Comment son grand-père – un juif socialiste de l’ancien temps – a inspiré Liev Schreiber
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'Parfois la vie est comme un film, parfois elle est meilleure qu'un film'

Comment son grand-père – un juif socialiste de l’ancien temps – a inspiré Liev Schreiber

La star, de formation classique, a expliqué qu'il rêvait à son ancêtre tout en jouant un inconnu un peu empoté à qui la vie donnera sa chance dans son nouveau film "Outsider"

Dans sa vie, Liev Schreiber s'est entraîné à la boxe pendant dix-huit ans (Crédit :  Sarah Shatz/Autorisation de IFC Films/via JTA)
Dans sa vie, Liev Schreiber s'est entraîné à la boxe pendant dix-huit ans (Crédit : Sarah Shatz/Autorisation de IFC Films/via JTA)

JTA — Liev Schreiber s’est entraîné à la boxe de temps à autres pendant 18 ans. C’est un amoureux de l’art du combat et il a joué un grand nombre de ‘durs’ à l’écran – de manière plus notable, le champion Mischa dans le film « Jakob le menteur » sur la deuxième guerre mondiale et, bien sûr, Ray Donovan, l’homme de main de la série éponyme diffusée sur Showtime. Il lui a donc semblé logique d’interpréter le rôle-titre du biopic « Outisider » consacré à la vie du boxeur poids lourd Chuck Wepner et sorti en mai dernier en France.

Pour ceux qui sont en train de se demander : « Chuck qui ? », sachez que vous n’êtes pas les seuls. Même Schreiber n’était pas tout à fait familier de ce boxeur connu sous le surnom du’saigneur de Bayonne’ – et c’est très précisément ce qu’il l’a attiré dans ce rôle.

« En tant qu’amateur de boxe, j’ai été assez surpris et un peu embarrassé de me rendre compte que je ne connaissais pas l’histoire de Chuck », explique Schreiber, 49 ans, au cours d’une interview téléphonique accordée à JTA. « Et c’est une histoire que j’ai voulu raconter au cours des dix dernières années, depuis que j’ai eu le script ».

« C’est un récit édifiant de renommée et de célébrité », dit-il.

Wepner était boxeur dans un club, l’un de ces inconnus un peu empotés capables d’encaisser les coups. Il a toutefois su gérer une série de victoires qui lui ont permis de se distinguer au plus haut. Après la victoire inattendue de Muhammad Ali face à George Foreman au Zaïre, le promoteur Don King avait voulu que le nouveau champion affronte un boxeur blanc. Et soudainement, Wepner a eu l’opportunité dont il rêvait – ainsi que celle de pouvoir s’illustrer au niveau international.

Selon les attentes de tous, Ali devait expédier rapidement Wepner au tapis. Mais cet habitant du New Jersey aura tenu le choc pendant la presque totalité des 15 rounds, devenant le premier boxeur à renverser Ali (qui avait alors prétendu avoir trébuché). Le champion s’était relevé et avait roué Wepner de coups, l’emportant par K.O 19 secondes avant la fin du combat.

Liev Schreiber interprète Chuck Wepner dans le film 'Chuck' (Crédit : Sarah Shatz/Autorisation d'IFC Films/via JTA)
Liev Schreiber interprète Chuck Wepner dans le film ‘Chuck’ (Crédit : Sarah Shatz/Autorisation d’IFC Films/via JTA)

L’ascension rapide de la célébrité de Wepner a amorcé une spirale descendante qui s’est exacerbée avec le succès en salles du film « Rocky » de Sylvester Stallone, basé sur sa carrière.

Wepner a été emporté par le tourbillon d’une renommée non maîtrisée, marquée par les femmes et la cocaïne. il y perdra son épouse Phyllis (jouée par Elizabeth Moss dans « Outsider ») et sa fille, et sera condamné à cinq ans de prison pour distribution de drogues – une peine d’incarcération dont il ne fera finalement que 26 mois.

La célébrité est une maîtresse enivrante et je me suis demandé comment Schreiber était parvenu à éviter cet appel des sirènes.

« Je ne sais pas », dit-il. « Je pense que j’ai eu la chance d’avoir une carrière progressive. J’ai commencé sur la scène classique, et les gens ne s’intéressaient pas [aux acteurs classiques].

Schreiber se souvient de « critiques très étonnantes et très peu étonnantes également ».

