Commémoration du 64e anniversaire du massacre de Kafr Qassem
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Commémoration du 64e anniversaire du massacre de Kafr Qassem

La Knesset a, à nouveau, rejeté la proposition de loi visant à faire reconnaître la responsabilité de l'Etat dans le massacre de 1956 qui a coûté la vie à 48 Arabes israéliens

Marche des Israéliens arabes à Kafr Qasim pour commémorer le massacre de 1956 par la police des frontières israélienne le jeudi 29 octobre 2020 (Crédit : Yousef Jabareen)
Marche des Israéliens arabes à Kafr Qasim pour commémorer le massacre de 1956 par la police des frontières israélienne le jeudi 29 octobre 2020 (Crédit : Yousef Jabareen)

Des centaines d’Arabes israéliens se sont réunis jeudi dans la ville arabe de Kafr Qassem pour commémorer le massacre de 1956 au cours duquel des agents de la police des frontières ont fusillé et tué des dizaines d’habitants.

Les participants ont défilé dans la ville, qui se trouve à une demi-heure de route de Tel Aviv, à la frontière avec la Cisjordanie, pour déposer des couronnes de fleurs sur les tombes des personnes tuées et sur le monument érigé à leur mémoire dans le centre de la ville.

« Nous sommes venus pour dire que nous n’avons pas oublié et que nous n’avons pas pardonné. La mémoire passe d’une génération à l’autre. C’est la mémoire du sumud, de la fermeté, de l’enracinement dans les terres de nos ancêtres », a déclaré Yousef Jabareen, député du parti Hadash, qui a participé à la cérémonie.

Le 29 octobre 1956, le premier jour de la crise de Suez, les membres de la police des frontières ont reçu l’ordre de tirer pour tuer toute personne violant le couvre-feu imposé à Kafr Qassem.

Marche des Israéliens arabes à Kafr Qassem pour commémorer le massacre de 1956 par la police des frontières israélienne, le jeudi 29 octobre 2020. (Crédit : Kafr Qasim Popular Committee)

De nombreux habitants n’avaient pas été informés du couvre-feu et la police des frontières a tiré et tué 48 hommes, femmes et enfants plus tard dans la soirée. Presque tous étaient originaires de Kafr Qassem et l’une des femmes victimes était enceinte.

Un tribunal a par la suite reconnu coupable et condamné plusieurs agents de la police des frontières. Bien qu’ils aient suivi les ordres, le tribunal a jugé qu’un « drapeau noir flottait au-dessus d’eux », ce qui signifient qu’il aurait dû être clair pour les officiers que les ordres étaient manifestement illégaux. Finalement, les peines des officiers ont été réduites et aucun d’entre eux n’a passé plus de quelques années en prison.

La marche annuelle est devenue un rituel à Kafr Qassem, où le souvenir des personnes tuées lors du massacre reste très vivant.

« C’est un souvenir gravé dans l’esprit de chaque qassemite », a déclaré Sayyed Abdelwahid Issa, qui dirige le Comité populaire de Kafr Qassem, au Times of Israël par téléphone. « En grandissant, les enfants apprennent à respecter et à vénérer le 29 octobre. »

Alors que les activités commémoratives attirent normalement des milliers de personnes et impliquent des ateliers et des conférences, la cérémonie de jeudi était plus petite et plus courte, à cause de la pandémie de coronavirus, qui implique de minimiser les rassemblements de masse. Les responsables municipaux ont également tenté de faire respecter les exigences relatives au port du masque et à la distanciation sociale.

Le grand-père maternel d’Issa était l’une des victimes du massacre. Mais il a déclaré que la commémoration ne concernait pas seulement ceux qu’il appelait « les martyrs de Kafr Qassem ».

« Pour nous, aujourd’hui est un jour de vie. Sur les 48 personnes qui ont été tuées, 33 étaient mariées. Nous les avons toutes retrouvées. Leurs descendants sont maintenant au nombre de 4 964, et je suis l’un d’entre eux. Imaginez », dit Issa, la voix chargée d’émotion.

Sayed Abdelwahed Issa, un des chefs du Comité populaire de Kafr Qassem dont le grand-père a été tué dans le massacre de 1956, s’exprime lors d’une cérémonie commémorant l’événement, jeudi 29 octobre 2020. (Autorisation)

Des anciens membres du gouvernement israélien ont par le passé rejoint la commémoration. En 2014, Reuven Rivlin est devenu le premier président en exercice à participer au service commémoratif annuel, durant lequel il a condamné le massacre.

« Le massacre criminel qui a eu lieu dans votre village est un chapitre irrégulier et sombre de l’histoire des relations entre les Arabes et les Juifs qui vivent ici », avait alors déclaré Rivlin. « Un crime terrible a été commis ici, des ordres illégaux couronnés par un drapeau noir ont été donnés ici. Nous devons regarder directement ce qui s’est passé. Il est de notre devoir d’enseigner cet incident difficile et d’en tirer les leçons. »

La Knesset a souvent rejeté les propositions de loi qui reconnaîtraient la responsabilité de l’État pour ce crime.

Mercredi soir, la Knesset a débattu d’un projet de loi proposé par la députée de la Liste arabe unie Aida Touma-Suleiman qui demandait une « pleine reconnaissance de l’État » dans les faits et leur ajout dans les programmes scolaires.

« Toutes ces demandes ont une chose en commun : la reconnaissance du mal est une étape nécessaire dans sa réparation », a déclaré Touma-Suleiman.

Le vice-ministre de l’éducation Meir Porush (Yahadout HaTorah) a rejeté l’affirmation de Touma-Suleiman selon laquelle le massacre était absent du matériel éducatif israélien, soulignant que les écoliers étudiaient l’incident dans des cours d’instruction civique sur les ordres illégaux de l’armée.

Le projet de loi a été rejeté par la Knesset à 51 voix contre et 21 pour. La Liste arabe unie a voté en faveur de cette proposition, tout comme quelques députés Meretz et Kakhol lavan. Les députés du Shas, du Likud et de Yamina se sont opposés à la mesure.

Le Times of Israël a contacté un certain nombre de parlementaires qui s’étaient opposés à la mesure mais n’a pas reçu de réponse aux demandes de commentaires.

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