Conflans : Une note du renseignement territorial prévenait de la polémique
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Conflans : Une note du renseignement territorial prévenait de la polémique

La note, envoyée quatre jours avant le meurtre, retraçait la chronologie des faits et des réactions, depuis le cours sur la liberté d'expression de l'enseignant décapité

Des manifestants tiennent une pancarte indiquant « J'enseigne donc je suis » et un portrait du professeur d'histoire Samuel Paty alors qu'ils se rassemblent place de la République à Paris le 18 octobre 2020, deux jours après avoir été décapité par un agresseur abattu par les policiers. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)
Des manifestants tiennent une pancarte indiquant « J'enseigne donc je suis » et un portrait du professeur d'histoire Samuel Paty alors qu'ils se rassemblent place de la République à Paris le 18 octobre 2020, deux jours après avoir été décapité par un agresseur abattu par les policiers. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

Datée du 12 octobre, soit quatre jours avant l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, une note d’agents locaux du renseignement territorial (RT) Yvelines prévenait de la fronde lancée à son encontre, a rapporté le magazine Le Point.

Celle-ci, menée par un parent d’élève, Brahim Chnina, et l’activiste islamiste radical pro-Hamas Abdelhakim Sefrioui, fiché S, avait été déclenchée après que Samuel Paty eut montré à ses élèves le 5 octobre deux caricatures de Charlie Hebdo : la Une du journal, « Tout est pardonné », publiée après l’attentat de janvier 2015, et une autre montrant Mahomet nu et accroupi avec une étoile sur les fesses, accompagné du texte « une étoile est née ».

La note du RT Yvelines était intitulée « Incident en lien avec les principes de laïcité au sein du collège Bois-d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine ». Elle a été envoyée à la direction générale du RT et retraçait la chronologie des faits et des réactions, du 5 au 12 octobre : le cours de l’enseignant le 5 ; les mails d’une mère de famille le 6, qui rapporte que sa fille a été « mise à l’écart dans le couloir sous prétexte qu’elle était musulmane » ; la volonté d’apaisement de la principale du collège ; la publication de la vidéo et la plainte de Brahim Chnina le 7 ; sa visite dans l’établissement, accompagné d’Abdelhakim Sefrioui, le 8 ; la visite d’un inspecteur venu rappeler à M. Paty « les règles de laïcité et de neutralité » le 9 ; la publication d’une nouvelle vidéo par Brahim Chnina, sa fille (qui ne participait pas au cours de Samuel Paty, étant dans une autre classe), et Abdelhakim Sefrioui le 12 ; la plainte de Samuel Paty pour diffamation le même jour.

Les services de renseignements ont finalement conclu que les échanges entre la direction du collège et les parents d’élèves avaient permis « d’apaiser les tensions, lesquelles sont principalement du fait de la famille de Brahim Chnina qui semble mettre à profit cette situation pour dénoncer une islamophobie ambiante ». La missive soulignait que l’incident n’avait pas alerté les responsables de la communauté musulmane locale.

La note indique : « Au sein du collège, aucune tension majeure n’est palpable, tant du côté de la communauté éducative que des fédérations de parents d’élèves, qui, tout en reconnaissant une certaine maladresse du professeur [bien apprécié par sa hiérarchie], ne le désavouent pas pour autant. »

Samuel Paty a été poignardé et décapité dans l’après-midi du vendredi 16 octobre par Abdouallakh Anzorov, un jeune réfugié russe d’origine tchétchène âgé de 18 ans. Un élève du collège, âgé de 15 ans, a été payé par le terroriste pour qu’il lui désigne le professeur d’histoire-géographie.

Suite à son meurtre, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont été placés en garde à vue, parmi une dizaine d’autres personnes – notamment l’élève qui a désigné M. Paty.

L’enquête visera ainsi à déterminer la suite donnée à cette note des renseignements, et comment, alors que les services avaient eu connaissance de la polémique, le professeur n’a pas été protégé et a pu être décapité en pleine rue.

Un hommage national sera organisé mercredi.

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