« J’ai réalisé que si je devais croire les critiques qui étaient étonnantes, il fallait aussi que j’accorde du crédit à celles qui ne l’étaient pas », ajoute-t-il. « Cela m’a mené à adopter un scepticisme sain face à la célébrité. C’est une pilule toute-puissante, vraiment puissante. Et j’ai eu le sentiment que les années que Chuck a passé tout en bas ont été aussi profondes, sinon plus, que les 15 rounds qu’il a vécus sur le ring avec Ali. »

Schreiber attribue également sa capacité à ne pas céder aux effets secondaires de la pilule de la renommée à l’éducation de base qu’il a reçue de la part de sa mère, Heather, et de son grand-père maternel, Alex Milgram.

Les parents de Schreiber ont divorcé quand il était jeune et Milgram, qui travaillait dans la distribution de viande, a dépensé les économies de toute une vie pour aider Heather à obtenir la garde de l’enfant. L’acteur, qui avait qualifié dans le passé sa mère de « hippie », considère dorénavant le terme de « bohème » comme étant mieux approprié.

Schreiber et sa mère ont déménagé à New York.

‘Elle a pensé à enseigner à ses enfants que l’argent n’était pas le plus important’

« Nous vivions dans un squatt du Lower East Side, et elle a pensé à enseigner à ses enfants que l’argent n’était pas le plus important », raconte-t-il. « Elle a fait ce qu’elle pouvait pour répondre à nos besoins ».

Heather conduisait un taxi et, par moments, la famille vivait dans des appartements sans électricité et sans eau courante. Mais il y avait toujours des livres, se souvient-il.

Milgram a eu une immense influence sur la vie de Schreiber.

« Il m’a véritablement élevé comme s’il était mon père, et sous de nombreux aspects, il était mon père », confie Schreiber à JTA.

Liev Schreiber. (Capture d'écran : YouTube)
Liev Schreiber. (Capture d’écran : YouTube)

C’est à travers son grand-père, un « juif socialiste de l’ancien temps », que Schreiber s’est connecté à ses racines. Il se souvient des seders annuels organisés chez Milgram.

« Ils font partie des meilleurs moments de mon existence », dit-il. « On était tous ensemble, moi et mes frères, on se battait pour l’afikoman. [partie de l’une des 3 matsot que l’on brise et que l’on dissimule. Si les enfants la retrouvent, ils sont alors récompensés]”

Un jour, se rappelle Schreiber, Milgram l’a emmené rendre visite à un ami dans la communauté loubavitch de Brooklyn où, par chance, il a brièvement rencontré le Rebbe des Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson, qui rendait la justice dans un espace de réunion comble, « 300 personnes dans une pièce qui ne pouvait en accueillir que 100 », explique-t-il.

‘Chaque rôle que j’ai joué est une extension de mes rêveries au sujet de mon grand-père’

« Je n’avais aucune idée de qui il était, seulement qu’il était un homme très saint », a-t-il ajouté.

J’ai demandé à Schreiber d’autres souvenirs s’il a d’autres souvenirs de son grand-père.

« Je crois que ce à quoi vous me faites penser, en fait, c’est que chaque rôle que j’ai joué est une extension d’une certaine façon de mes rêveries au sujet mon grand-père », indique-t-il.

Schreiber a récemment mis un terme à sa relation de 11 ans avec l’actrice Naomi Watts, avec laquelle il a eu deux enfants. Leur relation est suffisamment amicale pour qu’elle partage l’écran à ses côtés dans le rôle de Linda Wepner, la seconde épouse de Chuck.

Liev Schreiber à New York, le 25 octobre 2016. (crédit : Ilya S. Savenok/Getty Images pour Hearst/JTA)
Liev Schreiber à New York, le 25 octobre 2016. (crédit : Ilya S. Savenok/Getty Images pour Hearst/JTA)

Réfléchissant à la chance qu’il a eue, Schreiber comprend comment, comme Wepner, il aurait pu facilement glisser du mauvais côté. Que cela n’ait pas été le cas est en partie, selon lui, en raison de l’influence de Milgram.

« Il y a selon moi une sorte de non-non-sens, quelque chose de proche de l’idée ‘du sel de la terre’ que j’attribue à mon grand-père et qui est peut-être entrée en jeu dans mon esprit au sujet de la célébrité alors que j’étais de plus en plus impliqué dans les films et à la télévision », explique Schreiber.

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