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Interview

Comment le grand rabbin de Pologne coordonne l’accueil des réfugiés juifs ukrainiens

Michael Schudrich affirme que des dizaines de personnes ont été aidées par un groupe de crise ; la communauté se prépare à accueillir de nombreux réfugiés fuyant l’invasion russe

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne. (Crédit : capture d'écran YouTube)

VARSOVIE — Le rabbin Michael Schudrich se préparait à accueillir un afflux de réfugiés juifs en provenance d’Ukraine avant même que la Russie n’envahisse son voisin occidental jeudi.

Alors que les troupes russes étaient massées aux frontières de l’Ukraine avant l’invasion, Schudrich a commencé à chercher des sites possibles pour accueillir les Juifs fuyant les combats. Le grand rabbin de Pologne, âgé de 66 ans, qui a grandi à New York, s’était rendu dans des hôtels et auberges juifs, leur demandant d’être prêts à fermer leurs portes et à se transformer en logements temporaires si les hostilités devaient éclater.

« Certaines personnes m’ont regardé et m’ont dit : « Pourquoi faites-vous cela maintenant ? « Il ne s’est rien passé », a-t-il déclaré au Times of Israël lundi dans son bureau du deuxième étage de la synagogue Nozyk de Varsovie.

« Dans le judaïsme, on dit que « mieux dire le vidouy [confession des péchés] sur son lit de mort et ne pas mourir, plutôt que mourir sans vidouy ». J’ai donc dit la même chose ici. Mieux vaut tout préparer et que personne ne vienne, plutôt que le contraire », a-t-il dit.

Des réfugiés fuyant le conflit en Ukraine arrivant au poste frontière de Medyka en Pologne, le lundi 28 février 2022. Le chef de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés déclare que plus d’un demi-million de personnes ont fui l’Ukraine depuis l’invasion de la Russie jeudi. (Crédit : Visar Kryeziu /AP Photo)

Une fois l’invasion lancée, la communauté juive polonaise a immédiatement réago. Vendredi, il y avait déjà un groupe de gestion de crise, composé de militants de la communauté locale, du Joint Distribution Committee, de l’Agence juive, de Hillel et du American Jewish Committee.

Le groupe assure également une coordination étroite avec l’ambassade d’Israël en Pologne.

« C’est la première fois que je vois vraiment toute la communauté, nous entretenons toujours de bonnes relations, mais aujourd’hui, tous travaillent au sein de la même équipe », a déclaré Michael Schudrich, tandis que son téléphone bipait toutes les quelques secondes et que le groupe de crise communiquait sur l’application de messagerie Signal.

Jusqu’à présent, le groupe a aidé des dizaines de Juifs ukrainiens, a-t-il dit.

Une fillette ukrainienne réfugiée récupère un jouet dans une pile de vêtements donnés au poste frontière de Medyka, à Medyka, en Pologne, le 26 février 2022. (Crédit : AP Photo/Bernat Armangue)

À l’heure actuelle, le groupe de crise compte des russophones et des ukrainiens qui se portent volontaires aux postes frontaliers avec l’Ukraine pour rencontrer les réfugiés juifs qui traversent la frontière.

Le représentant de l’Agence juive, qui a grandi à Varsovie, a ouvert un point de rencontre à l’aéroport principal de la capitale pour aider les Juifs ukrainiens à immigrer directement en Israël.

Il y a aussi des familles à Lublin et Lodz qui accueillent les réfugiés chez eux, a dit le grand rabbin Schudrich. D’autres bénévoles préparent de la nourriture casher et l’apportent là où cela est nécessaire.

Des aides supplémentaires sont en préparation. Le groupe de crise forme des équipes bénévoles d’avocats, de médecins et de psychologues pour aider les réfugiés à s’installer en Pologne aussi longtemps qu’ils ont besoin d’y rester.

Des manifestants brandissent des pancartes et des drapeaux lors d’une marche de protestation contre l’invasion russe de l’Ukraine, à Tel Aviv, le 26 février 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La communauté est prête à fournir tout ce qui est nécessaire, a dit Schudrich.

« On ne sait jamais ce qui arrive  », a-t-il dit, « et nous faisons tout ce qui doit être fait. »

Schudrich, qui est en Pologne depuis 1990, a expliqué que certains réfugiés sont en fait très riches, avec des bailleurs de fonds influents aux États-Unis.

« Mais ils ont encore besoin d’aide », a-t-il dit. « Il y a une limite à ce que l’argent peut faire dans tout cela. »

Les Polonais en général ont répondu massivement pour aider leurs voisins ukrainiens fuyant les combats. Des bénévoles se sont rendus aux postes frontaliers pour offrir des trajets gratuits et des organisations civiques ont mis en place des centres d’aide dans les gares du pays.

Schudrich n’est pas surpris par cette réaction polonaise.

« Il n’y a jamais eu d’amour pour Poutine ici. La Russie et la Pologne ont des antécédents, et ils ne sont pas positifs », a-t-il dit. « Il y a eu immédiatement une immense sympathie pour l’Ukraine. »

Schudrich, qui rencontre régulièrement de hauts ministres polonais, a déclaré que le conflit en Ukraine pourrait être la clé pour mettre fin à la crise diplomatique qui dure depuis des mois entre la Pologne et Israël.

Israël a rappelé son ambassadeur en Pologne en août, après que Varsovie a adopté une loi qui restreint sévèrement les demandes de restitution des biens spoliés aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette semaine, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, a demandé à Yacov Livne nouvel ambassadeur d’Israël en Pologne, d’aller prendre ses nouvelles fonctions à Varsovie.

« L’une des choses très curieuses et positives qui en ressortent, c’est que les gouvernements polonais et israélien travaillent ensemble », a déclaré Michael Schudrich, qualifiant les tensions diplomatiques de « frustrantes et inutiles ».

« Nous sommes deux amis qui ne s’accordent pas sur une seule question. Nous devons apprendre des deux côtés à exprimer notre désaccord sans faire exploser la relation », a déclaré le Grand Rabbin Schudrich. « Oui, il y a eu désaccord, mais il faut une maturité diplomatique. »

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