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Collage nocturne avec Golem, le collectif juif de gauche contre l’antisémitisme

Face à de "larges portions" de la gauche "qui étaient complètement insensibles à la montée de l'antisémitisme subite", le collectif entend "faire en sorte que les gauches remettent la lutte contre l'antisémitisme dans les combats antiracistes"

Un slogan collé sur un mur par les membres du collectif antiraciste de juifs de gauche "Golem", qui dit "Antisémitisme, islamophobie : les deux faces d'une même pièce raciste", dans le
centre de Paris, le 21 janvier 2024. (Crédit : Antoine Boyer/AFP)
Un slogan collé sur un mur par les membres du collectif antiraciste de juifs de gauche "Golem", qui dit "Antisémitisme, islamophobie : les deux faces d'une même pièce raciste", dans le centre de Paris, le 21 janvier 2024. (Crédit : Antoine Boyer/AFP)

À Paris dans la nuit apparaît soudain un slogan sur un mur : « antisémitisme, islamophobie : deux faces de la même pièce raciste ». Derrière ces affiches, des militants de Golem, un mouvement de jeunes juifs et juives de gauche créé après le 7 octobre.

Ce collectif est né le 12 novembre pour s’opposer à la présence du Rassemblement National (RN) à la marche contre l’antisémitisme, où la France Insoumise (LFI) était absente.

Face à de « larges portions » de la gauche « qui étaient complètement insensibles à la montée de l’antisémitisme subite », le collectif entend « faire en sorte que les gauches remettent la lutte contre l’antisémitisme dans les combats antiracistes », confie par téléphone un de ses fondateurs, Jonas Pardo,

Ce samedi soir, le collage vise la nouvelle loi immigration que les militants rejettent. Dans le nord-est de Paris, ils sont une dizaine, scindés en deux groupes. Rose – un des prénoms d’emprunts – 30 ans, se sent « pleine d’adrénaline ».

23h52 : Le premier mur à décorer est identifié. Les lettres M, I, G sont collées une par une.

23h57 : « Migrer n’est pas un crime », s’affiche à la vue de tous.

Le logo du collectif antiraciste de juifs de gauche « Golem » collé sur un mur du centre de Paris, le 21 janvier 2024. (Crédit : Antoine Boyer/AFP)

Pour Rose, agir contre la loi immigration, qu’elle juge « intrinsèquement raciste », est une évidence. « Une grande partie des Juifs et juives de France sont des enfants ou des petits-enfants d’immigrés », souligne l’ancienne prof. « Mon père est né en Pologne en 39, il est arrivé en France à 15 ans, après la Shoah. »

« La maison des Juifs de gauche »

Après le massacre du groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre, quand 1 140 personnes ont été tuées, selon un décompte de l’AFP à partir de chiffres officiels israéliens, ces jeunes Juifs ont ressenti de la « solitude ».

Rose, proche du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), est alors cueillie à froid par le communiqué du parti d’extrême gauche qui salue ce qu’il appelle la « résistance » palestinienne.

Ruth, doctorante de 28 ans, qui tractait pour LFI, est « hyper choquée » de constater la « frilosité » de LFI « à nommer ce qui se passait, c’est-à-dire des actes terroristes », dit-elle.

Depuis, la riposte d’Israël pour « anéantir » le groupe terroriste palestinien aurait fait plus de 25 000 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza. Tsahal a éliminé 9 000 terroristes palestiniens dans la bande de Gaza, en plus des quelque 1 000 terroristes qui se trouvaient à l’intérieur d’Israël le 7 octobre.

« Pouvoir agir contre le gouvernement israélien, contre les bombardements [sur Gaza] en tant que Juifs, ça me paraît aussi hyper important », ce sont « deux choses qui au fil du temps se sont alignés dans Golem”, résume Ruth.

Des manifestants posant avec des banderoles « Liberté, égalité, fraternité » et « Non à la loi asile immigration » lors d’un rassemblement contre la loi sur l’immigration récemment adoptée en France, place du Trocadéro, à Paris, le 21 janvier 2024. (Crédit : Guillaume Baptiste/AFP)

« On a très vite dit : Golem est la maison des Juifs de gauche », explique Jonas Pardo, 35 ans.

00h40 : Le groupe termine un quatrième collage sur un muret : « Nous sommes tous.tes des enfants d’immigré.es ». En face, un tag « Free Palestine ».

Anti-Netanyahu, le collectif est notamment pour un cessez-le feu immédiat et permanent, la libération des otages, la levée du blocus de Gaza et contre l’expansion de la présence juive en Cisjordanie.

Critiquer l’État d’Israël, « absolument », « mais pas au prix de l’antisémitisme », tranche Jonas Pardo.

Le 14 novembre, le ministère de l’Intérieur a annoncé plus de 1 500 actes ou propos antisémites recensés en un peu plus d’un mois en France. Un chiffre plus de trois fois supérieur à celui de toute l’année 2022.

Le 9 octobre, la mère et la grand-mère de Ruth se font traiter de « sales juives » devant la synagogue, rapporte la jeune femme.

Golem « considère que l’antisémitisme est consubstantiel à l’extrême droite » et « un parasite des gauches », souligne M. Pardo qui pilote des formations contre l’antisémitisme au sein des organisations de gauche.

Nonna Mayer sur le plateau de Médiapart en 2015 (Crédit: capture d’écran Youtube/Médiapart)

Pour la politologue Nonna Mayer, sollicitée par l’AFP, le niveau d’adhésion aux stéréotypes traditionnels sur les Juifs, « cet antisémitisme-là (…) culmine à l’extrême droite (…) mais il remonte un peu à l’extrême gauche ».

L’idée d’un tel collectif, qui n’est pas une première, est « très intéressante », estime-t-elle « dans la mesure où les Juifs de France, si on se fie aux sondages, ont plutôt évolué vers la droite ».

Golem – auquel appartient Arié Alimi, avocat qui défend notamment des victimes de violences policières et ex-président de l’Union des étudiants Juifs de France (UEJF) à Assas –  affirme avoir rallié plus de 350 membres en deux mois d’existence.

Cette mobilisation donne « beaucoup d’espoir » à Rose.

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