Contesté devant la Haute cour, le projet de téléphérique de Jérusalem avance
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Contesté devant la Haute cour, le projet de téléphérique de Jérusalem avance

L'Autorité du développement de Jérusalem a organisé deux réunions pour les potentiels promoteurs ; le ministre du Tourisme dit "encore étudier" le dossier

Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle pour le téléphérique de la Vieille Ville de Jérusalem montrant une représentation de cabines passant au-dessus de la Vallée Hinnom. (YouTube)
Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle pour le téléphérique de la Vieille Ville de Jérusalem montrant une représentation de cabines passant au-dessus de la Vallée Hinnom. (YouTube)

Les responsables de la construction d’un téléphérique controversé qui relierait Jérusalem-Ouest à la Vieille Ville ont rencontré des entrepreneurs intéressés par ce projet, et ce, même si la Haute Cour n’a pas encore statué sur la légalité de l’approbation du projet par les services de planification.

L’Autorité de développement de Jérusalem – agence conjointe réunissant le gouvernement et la municipalité de Jérusalem – a organisé sa première rencontre pour les entrepreneurs potentiels dans la journée de dimanche, avec pour objectif de fournir des informations sur ce plan avant l’émission officielle d’un appel d’offres. Des entreprises majeures, comme Dania Sibus et Y.D. Barazani, étaient au rendez-vous. Une autre réunion est prévue la semaine prochaine.

Ce téléphérique, qui bénéficie d’un budget gouvernemental de 200 millions de shekels, doit relier le complexe culturel Tahana Rishona, dans le sud de la ville, à la Porte des Maghrébins, dans la Vieille Ville – la porte la plus proche du mur Occidental, le site de prière le plus sacré du judaïsme. Il s’arrêtera au mont Sion et son site de maintenance sera installé dans le quartier d’Abu Tor.

Les partisans du projet insistent sur le fait que la télécabine attirera les touristes et que, même si le ministère des Transports n’y a pas été impliqué, il aidera à diminuer les embouteillages en partie causés par les bus touristiques.

Esquisse d’artiste de la traversée en téléphérique de la vallée du Hinnom à Jérusalem, d’après une vidéo de présentation diffusée sur YouTube.

Les détracteurs du plan, de leur côté, estiment que ce téléphérique transformera les panoramas les plus précieux de Jérusalem en parc d’attraction. Une analyse des données de circulation, réalisée au mois de juillet, a par ailleurs semblé démentir l’autre avantage souligné par ses partisans, celui de la diminution de la circulation routière aux abords des murs de la Vieille Ville. Cette analyse suggère en effet qu’un nombre plus important de navettes serait un moyen plus performant, plus rapide et moins cher d’amener les touristes depuis Jérusalem-Ouest jusqu’à la porte des Maghrébins.

Au mois de juillet, dans une ultime tentative de mettre un terme au projet, ses opposants ont porté plainte devant la Cour suprême. À la fin du même mois, les magistrats avaient apporté leur réponse, ordonnant au gouvernement et à toutes les autres instances impliquées de détailler la « base factuelle » sur laquelle la télécabine respectait la promesse de la loi sur la planification – si elle « servirait » réellement « d’attraction touristique » et apporterait « une contribution réelle au tourisme local ».

Le gouvernement a soumis un document de 81 pages répétant les arguments qu’il avait avancés dans le passé. Les plaignants doivent maintenant faire part de leurs réactions.

Esquisse d’artiste d’une gare sur le parcours du futur téléphérique qui reliera la First Station de Jérusalem au mur Occidental dans la Vieille Ville. (Autorisation : Autorité du développement de Jérusalem)

Le projet avait été imaginé par l’ancien ministre du Tourisme issu du Likud, Yariv Levin, et il a été maintenu par son successeur Asaf Zamir (Kakhol lavan). Ce dernier a démissionné au début du mois et a été remplacé par Orit Farkash-Hacohen, membre de la même formation et résidente du sud de Jérusalem.

