Comment le mépris de Liberman pour Netanyahu pourrait tuer la coalition
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Analyse

Comment le mépris de Liberman pour Netanyahu pourrait tuer la coalition

Alors que le chef d'Yisrael Beytenu se fige dans ses positionnements et deux jours avant la date-butoir, l'espoir pour Netanyahu pourrait venir des ultra-orthodoxes

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le vice-ministre de la Santé, Yaakov Litzman, leader du parti religieux Agoudat Israel, arrive à Jérusalem pour une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 26 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le vice-ministre de la Santé, Yaakov Litzman, leader du parti religieux Agoudat Israel, arrive à Jérusalem pour une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 26 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Nul besoin d’avoir été une petite souris recroquevillée dans un trou de la salle pour deviner comment la conversation de 22 minutes qui a eu lieu lundi entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Yisrael Beytenu s’est déroulée.

Le mépris mutuel que se portent les deux politiciens aura empêché tout dialogue ou tout compromis sur le projet de loi sur le service militaire des ultra-orthodoxes – le principal point de fiction entre les deux parties. Netanyahu estime à juste titre que s’il y avait une volonté réelle d’apporter une solution de la part de Liberman, elle serait rapidement trouvée.

Le Premier ministre avait apparemment espéré parvenir vite à un tel accord mais Liberman a pris du plaisir à le rejeter, l’irritant, l’inquiétant – si de nouvelles élections doivent avoir lieu, alors ainsi soit-il, semble-t-il dire. Après tout, Liberman pense pouvoir, dans un tel cas de figure, engranger dix sièges au lieu de cinq – le nombre de fauteuils qu’il a remportés au cours du dernier scrutin.

Interpelés sur la raison de son comportement, les conseillers de Liberman, lundi, ont cité cette plaisanterie sur une femme qui gifle soudainement son époux, sans raison apparente. Lorsqu’une explication lui est demandée, la femme répond : « Croyez-moi, lui sait très bien pourquoi ».

En d’autres mots, après 25 ans où les deux hommes se sont côtoyés, qu’ils ont coopéré ensemble sur fond de rivalité intense, se querellant à de nombreuses occasions, Netanyahu n’a pas besoin de chercher – et Liberman n’a pas besoin de trouver – de quelconques justifications à la crise actuelle. Tout se trouve dans la relation tendue entre les deux politiciens. La question est : est-ce que cette animosité entraînera-t-elle de nouvelles élections d’ici quelques mois ?

Lors de la conférence de presse de Liberman qui a eu lieu lundi, ce dernier ne s’est pas montré très persuasif sur ses motivations. Il est difficile de comprendre pourquoi il a fait soudainement du projet de loi sur le service militaire son nouveau Golgotha. Pourquoi prend-il tout à coup tant à coeur son adoption ? Après tout, lorsqu’il a quitté le gouvernement, au mois de novembre, ce n’était pas à cause de l’échec de l’adoption de cette législation restée longtemps dans l’impasse, mais bien en raison de la politique gouvernementale mise en oeuvre dans la bande de Gaza. Et en effet, ses électeurs – des immigrants russes vétérans – se préoccupent-ils tellement de savoir si les ultra-orthodoxes serviront ou non dans les rangs de l’armée israélienne ?

Il est bien plus probable que tout cela soit personnel – et même vindicatif. Et toute contre-offensive de la part de Netanyahu – notamment les gros titres acerbes dans le journal pro-Netanyahu Israel Hayom, les menaces de voler le vote russe lors d’un éventuel scrutin et les récentes salves envoyées par des responsables du Likud à Yisrael Beytenu – ne mènera Liberman qu’à s’ancrer davantage dans le positionnement qu’il a adopté.

Netanyahu continue à chercher des moyens d’arriver au compromis. Il ne veut vraiment pas d’une nouvelle élection et il a appelé Liberman à faire des concessions. Liberman insiste sur le fait qu’il a déjà mis de l’eau dans son vin en proposant que les députés haredim puissent quitter la plénière lorsque la loi sur le service militaire sera approuvée.

En fait, cela pourrait bien être les partis ultra-orthodoxes qui, en fin de compte, apporteront une solution. Les politiciens haredim sont perspicaces. Même si la loi sur le service militaire est impopulaire auprès de leur électorat, ils savent très bien que dans les faits, elle est bien plus qu’un texte anti-service militaire, et qu’il pourrait leur donner l’opportunité historique que l’armée cesse de les accabler une bonne fois pour toutes.

Le vice-ministre de la Santé, Yaakov Litzman, leader du parti religieux Agoudat Israel, arrive à Jérusalem pour une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 26 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Ces derniers jours, de hauts-responsables ont tenté de trouver un compromis au sein de la communauté et d’éminentes personnalités ont exprimé leur certitude qu’une élection pourrait être évitée une fois que les ultra-orthodoxes seraient parvenus à convaincre celui qui apparaît comme un obstacle déterminant : Le rabbin Yaakov Aryeh Alter, leader de la secte hassidique Gur et l’une des plus grandes influences politiques au sein de la formation Yahadout HaTorah.

Pour sa part, Netanyahu fait avancer sa législation pour dissoudre la Knesset afin d’empêcher le président Reuven Rivlin, auquel il fait à peine confiance, d’avoir l’opportunité de confier la mission de la formation de la coalition à un autre. Il préfère une nouvelle élection à la possibilité que Benny Gantz, de Kakhol lavan, ou qu’un autre membre du Likud ait la chance de mettre en place un gouvernement – même s’il est hautement improbable qu’ils réussiraient là où Netanyahu a échoué.

Le processus législatif de dissolution de la Knesset continuera jusqu’à mercredi minuit, date-limite légale de formation d’un gouvernement. Si un accord doit être souscrit à la dernière minute, Netanyahu pourrait raisonnablement demander à Rivlin d’avoir une semaine supplémentaire pour les finaliser.

Marchant dans les couloirs de la Knesset, lundi, les visages les plus refermés étaient ceux des nouveaux députés – ceux qui ne sont encore connus par personne et qui ne le seront peut-être jamais si un nouveau scrutin devait être organisé. Ceux d’entre eux, à droite, pourraient encore être appelés à voter en faveur de leur propre dissolution, mettant un terme à leurs carrières politiques avant même qu’elles n’aient réellement débuté. Les tentations devraient être fortes d’annoncer des vacances impromptues ou une maladie soudaine : Après tout, sans 61 votes, même une initiative prise avec réticence par Netanyahu d’ouvrir la voie à de nouvelles élections pourrait bien ne jamais trouver d’aboutissement.

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