« Tout ce que je demande, c’est qu’il reste en vie, pas plus », a dit le père, Yossi. « Je demande à toute la population d’Israël de prier pour qu’il se rétablisse ».

L’armée israélienne n’a pas terminé son enquête sur les événements qui ont eu lieu samedi et elle s’intéresse à tous les aspects de la journée – la manière dont les militaires ont été déployés le long de la frontière, les moments qui ont précédé les tirs, et la riposte des militaires à ces coups de feu, a continué le responsable de Tsahal qui a ajouté que l’incident était considéré comme une grave violation de la souveraineté israélienne.

Même si l’armée israélienne s’était préparée pour le mouvement de protestation à la frontière – en déployant des renforts à la barrière de sécurité – elle avait anticipé à tort une manifestation beaucoup moins violente suite aux déclarations antérieures faites par le Hamas qui allaient dans ce sens, a noté l’enquête.

La section du mur où a eu lieu l’attaque avait été spécifiquement construite suite à une série d’émeutes régulières le long de la frontière avec Gaza, en 2018. Toutefois, elle n’a un rôle réel de défense que lorsque les émeutiers se tiennent à distance. Des tireurs isolés peuvent ouvrir le feu pour répondre à de potentielles menaces à travers la petite ouverture dans le mur tout en étant protégés des balles ennemies et autres agressions.

Si les émeutiers s’approchent du mur, néanmoins, les soldats n’ont plus aucune visibilité de l’autre côté et ils sont vulnérables aux attaques – une vulnérabilité qui est clairement apparue samedi, selon les conclusions initiales des militaires.

Des manifestants palestiniens affrontent les troupes israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, là l’est de Gaza City, le 21 août 2021. (Crédit :Abed Rahim Khatib/Flash90)

Selon l’officiel, les émeutiers sont arrivés si rapidement près de la frontière que Shmueli et les autres soldats qui se trouvaient avec lui n’ont apparemment pas réalisé combien ils étaient proches avant qu’ils n’atteignent le mur, et ce, malgré les importants équipements de reconnaissance installés à la frontière – notamment des drones et des caméras de surveillance puissantes.

Tsahal ignore encore pourquoi les troupes n’ont pas été informées en temps et en heure de l’arrivée imminente des émeutiers ou des actions à entreprendre pour les empêcher de s’approcher.

Une enquête a aussi été ouverte sur la manière dont Shmueli a été évacué vers l’hôpital – un processus qui a pris 51 minutes. Il a été emmené à l’hôpital Soroka en ambulance et non en hélicoptère dans la mesure où cela a paru être l’option la plus rapide, selon le responsable militaire.

En réponse aux tirs, ainsi qu’aux violences générales sur la frontière, l’armée israélienne a frappé quatre sites du Hamas au sein de l’enclave côtière dans la nuit de samedi.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...