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Comment un Juif démocrate s’est sacrifié pour l’adoption de la loi pour l’avortement

Le documentaire "Deciding Vote" attire l'attention sur le vote décisif, mais peu connu, de George Michaels pour faire pencher la balance en faveur de la loi pour l'avortement en 1973

Le représentant démocrate d'Auburn, George Michaels, membre de l'Assemblée de l'État de New York, se tenant la tête après avoir voté "oui" à un projet de loi qui a donné à l'État de New York la législation la plus libérale du pays en matière d'avortement, le 9 avril 1970. (Crédit : Bettmann Archive/Getty Images via JTA)
Le représentant démocrate d'Auburn, George Michaels, membre de l'Assemblée de l'État de New York, se tenant la tête après avoir voté "oui" à un projet de loi qui a donné à l'État de New York la législation la plus libérale du pays en matière d'avortement, le 9 avril 1970. (Crédit : Bettmann Archive/Getty Images via JTA)

New York Jewish Week – En 1970, l’État de New York a adopté l’une des lois les plus libérales du pays en matière de droit à l’avortement, une loi qui a déclenché l’adoption de la jurisprudence Roe vs. Wade en 1973.

Mais la loi a failli ne pas être adoptée. Ce n’est que grâce à George Michaels, un Juif démocrate de l’Assemblée de l’État de New York, qui a changé son vote à la dernière minute pour permettre à la législation d’avancer avec une majorité absolue et d’être signée le lendemain par le gouverneur Nelson Rockefeller.

« Deciding Vote » (« Vote décisif »), un nouveau documentaire diffusé par The New Yorker, attire à nouveau l’attention sur ce moment décisif de l’histoire américaine, dont on se souvient peu et qui a finalement coûté sa carrière à Michaels.

Les co-réalisateurs Jeremy Workman et Rob Lyons ont commencé à travailler sur ce documentaire de 20 minutes en 2019, près de trois ans avant la décision Dobbs qui a renversé l’arrêt Roe vs. Wade. Bien que le film n’aborde pas explicitement la période actuelle, Workman a souligné que « le spectateur comprend qu’il s’agit de maintenant, même si cela s’est passé il y a 50 ans ».

« Ils voient comment une seule personne peut vraiment faire la différence », a-t-il déclaré au New York Jewish Week au sujet du film, qui est sorti le 29 novembre. « Il nous montre comment, dans toutes nos décisions, nous pouvons nous interroger sur nous-mêmes et sur le monde dans son ensemble et voir ce qui a le plus de sens et ne pas nous retrancher dans notre propre sphère politique. »

Michaels, avocat de profession, a été membre de l’Assemblée de l’État de 1961 à 1966, puis de 1969 à 1970. Il représentait Auburn, dans la région des Finger Lakes de New York – un Juif démocrate dans une région fortement catholique et conservatrice.

Les fils de George Michaels, Lee et le rabbin James Michaels, visitant la tombe de leur père au cimetière de Fort Hill, à Auburn, dans l’État de New York. (Crédit : Jeremy Workman via JTA)

Pendant la plus grande partie de son mandat, relate le documentaire, Michaels a servi avec constance sa circonscription, qui s’opposait massivement à l’avortement. Selon Workman, même les Juifs qui vivaient dans sa circonscription étaient généralement opposés à l’avortement. Bien que Michaels ait personnellement soutenu le droit des femmes à choisir, il avait voté à deux reprises contre les efforts visant à étendre le droit à l’avortement, car il savait que ses électeurs n’y étaient pas favorables.

Ainsi, le 9 avril 1970, lorsqu’un projet de loi qui avait déjà été adopté par le Sénat est arrivé à la Chambre et autorisait l’accès à l’avortement jusqu’à 24 semaines de grossesse, ou à tout moment pour protéger la vie de la mère, Michaels a d’abord voté contre ce projet de loi.

Cependant, à la fin de la session, après avoir constaté que le texte était bloqué à 74 voix pour et 74 contre, il s’est levé pour changer son vote, sachant que le projet de loi avait besoin d’une majorité absolue de 76 voix pour être adopté. Avec un décompte de 75 pour et 73 contre, le président de l’Assemblée, Perry Duryea, qui ne votait que dans les cas où son vote pouvait faire la différence, allait pouvoir exprimer un vote décisif.

« Beaucoup de gens dans mon district pourront me condamner pour ce que je m’apprête à faire, mais Monsieur le président, je vous le dis en toute franchise, et je vous le demande à vous tous du fond de mon cœur : à quoi cela sert-il de se faire élire ou réélire si l’on ne défend pas une cause ? », a-t-il affirmé dans un discours avant de changer son vote.

