Corbyn réconforté par un rabbin après avoir reçu un œuf devant une mosquée
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Corbyn réconforté par un rabbin après avoir reçu un œuf devant une mosquée

Le rabbin Herschel Gluck de service de protection de la communauté juive londonienne Shomrim a averti le chef du Labour qu'il devait renforcer sa protection

Jeremy Corbyn à la mosquée de Finsbury Park dans le nord de Londres, lors des portes ouvertes annuelles du lieu de culte, le 3 mars 2019 (Crédit : Victoria Jones/PA via AP)
Jeremy Corbyn à la mosquée de Finsbury Park dans le nord de Londres, lors des portes ouvertes annuelles du lieu de culte, le 3 mars 2019 (Crédit : Victoria Jones/PA via AP)

JTA — Jeremy Corbyn a été touché par un œuf lors de sa visite d’une mosquée à Londres, un incident mineur qui a suscité un peu de compassion chez les détracteurs du dirigeant du Parti travailliste britannique — ainsi que l’intervention improbable d’un Juif orthodoxe.

Un homme de 31 ans nommé John Murphy a été inculpé d’agression pour les faits survenus à la mosquée de Finsbury, dimanche. Le lanceur d’œuf voulait protester contre l’opposition de Corbyn au Brexit.

Attaqué par derrière, Corbyn n’a pas été blessé et a repris le programme de prévu pour cette journée de porte ouverte annuelle (« Visit My Mosque Day »). Mais l’incident a donné l’occasion aux critiques de Corbyn de s’en prendre de nouveau à lui. Des responsables de la communauté juive britannique l’accusent en effet d’être antisémite — pour avoir sympathisé avec des causes anti-israéliennes et des membres du Hamas par le passé et ne pas en faire assez pour exclure les antisémites du Parti travailliste.

Rachel Riley, une présentatrice juive de la télévision, a retweeté un commentaire rédigé en janvier au sujet d’un incident impliquant l’ancien dirigeant du parti nationaliste British National Party, Nick Griffin, qui avait été bombardé d’œufs lors d’une conférence de presse : « Si vous ne voulez pas recevoir d’œufs, ne soyez pas un nazi, je pense. »

Elle a commenté : « Bon conseil. »

Le vice-président du Parti conservateur britannique, James Cleverly, a pour sa part publié sur Twitter un GIF montrant une bombe explosant, accompagnée du mot « boum. »

Mais le rabbin Herschel Gluck, 61 ans, n’était pas d’humeur à plaisanter. Il s’est précipité sur les lieux de l’incident pour réconforter Corbyn et l’implorer de recourir à des agents de sécurité pour sa protection.

« L’œuf n’a pas été lancé, » a déclaré le rabbin, dont les 30 bénévoles du Shomrim patrouillent dans les quartiers juifs du nord de Londres depuis une dizaine d’années. « On lui a écrasé sur la tête par derrière. L’agresseur l’a touché. C’était un incident très grave. »

Ce juif orthodoxe haredi, à la barbe blanche fournie et au large chapeau noir, a fait savoir qu’il avait été appelé à la mosquée de Finsbury Park immédiatement après les faits, par des responsables de la communauté musulmane avec qui ils travaillent régulièrement sur des « sujets d’intérêt commun. »

Le rabbin Herschel Gluck serre la main d’un fidèle de la mosquée de Finsbury Park, au lendemain d’une attaque à la voiture-bélier ayant visé un groupe de personnes rentrant de la prière, le 19 juin 2017. Une personne avait trouvé la mort, et 10 autres avaient été blessées. (Crédit : Claire Doherty/Pacific Press/LightRocket via Getty Images)

Le leader travailliste « était très bouleversé », a confié Herschel Gluck à l’agence de presse Jewish Telegraphic Agency.

« Et c’est compréhensible, car cette fois-ci il s’agissait d’un œuf, mais la prochaine fois ça pourrait être un couteau, » a estimé le rabbin. « Il n’a aucun service de sécurité. Je lui ai dit que ça devait changer. Je lui ai exprimé du réconfort et nous nous sommes assis pendant un moment pour qu’il reprenne ses esprits. Je crois ça lui faisait plaisir de parler. Il avait l’air vraiment content de me parler. »

La mosquée en question est un lieu sensible. En 2017, un terroriste d’extrême-droite avait foncé avec son van sur un groupe de gens réunis devant le bâtiment, tuant une personne. L’incident s’était produit un après qu’un autre responsable du Parti travailliste, la députée Jo Cox, avait été assassinée à Liverpool par un extrémiste de droite à l’approche du référendum sur le Brexit.

La députée britannique Jo Cox (Crédit : Facebook)

« Surtout dans ce contexte, l’incident ayant touché M. Corbyn ne peut pas être pris à la légère, quoi qu’on pense de ses opinions, » a ajouté le rabbin anglais.

En 2013, Hertschel Gluck avait été poignardé en raison de son travail de dialogue interreligieux avec des musulmans et des chrétiens.

Il officie comme médiateur au sein de la Next Century Foundation pour les conflits internationaux, notamment au Soudan et dans les Balkans. Il a dit comprendre pourquoi des Juifs britanniques, même après cet incident, n’avaient pas beaucoup d’empathie pour Corbyn.

En 2009, il avait appelé le Hamas et le Hezbollah ses « amis. » Il appelle régulièrement au boycott d’Israël et avait défendu une fresque antisémite en 2013. Deux ans plus tard, il posait des fleurs sur les tombes de terroristes palestiniens qui avaient assassiné des athlètes israéliens à Munich en 1972. La même année, il avait déclaré que les « sionistes » britanniques ne comprenaient par l’ironie britannique.

Jeremy Corbyn porte une gerbe de fleurs durant une visite aux Martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Crédit : page Facebook officielle de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

Le dirigeant du Parti travailliste a rejeté les déclarations laissant entendre que depuis son arrivée à la tête du parti en 2015, cet ancien foyer politique des Juifs britanniques s’était transformé en foyer de la rhétorique antisémite, avec des milliers de cas signalés chaque année.

Quant à Hertschel Gluck, il ne pense pas que Corbyn soit « responsable de la rhétorique antisémite au sein du Parti travailliste. »

« Je pense que M. Corbyn pourrait et devrait en faire plus pour y mettre fin, » a estimé le rabbin. « Mais je ne pense pas qu’il provoque l’antisémitisme. »

Néanmoins, rien de tout ça n’était à l’esprit du rabbin lorsqu’il s’est rendu sur les lieux de l’agression.

« Ma préoccupation, ma formation et mon objectif consistent à essayer d’aider quiconque dans le besoin, c’est l’essence de Shomrim, » a-t-il expliqué.

Son organisation intervient surtout pour des victimes non juives, a expliqué Hertschel Gluck.  Il traite des centaines de cas chaque mois, surtout des cambriolages et de la violence urbaine. Ses bénévoles ne sont pas armés et travaillent 24h/24, 7j/7.

« La politique n’entre pas en compte quand nous réagissons à la violence et à la détresse humaine, » a assuré le rabbin. « La politique, ça vient plus tard. »

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