Condamnation à mort de Morsi : Washington « profondément préoccupé »
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Condamnation à mort de Morsi : Washington « profondément préoccupé »

Quelques heures après, deux juges, un procureur et leur chauffeur ont été tués par balle dans le nord de la péninsule du Sinaï

L'ancien président égyptien Mohammed Morsi dans sa cellule, lors de son procès, le 16 mai 2015 (Crédit : AFP)
L'ancien président égyptien Mohammed Morsi dans sa cellule, lors de son procès, le 16 mai 2015 (Crédit : AFP)

Les Etats-Unis ont exprimé dimanche leur « profonde préoccupation » après la condamnation à mort la veille de l’ex-président égyptien Mohammed Morsi et de plus de 100 autres Egyptiens, a déclaré un diplomate américain.

« Nous avons toujours parlé contre la pratique des procès de masse et les condamnations de masse, qui sont menés d’une manière qui est contraire aux obligations internationales de l’Egypte et au respect de la loi », a-t-il ajouté sous le couvert de l’anonymat.

L’ex-président islamiste égyptien Mohammed Morsi, destitué par l’armée en 2013, a été condamné à mort samedi en première instance avec une centaine d’autres accusés pour des évasions de prison et des violences durant la révolte populaire de 2011 contre Hosni Moubarak.

Quelques heures après l’annonce du verdict, deux juges, un procureur et leur chauffeur ont été tués par balle dans le nord de la péninsule du Sinaï, dans la première attaque contre des magistrats dans cette région, théâtre d’attentats quasi-quotidiens visant l’armée et la police.

Parmi les dizaines de personnes ayant écopé de la peine capitale samedi, figure le guide suprême de la confrérie des Frères musulmans de M. Morsi, Mohamed Badie. Ces condamnations doivent encore recueillir l’avis, non contraignant, du mufti d’Egypte avant d’être confirmée ou infirmée le 2 juin.

Ces nouvelles peines capitales sont prononcées alors que le pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi, l’ex-chef de l’armée tombeur de M. Morsi, mène une répression sanglante contre les Frères musulmans, qui avaient remporté toutes les élections démocratiques après la chute de Hosni Moubarak.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussitôt dénoncé le verdict, y voyant un retour « à l’Egypte antique », tandis qu’Amnesty international a estimé que la peine de mort était devenue « l’outil de prédilection des autorités égyptiennes pour éliminer l’opposition politique ».

Morsi avait déjà été condamné à 20 ans de prison il y a trois semaines dans un premier procès pour des violences contre des manifestants durant sa mandature d’un an.

Espionnage

Le tribunal devait prononcer samedi des verdicts dans deux procès.

Le premier concernait M. Morsi et 128 co-accusés, dont des membres des Frères musulmans, du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais, pour des évasions massives de prison et des attaques visant la police pendant la révolte de 2011.

Dans cette affaire, des dizaines ont été condamnés à mort, dont M. Morsi, Mohamed Badie et le prédicateur islamiste qatari Youssef al-Qardaoui. Ce dernier était jugé par contumace.

Le second procès était relatif à une affaire d’espionnage, entre 2005 et 2013, notamment au profit du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran. Seize personnes ont été condamnées à mort, dont une femme. Ceux qui ont échappé à la peine capitale dans cette affaire, comme M. Morsi, connaîtront leur sort le 2 juin.

L’ex-président et 35 autres personnes étaient accusés d’avoir fourni « des rapports de sécurité » à l’Iran et répondaient également d’espionnage en faveur du Hamas et du Hezbollah « en vue de mener des attaques terroristes dans le pays pour y semer le chaos et renverser l’Etat ».

‘Diabolisation’

Fawzy Barhoum, un porte-parole du Hamas à Gaza, a vu dans ce verdict « la poursuite de la campagne de diabolisation » visant son mouvement, affirmant que plusieurs des accusés palestiniens étaient morts ou détenus dans les prisons israéliennes au moment des faits.

Sous la présidence Morsi, Le Caire avait resserré ses liens avec les islamistes du Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza voisine et affilié aux Frères musulmans. Depuis son éviction, le pouvoir égyptien accuse le mouvement terroriste palestinien d’avoir soutenu M. Morsi et d’avoir mené des attentats en Egypte.

Sur les 165 accusés au total jugés samedi, seuls 50 étaient présents dans le box des accusés, dont M. Morsi, qui comparaissait souriant dans une cage insonorisée.

M. Morsi avait été destitué et arrêté sur les ordres du général Sissi le 3 juillet 2013, après que des millions d’Egyptiens furent descendus dans la rue pour réclamer son départ, lui reprochant d’accaparer tous les pouvoirs au profit de sa confrérie islamiste et d’achever de ruiner une économie déjà au bord du gouffre.

Dans les mois qui ont suivi, policiers et soldats ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi et emprisonné plus de 15.000 Frères musulmans. Des centaines ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs et qualifiés par l’ONU de « sans précédent dans l’Histoire récente » du monde.

Si M. Sissi jouit d’une indéniable popularité auprès des Egyptiens qui sont lassés par quatre années de chaos après 2011, les organisations internationales de défense des droits de l’Homme accusent son régime d’être plus répressif que celui de M. Moubarak.

MohamMed Morsi doit encore être jugé dans deux autres procès, l’un pour « outrage à magistrat » et l’autre pour espionnage au profit du Qatar.

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