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Comment la communauté médicale israélienne empêche Omicron de submerger le système

Les caisses d'assurance-maladie qui ont assumé la campagne de vaccination à grande vitesse, l'année dernière, permettent dorénavant d'éviter la surcharge des hôpitaux

Photo d'illustration : Un jeune homme vient d'être dépisté positif à la COVID-19, montrant son test. (Crédit : iStock via Getty Images)
Photo d'illustration : Un jeune homme vient d'être dépisté positif à la COVID-19, montrant son test. (Crédit : iStock via Getty Images)

Jamais il n’y a eu de maladie s’étant développée à une telle échelle en Israël. Alors qu’un citoyen sur vingt est actuellement porteur confirmé du coronavirus et que 10 % des personnels de santé sont eux-mêmes infectés, qu’est-ce qui permet donc aux hôpitaux de tenir le choc ?

La débâcle, dans les unités de soin, a été évitée grâce à un variant Omicron plus clément que les précédents – il semble ne pas entraîner de complications graves du COVID-19 – et grâce aux nouveaux médicaments antiviraux dorénavant prescrits aux plus âgés, mais grâce aussi au fort niveau de vaccination. Pilules et vaccin diminuent le risque d’une forme grave du coronavirus.

Il y a néanmoins un autre facteur qui paraît souvent ignoré : celui qu’Israël s’enorgueillit d’avoir parmi les plus fortes infrastructures du monde en termes de médecine communautaire.

Les hôpitaux sont ainsi souvent évoqués comme « la ligne de front » dans la guerre contre le COVID-19. Et ils sont réellement la dernière ligne de défense, la ligne qui ne se présente qu’après que les caisses d’assurance-maladie – les HMO – ont tenté, pour leur part, de mettre en œuvre toutes les palettes de possibilités offertes de manière à ce que les malades puissent se rétablir pleinement chez eux.

Les HMO ont été brièvement placées sous le feu des projecteurs lorsqu’elles ont réalisé une campagne de vaccination initiale à grande vitesse en Israël, mais elles n’ont depuis que peu attiré l’attention. Et pourtant, ce sont elles qui sont en charge du tri, en maintenant les malades hors des hôpitaux à moins que cela ne devienne absolument nécessaire tout en leur fournissant toute une gamme de services à domicile – ce qui permet au taux de mortalité de rester modeste malgré le nombre élevé de personnes atteintes par le coronavirus.

Indépendamment de leurs revenus, tous les Israéliens sont membres de l’une des quatre caisses d’assurance-maladie dans le cadre du programme national d’assurance de l’État – et la plus grande partie des services de base sont gratuits. Les caisses disposent de réseaux énormes de dispensaires, notamment dans les kibboutzim et autres communautés périphériques. En réponse à la pandémie, elles offrent aussi dorénavant des téléconsultations et autres services médicaux en ligne. Elles se vantent de leurs registres numériques sophistiqués – une force qui a permis de faire d’Israël un leader mondial en termes de statistiques sur l’efficacité vaccinale.

Photo d’illustration : Une femme utilise un ordinateur pour une consultation en ligne avec son médecin pendant une quarantaine à domicile. (Crédit : iStock via Getty Images)

« Les caisses d’assurance-maladie sont sur le front dans la défense contre la menace du coronavirus, et les médecins et infirmiers communautaires rejoignent les rangs des personnels hospitaliers dans cette guerre, c’est indubitable », a commenté Tanya Cardash, médecin et dirigeante pour la région de Jérusalem de la caisse Maccabi.

« Les hôpitaux jouent un rôle vital dans la prise en charge de tous les malades qui se trouvent dans un état grave mais la vaste majorité des patients qui ont contracté le variant Omicron sont pris en charge par les médecins de la communauté », a poursuivi Cardash.

En fait, seul un petit changement survenant dans la proportion de patients que les caisses d’assurance-maladie sont en capacité de conserver à domicile entraînerait rapidement un effet domino qui pousserait les hôpitaux hors de leurs limites – ou nécessiterait des initiatives prises en urgence, comme un renfort de l’armée.