Michaels savait que cette décision mettrait fin à son mandat à l’Assemblée nationale. « Je comprends parfaitement qu’il s’agit de la fin de ma carrière politique », a-t-il ajouté dans le même discours. « Mais je ne peux pas, en toute conscience, rester ici et contrecarrer la majorité évidente de cette assemblée, dont j’aime beaucoup les membres et pour qui j’ai beaucoup d’affection. Je ne reviendrai probablement jamais ici pour partager ces choses avec vous. Je vous demande donc, Monsieur le président, de transformer mon vote ‘contre’ en vote ‘pour’. »

Duryea vota alors pour et le projet de loi fut envoyé au gouverneur pour qu’il le signe. L’afflux de femmes à New York pour une telle intervention a ouvert la voie à l’arrêt Roe vs. Wade, rendu par la Cour suprême trois ans plus tard.

Et même si la jurisprudence Roe vs. Wade a été annulée l’année dernière, son héritage perdure. En outre, la loi new-yorkaise reste intacte, ce qui en fait l’un des États les plus sûrs et les plus accessibles pour se faire avorter, autorisant même les mineures de n’importe quel État à se rendre à New York pour y subir un avortement sans consentement parental.

Comme le décrit James, le fils de Michaels, dans le film : « Soudain, l’enfer s’est déchaîné ». Michaels n’a pas reçu l’appui du parti démocrate lors de l’élection suivante et n’a plus jamais gagné d’autres élections par la suite. Ce natif du Queens, à New York, a exercé le droit jusqu’à sa retraite en 1985 et est décédé en 1992 à l’âge de 82 ans.

La légende raconte que ce sont ses enfants, qui, jeunes adultes dans les années 1960, participaient aux mouvements contre la guerre, pour les droits civiques et pour les droits génésiques, qui l’ont convaincu de voter en faveur du projet de loi.

Le fait que Michaels ait écouté ses fils et sa belle-fille est, pour Workman, ce qui ressort vraiment de cette histoire – et ce qui la rend juive. « Pour moi, c’est avec ses enfants que son judaïsme s’est vraiment manifesté », a noté Workman.

« Les Juifs de l’époque étaient très actifs dans toutes sortes de mouvements de justice sociale, de droits reproductifs, de droits civiques et de droits de vote. »

Dans le documentaire, James, qui est aujourd’hui rabbin dans le Maryland, se souvient d’avoir dit à son père : « Tu es notre seul espoir. » Il raconte que la première fois qu’il a abordé la question avec son père, ce dernier lui a dit qu’il ne pouvait pas voter en faveur du projet de loi.

« Je lui ai dit que je pouvais comprendre, à condition que ce ne soit pas son vote qui le fasse échouer », se souvient James. « Je n’avais jamais imaginé qu’on en arriverait au point où son vote serait si crucial. »

Michaels fait référence à sa conversation avec son fils dans le discours qu’il a prononcé au Capitole pour changer son vote, et qui est intégralement montré dans le film.

« Juste avant de partir pour Albany cette semaine, mon fils Jim, qui, comme vous vous en souvenez, Monsieur le président, a prononcé l’invocation devant cette assemblée le 4 février, m’a dit : ‘Papa, pour l’amour de Dieu, ne laisse pas ton vote être celui qui fera échouer ce projet de loi' », a-t-il déclaré dans son discours.

Workman a déclaré que si l’histoire de Michaels n’est pas totalement inconnue, « elle s’est un peu perdue dans les livres d’Histoire ». « Personne n’a vraiment parlé de George Michaels et de l’impact qu’il a eu. »

Dans le documentaire, Ruth Messinger, militante juive et ancienne présidente de l’arrondissement de Manhattan, est l’une des seules à défendre l’héritage de Michaels. Elle donne un cours sur le défunt législateur intitulé « George Michaels et le courage moral » dans le cadre d’un cours de leadership qu’elle enseigne avec l’American Juif World Service et en tant que professeure auxiliaire au Hunter College.

« Très souvent, les groupes les plus organisés qui font le plus de lobbying, qui font le plus de bruit, sont des groupes qui en réalité ne représentent pas une majorité », explique-elle dans le documentaire. « Il faut donc très souvent avoir une discrète conversation avec soi-même : je sais où les gens se tiennent, mais je dois faire ce que je pense être juste. »

Le documentaire peut être visionné sur le site web du New Yorker.

« Ma préoccupation est que trop de personnes qui font preuve de courage moral n’ont pas d’héritage parce que nous ne parlons pas d’elles », a souligné Messinger. « Si vous cherchez un modèle pour cela – pour prendre des risques, pour adopter une position de courage moral – le député George Michaels est tout en haut de ma liste. »

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