Contestation au Liban : risque ou opportunité pour Israël ?
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Contestation au Liban : risque ou opportunité pour Israël ?

"Nous suivons avec intérêt ce qui se passe au Liban, mais nous ne sommes en rien impliqués dans ce qui s'y passe", déclare le porte-parole de l'armée israélienne

Des partisans du groupe terroriste du Hezbollah se déplacent en convoi pour soutenir le discours de son dirigeant Hassan Nasrallah, dans la zone de la Porte de Fatima à Kfar Kila sur la frontière libanaise avec Israël, le 25 octobre 2019. (Ali Dia/AFP)
Des partisans du groupe terroriste du Hezbollah se déplacent en convoi pour soutenir le discours de son dirigeant Hassan Nasrallah, dans la zone de la Porte de Fatima à Kfar Kila sur la frontière libanaise avec Israël, le 25 octobre 2019. (Ali Dia/AFP)

« Là, le Hezbollah est très, très, fort » : sur les hauteurs du mont Hermon, un soldat israélien observe le Liban. Et se demande si l’actuel mouvement de contestation qui s’y déroule peut affaiblir le Hezbollah, grand ennemi d’Israël, ou au contraire le renforcer.

L’écho du 1er septembre résonne encore, en effet, le long de la frontière en zigzag séparant le Liban d’Israël, un décor enchanteur avec ses arbres fruitiers, ses vallées, son ciel d’azur, mais ses technologies d’espionnage de pointe à la Big Brother.

Ce jour-là, le Hezbollah tirait en effet trois missiles antichars en sol israélien, près de la bourgade d’Avivim, une première frappe près de civils depuis la guerre de 2006 entre le mouvement chiite armé libanais, allié de l’Iran, et l’Etat hébreu.

Sur la route longeant la partie israélienne de la frontière, un automobiliste averti peut encore sentir dans l’asphalte deux crevasses circulaires d’environ 30 centimètres de diamètre chacune, stigmates de ces frappes ayant fait craindre une escalade.

Plus loin, des véhicules militaires israéliens arpentent leur côté de la frontière, traversée à l’occasion par des trafiquants d’armes et de haschich et patrouillée depuis le ciel par des drones. Encore cette semaine, un missile a été tiré depuis le Liban en direction d’un drone israélien qui n’a pas été touché.

On peut voir une position militaire israélienne, à droite, au sommet du Mont Hermon dans les Plateaux du Golan, où les frontières entre Israël, la Syrie et le Liban se rejoignent. Le 9 avril 2019. (AP Photo / Hussein Malla)

La contestation au Liban, qui depuis près de trois semaines a mis des centaines de milliers de manifestants dans les rues contre l’ensemble de la classe politique, jugée incompétente, est scrutée attentivement par Israël.

« Nous suivons avec intérêt ce qui se passe au Liban, mais nous ne sommes en rien impliqués dans ce qui s’y passe », déclare à un petit groupe de reporters le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus, à la frontière israélo-libanaise.

Cette contestation va-t-elle renforcer ou au contraire affaiblir la menace posée par le Hezbollah?

Fait nouveau, un tabou a été levé avec des manifestations anti-pouvoir dans des cités tenues par le mouvement terroriste pro-iranien, dont le chef Hassan Nasrallah n’a pas échappé plus que les autres aux slogans hostiles de la rue.

Des manifestants anti-gouvernements incendient des pneus pour bloquer une autoroute qui relie Beyriuth au nord du Liban à Zouk Mosbeh, le 28 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

Lui s’était prononcé contre la démission du gouvernement de Saad Hariri au début de la contestation, disant craindre « le chaos » et un « effondrement économique ». Cette démission a cependant eu lieu mardi, et vendredi, Hassan Nasrallah a appelé à la formation rapide d’une nouvelle équipe.

Un dossier inquiète en particulier Israël: la conversion par le Hezbollah, au Liban, de roquettes en missiles de précision qui permettrait au mouvement libanais de frapper des intérêts stratégiques côté israélien.

Le Hezbollah est un « supplétif de l’Iran », et s’il « peut faire ce qu’il veut au Liban cela devient une menace pour nous », estime M. Conricus. « Aujourd’hui, il y a peut-être une bonne opportunité pour changer ça », ajoute-t-il, en référence aux manifestations.

Comment? Le Liban a une dette publique de 86 milliards de dollars, soit 150 % du PIB. « Israël a demandé aux Etats-Unis et aux pays européens de conditionner toute aide au Liban à la fermeture des manufactures de missiles du Hezbollah », assure à l’AFP un haut responsable israélien requérant l’anonymat.

Cette stratégie pourrait au moins pousser le Hezbollah au statu quo, c’est-à-dire à la période « avant qu’il ne commence à développer » des missiles, estime Eyal Zisser, spécialiste du Moyen-Orient à l’université de Tel-Aviv. « Mais cela ne réglera pas totalement » le conflit entre Israël et le mouvement terroriste chiite libanais, nuance-t-il.

Cependant, des analystes en Israël estiment qu’au contraire, sous pression et en partie contesté dans ses propres fiefs, le Hezbollah pourrait tenter de détourner l’attention de la contestation et diriger des tirs contre Israël.

« On ne peut pas exclure un scénario de détérioration où le Hezbollah, pour dire qu’il défend le Liban, attaque Israël, qui réplique », estime Orna Mizrahi, ex-cadre sécuritaire au cabinet du Premier ministre israélien et désormais analyste à l’Institut national d’études sécuritaires (INSS).

A long-terme, Israël craint toutefois que le Hezbollah maintienne son influence au Liban, voire qu’il l’accroisse si le chaos s’y installe comme l’a déjà suggéré Hassan Nasrallah. « Cela rendrait vraiment les choses plus compliquées pour nous », en Israël, note Mme Mizrahi.

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