Une infirmière fait un test antigénique dans un centre de dépistage de Beit Hashmonai, le 16 janvier 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Le docteur Doron Dushnitzky, à la tête du département du coronavirus au sein de la caisse d’assurance-maladie Leumit, a confié au Times of Israel que l’organisation fonctionnait – mais qu’elle arrivait au bout de ses capacités.

« Nous sommes à plus de 90 % de ce que nous sommes en mesure de gérer et si le nombre de personnes infectées augmente encore et que nous nous trouvons au maximum de ce que peuvent faire les employés, cela sera alors trop lourd à assumer », a ajouté Dushnitzky.

« Si nous voyons ce drapeau rouge, nous prendrons des mesures d’urgence – par exemple, nous appellerons l’armée en renfort. Il y a des plans, concernant des mesures d’urgence, qui n’ont pas encore été mis en place », a-t-il expliqué.

Les personnels des caisses d’assurance-maladie abattent de nombreuses heures supplémentaires pour se rendre auprès des Israéliens qui viennent d’être diagnostiqués et qui inondent les systèmes de réservation, et pour fournir des soins continus aux nombreux citoyens qui se battent contre le virus et qui pourraient finir à l’hôpital en l’absence d’une supervision accrue.

Dans la vague actuelle, les caisses d’assurance-maladie ont aussi une responsabilité toute nouvelle qu’ils n’avaient pas par le passé : donner les médicaments antiviraux aux personnes les plus âgées ou les plus vulnérables face au virus, et qui ont été contaminées.

« Nous avons établi à la Maccabi une équipe spéciale qui soutient les médecins en soignant les patients atteints par le coronavirus à domicile, et qui délivre notamment les pilules antivirales qui sont données aux patients à haut-risque », a expliqué Cardash.

Une infirmière fait un test antigénique dans un centre de dépistage de Beit Hashmonai, le 16 janvier 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

De son côté, Dushnitzky, de la Leumit, a expliqué que sa caisse subissait également une vague d’infections de grippe.

« On ne doit pas seulement affronter le coronavirus mais également de nombreux cas de grippe en même temps, ce qui entraîne un effet de comorbidité et ce qui augmente aussi la charge de travail. La situation telle qu’elle est pousse nos capacités à leurs extrémités dans tous les domaines, qu’il s’agisse des représentants qui apportent des réponses aux patients par téléphone ou des médecins de famille qui croulent sous le nombre de rendez-vous », a-t-il dit.

« Beaucoup de médecins, d’infirmiers et d’autres employés sont véritablement épuisés depuis quelques semaines mais on continuera à faire notre maximum », a-t-il assuré.

Les activités intenses des caisses, pendant la vague Omicron, reflète la focalisation sur la lutte contre le coronavirus qui ne cesse d’augmenter, commente pour sa part l’épidémiologiste Nadav Davidovitch, professeur à l’université Ben Gurion et l’un des responsables du syndicat israélien des médecins.

« Israël présente un taux d’infection très élevé mais les choses vont bien en termes de mortalité ; et l’une des raisons essentielles de cela est le soin communautaire, qui garantit que des soins de santé seront apportés par les caisses qui, en définitive, fournissent également un traitement anti-COVID tout entier à 98 % des Israéliens dépistés positifs à la maladie », a déclaré Davidovitch.

« Avec l’évolution de la pandémie, les caisses ont trouvé des moyens de plus en plus innovants qui permettent aux patients de ne pas aller à l’hôpital et elles sont devenues une composante déterminante dans la réponse à la pandémie à différents niveaux – des niveaux qui ne cessent par ailleurs de croître », a-t-il ajouté.

Le professeur Alex Weinreb, expert en politique de santé au centre Taub, a déclaré au Times of Israel que la performance des caisses d’assurance-maladie, pendant cette pandémie, mettait en exergue le rôle qu’elles tiennent plus généralement auprès des Israéliens dans les périodes hors-pandémie.

« Le système de santé communautaire fort est l’un des moyens qui nous permettent de maintenir la sécurité publique – ce qui se reflète dans notre espérance de vie élevée – ce qui nous donne aussi la possibilité de dépenser bien moins en termes de PIB sur la santé », a-t-il estimé.

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