Un communiqué du ministère des Transports a fait savoir que l’intéressée « a pris ses fonctions il y a moins de deux semaines, à un moment extrêmement difficile pour le secteur touristique », mais qu’elle avait néanmoins demandé aux fonctionnaires du ministère de lui faire, dans les meilleurs délais, la liste des dossiers les plus importants – dont celui de la télécabine – qu’elle « est encore en train d’étudier ».

Orit Farkash-Hacohen (Crédit : Yanai Yechiel)

La circulation et les embouteillages sont un problème majeur qui se pose dans ce projet de télécabine, à sa gare de départ comme à sa gare d’arrivée.

Au mois de septembre, un consultant en ingénierie privé qui avait été embauché par l’Autorité du développement de Jérusalem pour étudier la gestion du trafic routier, le long de la section sud des murs de la Vieille Ville, a présenté un rapport avec des options et des combinaisons variées qui établissent clairement que le téléphérique ne sera pas suffisant pour satisfaire les besoins de tous les visiteurs dans le secteur. Ce rapport avait été préparé pour l’Autorité de la nature et des parcs, responsables de la « ceinture verte » qui entoure les fortifications de la Vieille Ville. Disposant d’un droit de veto contre le projet tout entier, l’Autorité a conditionné son soutien à la télécabine à une diminution majeure du trafic et à la création d’une voie piétonne le long des murs pour les visiteurs débarquant du téléphérique.

Ce rapport sur la circulation a été immédiatement attaqué par l’Association des Guides touristiques israéliens qui a dénoncé « un manque de compréhension totale du comportement du client touristique et des itinéraires touristiques actuellement en vigueur ».

Un porte-parole de l’Autorité de la nature et des parcs a indiqué au Times of Israel qu’alors qu’il ne s’agissait que d’un document préliminaire, « il reflète les objectifs établis par l’Autorité en termes de réduction significative du trafic de véhicules dans la zone et de transformation de cette dernière en secteur essentiellement piéton ».

Le problème de la circulation aux abords de la Tahana Rishona n’est pas moins complexe.

La rue étroite menant à la First Station, à droite (Crédit : Google instantstreetview)

La gare du téléphérique sera construite pour permettre d’embarquer jusqu’à 3 000 personnes par heure aux heures de pointe, dans 72 cabines pouvant accueillir dix personnes. Si seulement la moitié doit se rendre à la gare en bus touristique, cela signifiera que ce sont trente bus par heure qui devront emprunter l’étroite rue David Remez, chacun s’arrêtant une quinzaine de minutes pour permettre aux touristes de débarquer.

Aujourd’hui, les visiteurs du complexe de la Tahana Rishona peuvent stationner sur un vaste terrain temporaire auquel ils accèdent depuis la Route de Hébron. Mais ce terrain – où le président américain Donald Trump avait fait atterrir son hélicoptère lorsqu’il avait visité la capitale au mois de mai 2017 – est destiné à devenir une zone commerciale et résidentielle d’ampleur.

Les architectes ont inclus le nombre obligatoire de places de parking pour les infrastructures qui seront créées. Les urbanistes en charge ont récemment donné pour instruction d’en ajouter 600 de plus pour les futurs visiteurs afin de compenser.

Des fouilles expérimentales à la gare de tramway à la Vieille Ville de Jérusalem, le 9 mai 2020 (Crédit : Emek Shaveh)

Les planificateurs sont aussi au stade initial de réflexion concernant la construction d’un parking souterrain de cinq étages à l’entrée du jardin Liberty Bell, qui permettrait d’accueillir 300 véhicules. Un étage serait réservé aux bus et le dernier, à une auberge de jeunesse.

Le projet de tramway avec un arrêt au Khan Theater, le long d’une extension prévue de la ligne ferroviaire reliant Tel Aviv à Jérusalem, complique encore plus la situation.

Les résidents locaux et les détracteurs du projet de téléphérique craignent qu’installer des possibilités de transport si nombreuses dans une zone si limitée n’entraîne un goulot d’étranglement entre Hebron Road, la principale artère, qui amène la circulation depuis le sud, et Keren Hayesod, qui va vers de centre-ville de la capitale.

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