Corinne Hershkovitch, avocate pour la restitution des œuvres d’art spoliées
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Corinne Hershkovitch, avocate pour la restitution des œuvres d’art spoliées

L'avocate, qui s'est spécialisée dans le sujet il y a 25 ans, regrette la lenteur des institutions françaises dans les restitutions

L’avocate Corinne Hershkovitch. (Crédit : capture d’écran Collège de France)
L’avocate Corinne Hershkovitch. (Crédit : capture d’écran Collège de France)

Corinne Hershkovitch, une avocate « engagée pour la restitution d’œuvres d’art », écrivait le 14 février dernier le journal Le Monde dans un portrait qui lui était consacré.

Avec quelques autres, dont le mémorial de la Shoah de Paris et l’historienne de l’art Emmanuelle Polack, l’avocate au barreau de Paris travaille depuis 25 ans à ce que les œuvres d’art spoliées aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale leur soient restituées. Elle œuvre également dans les tribunaux et les écoles afin que la France assume son passé.

Le journal a suivi l’avocate lors d’une restitution d’œuvres à Berlin, dans le bureau de la ministre allemande de la Culture, Monika Grütters.

Il s’agissait de deux peintures de Jean-Louis Forain et d’un dessin de Constantin Guys, qui ont appartenu à l’avocat parisien Armand Isaac Dorville, décédé en 1941. L’avocate défendait les dix héritiers de l’homme.

Si elle se félicite de ces progrès en Allemagne, elle condamne la lenteur des institutions françaises dans les restitutions – la France a été le pays le plus pillé par les nazis et leurs alliés.

Auteure du livre La Restitution des œuvres d’art, le parcours de Corinne Hershkovitch peut s’expliquer par son histoire personnelle. Les parents de sa mère, des Juifs roumains, ont ainsi fui la Roumanie pour la France.

« Mes parents sont un couple issu de la guerre, commente l’avocate. Avec toute la lourdeur ashkénaze liée aux traumatismes de la guerre et de l’exil. »

Elle est néanmoins arrivée par hasard dans le domaine des biens spoliés, avec le dossier d’héritiers de Federico Gentili di Giuseppe, un riche Italien qui vivait à Paris – affaire qu’elle remportera au tribunal, faisant plier le Louvre, qui détenait les cinq toiles spoliées en question et qui devra les rendre aux héritiers.

« Je me plonge à fond dans le dossier », se souvient-elle. « Dans les journaux officiels, je découvre le droit de Vichy et comprends que ce que j’ai appris en histoire n’est pas complet. La France a spolié ses propres citoyens. Pendant quatre ans, les Juifs ont été exclus de la société française de façon très pensée, organisée et violente. C’est ça que la société a encore du mal à accepter. »

Elle a depuis travaillé sur une vingtaine de dossiers. Elle défendra cette année en appel les héritiers du marchand d’art juif et résistant René Gimpel, qui réclament la restitution de trois tableaux de l’artiste André Derain – un procès perdu en première instance en raison « d’incertitudes persistantes quant à l’identification des tableaux ». Les œuvres se trouvent au Musée Cantini, à Marseille, et au Musée d’art moderne de Troyes.

Avec Pascale Bernheim, l’avocate a fondé l’association Musique et Spoliations, pour retrouver les instruments pillés. Elle est également à la tête de l’association Astres, financée par du mécénat.

Son travail est pourtant parfois critiqué. L’historien Serge Klarsfeld lui reproche notamment « de ne [s’]intéresser qu’aux Juifs riches et de [s’]occuper d’un sujet qui n’avait pas d’intérêt par rapport à l’horreur de la Shoah », dit-elle.

« Je pense que c’est plus un combat pour récupérer des biens que pour la mémoire », dit Serge Klarsfeld. « J’aime beaucoup les œuvres d’art, mais j’ai choisi de m’intéresser aux âmes juives, de rendre aux victimes leur nom et leur visage. »

« La spoliation d’œuvres fait partie de la même organisation industrielle que celle de la Shoah », répond l’avocate. « Restituer un tableau, c’est restituer la mémoire de la famille. »

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