Coup d’envoi de la campagne de Telem, résolument anti-Netanyahu
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Coup d’envoi de la campagne de Telem, résolument anti-Netanyahu

Après s'être séparé de Yesh Atid, l'ex-ministre du Likud s'est lié à un ancien ministre des Sciences, à un ex-expert du panel COVID-19 et à des activistes dénonçant Netanyahu

Moshe Yaalon et des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Efrat, le 19 décembre 2020. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Moshe Yaalon et des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Efrat, le 19 décembre 2020. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

L’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, leader du parti de centre-droit Telem, a lancé officiellement sa campagne électorale dans la journée de dimanche après avoir confirmé son départ de l’alliance qu’il formait jusqu’alors avec la formation Yesh Atid.

Dans un discours, Yaalon a juré d’écarter le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son ancien allié devenu rival, du pouvoir – soulignant le procès pour corruption en cours du chef du gouvernement.

« L’Etat d’Israël doit affronter une grave crise de gouvernance, la plus grave jamais connue dans notre Histoire », a déclaré Yaalon qui a comparé la situation actuelle dans le pays aux agitations politiques qui avaient entouré la guerre de Yom Kippour, en 1973.

« Il [Netanyahu] prend en otage l’agenda public et nos intérêts, asservi lui-même à ses intérêts étroits définis par son statut d’accusé pour corruption », a continué Yaalon.

« Il nous fait descendre une pente marquée par les divisions, les incitations, les querelles et les conflits, à nous tous sans exception. Et nous sommes ici pour le dire : ‘C’est assez’. Benjamin Netanyahu, la séance est finie ; les citoyens d’Israël vous montrent la porte de Balfour », a continué Yaalon, faisant référence à la rue de Jérusalem où réside le Premier ministre.

Il a prédit que d’autres personnalités rejoindraient sa liste anti-Netanyahu et il a réclamé l’union, même si les partis de centre-gauche sont aujourd’hui plus fragmentés que jamais.

Yaalon, dans un entretien qui a été accordé dimanche soir à la Douzième chaîne, a dit être favorable à des fusions avec d’autres formations mais qu’une telle perspective « n’est pas pertinente pour le moment ».

Des policiers affrontent des manifestants lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 2 janvier 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Yaalon, ancien chef d’Etat-major, était entré à la Knesset sous l’étiquette du Likud en 2009. Il avait quitté le gouvernement de Netanyahu en 2016, quand Avigdor Liberman avait hérité du poste de ministre de la Défense – qu’il avait occupé jusqu’à ce moment-là – dans le cadre d’un accord de coalition. En 2019, son parti Telem s’était présenté aux élections dans le cadre de l’alliance centriste Kakhol lavan.

S’alignant aux côtés du mouvement de protestation anti-Netanyahu, Yaalon courtise actuellement le vote centriste même si ses convictions restent très identiques à celles du Likud. Belliqueux sur la question iranienne, fervent partisan du mouvement pro-implantations, Yaalon avait été à l’origine de tensions diplomatiques avec les Etats-Unis restées célèbres en 2014, quand il avait qualifié le secrétaire d’Etat de l’époque, John Kerry, de « messianique et obsessionnel ».

Yaalon rejoint une course électorale marquée par une multiplication des partis, alors que Ron Huldai, maire de Tel Aviv, Yaron Zelekha, ancien comptable-général du ministère des Finances, Ofer Shelah, ancien député Yesh Atid, Danny Yatom, ancien dirigeant de l’agence de renseignement du Mossad et Gideon Saar, ex-législateur du Likud, ont tous créé leurs factions respectives au cours des dernières semaines.

Les Israéliens se rendront aux urnes, au mois de mars, pour la quatrième fois en l’espace de deux ans.

L’ex-ministre des Sciences et de la technologie Izhar Shay, qui a récemment quitté le parti Kakhol lavan, a expliqué dimanche qu’il avait décidé de rejoindre Telem en tant que « bras droit » de Yaalon, se donnant pour objectif de « créer un foyer politique pour les démocrates libéraux en Israël ».

De son côté, Hagai Levine, directeur du syndicat des médecins, a présenté sa démission du panel d’experts intervenant auprès du responsable gouvernemental de la lutte du coronavirus dans le pays dans la journée de samedi, annonçant qu’il figurerait sur la liste de Telem au cours du scrutin du mois de mars. Et – initiative qui a créé la surprise – Gonen Ben Yitzhak, l’un des leaders du mouvement de protestation anti-Netanyahu, a fait savoir qu’il intégrait les rangs de la formation de centre-droit.

Moshe Yaalon, membre du parti Kakhol lavan, lors d’un événement de campagne, le 18 mars 2019. (Kakhol lavan)

« Nous avons besoin d’une force politique qui fasse la promotion de ces valeurs », a expliqué Levine, vingt-quatre heures après avoir démissionné de ce panel d’experts désigné par Nachman Ash, responsable de la lutte contre le coronavirus, dans une lettre publique qui a critiqué le gouvernement pour le processus décisionnaire qui a prévalu pendant toute la pandémie.

Ben Yitzhak a indiqué, dimanche, qu’il avait informé Yaalon de son intention de rallier Telem.

« ‘Bogey’ est un partenaire de manifestation. Je le considère comme un leader qui mérite de devenir Premier ministre d’Israël », a commenté sur Twitter Ben Yitzhak, qui est un ancien officier de l’agence de sécurité du Shin Bet et qui dirige actuellement le groupe du Crime minister – l’une des organisations à organiser le mouvement anti-Netanyahu au sein de l’Etat juif – en utilisant le surnom donné à Yaalon. « Un grand-nombre de personnes m’ont demandé, ces derniers mois, de me présenter aux élections et je fais donc aujourd’hui le grand plongeon ».

Moshe Yaalon participe à une marche de protestation à Jérusalem contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 14 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Au mois de novembre, Gonen avait été accusé d’avoir assisté à un rassemblement interdit et d’avoir gêné un officier de police dans l’exercice de ses fonctions pour un incident survenu lors d’une manifestation de juillet à Jérusalem qui avait tourné à la violence lorsque la police avait tenté de mettre fin à la manifestation.

Selon l’acte d’accusation, Ben Yitzhak avait fait partie des personnes qui avaient ignoré une demande de la police de mettre fin à la manifestation et qui avaient continué à protester illégalement et à faire du bruit. Juste après minuit, le chef de la police avait ordonné l’utilisation de canons à eau pour disperser la foule, mais Ben Yitzhak s’était couché sous le canon et s’y était accroché pour tenter d’empêcher son utilisation.

Gonen Ben Yitzhak sous un canon à eau lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 18 juillet 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Yaalon a fait savoir, dimanche soir, qu’il avait retiré un candidat de la liste de Telem, l’avocat Ayman Abu Rieh, après avoir appris que ce dernier faisait l’objet d’une enquête pour corruption.

Le dirigeant du parti Yesh Atid, Yair Lapid a écrit sur Twitter : « J’apprécie et je respecte énormément Moshe Yaalon, et je lui souhaite bonne chance ».

Des informations avaient laissé entendre, cette semaine, que Yaalon et Lapid n’étaient pas parvenus à s’accorder sur les conditions qui auraient permis de maintenir leur partenariat.

Lors du scrutin précédent, Telem et Yesh Atid s’étaient présentés dans le cadre d’une alliance avec la formation Hossen LeYisrael de Benny Gantz connue sous le nom de Kakhol lavan.

L’alliance avait explosé quand Gantz avait décidé d’intégrer une coalition placée sous l’autorité du Premier ministre Benjamin Netanyahu au mois de mai 2020, citant la nécessité d’éviter un quatrième scrutin consécutif en formant un gouvernement d’unité qui serait à même de prendre en charge les crises économique et sanitaire causées par la pandémie de coronavirus. Yaalon et Lapid avaient insisté sur le fait qu’il était impossible de faire confiance à Netanyahu et que ce dernier placerait toujours ses intérêts personnels – et la nécessité, pour lui, d’échapper aux poursuites judiciaires dont il fait l’objet pour corruption – avant le bien public.

De gauche à droite, Moshe Yaalon, Yair Lapid et le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 28 octobre 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La formation de Gantz avait continué sous l’appellation Kakhol lavan, tandis que Yaalon et Lapid étaient passés dans les rangs de l’opposition sous le nom de Yesh Atid-Telem.

Certains députés de Telem avaient intégré la coalition de Netanyahu, au mois de mai. Les législateurs Yoaz Hendel et Zvi Hauser ont depuis annoncé qu’ils ralliaient la formation de Gideon Saar, Tikva Hadasha.

Même si Netanyahu et Gantz avaient conclu un accord qui devait permettre à Gantz de remplacer Netanyahu au poste de Premier ministre au mois de novembre 2021, une faille dans l’accord avait entraîné l’effondrement de la coalition en raison du refus opposé par Netanyahu d’adopter un budget.

Le mois dernier, Yaalon avait expliqué qu’il se présenterait séparément aux élections et que l’ex-chef d’Etat-major Gadi Eizenkot deviendrait son numéro deux. Eizenkot aurait toutefois fait savoir à ses proches qu’il avait décidé de ne pas entrer pour l’instant en politique et qu’il ne se présenterait pas au prochain scrutin.

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