Couverture médiatique négative – Bennett s’en prend à Netanyahu
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Couverture médiatique négative – Bennett s’en prend à Netanyahu

Un reportage sur l’enquête Bezeq affirme que Netanyahu aurait demandé à Shaul Elovitch, le propriétaire de Walla, de publier des informations compromettantes sur Gilat Bennett

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Naftali Bennett et son épouse Gilat aux urnes lors des élections du 22 janvier 2012/ (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)
Naftali Bennett et son épouse Gilat aux urnes lors des élections du 22 janvier 2012/ (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Mercredi soir, Naftali Bennett, le chef du parti HaBayit HaYehudi, s’en est pris au Premier ministre Benjamin Netanyahu après que Hadashot TV a diffusé un reportage selon lequel le Premier ministre avait utilisé sa relation avec l’homme d’affaires Shaul Elovitch pour diffuser une couverture médiatique négative de la femme du ministre de l’Education.

Les liens de Netanyahu avec Elovitch ont été visés par une enquête dans laquelle la police a recommandé que le Premier ministre soit inculpé pour corruption.

Des policiers pensent que Netanyahu a fait adopter des décisions régulatoires favorisant Elovitch, l’actionnaire principal de Bezeq, la plus grande entreprise de télécommunications du pays – malgré l’opposition des fonctionnaires du ministère de la Communication – en échange d’une couverture médiatique positive sur le site d’information Walla détenu par Elovitch.

Le reportage de Hadashot expliquait qu’ « un jour, Netanyahu lui avait demandé de publier l’information négative que Gilat, la femme de Naftali Bennett, était chef dans des restaurants non cashers. Ils ont refusé de publier un article de ce genre ».

Un Bennett furieux a écrit sur Twitter : « Je suis désolé pour vous M. Netanyahu. Vous avez pris la peine d’appeler personnellement le propriétaire de Walla pour nuire à ma femme. C’était un acte ignoble et lâche. Honte à vous. J’ai épousé Gilat, une femme merveilleuse, une Israélienne d’une famille laïque et de principes. Ensemble, nous avons fondé un merveilleux foyer sioniste. Ma famille est la fierté de ma vie.

« Ne vous excusez pas auprès de moi, cela ne m’intéresse pas. Excusez-vous auprès de ma femme ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l’Éducation Naftali Bennett lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 31 août 2015. (Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Netanyahu, lui-même, se plaint depuis longtemps d’articles cancaniers sur sa famille.

Le parti de Bennett est clef pour la coalition de Netanyahu, qui s’écroulerait sans le soutien de HaBayit HaYehudi. Bennett avait récemment envisagé de démissionner après que Netanyahu a refusé sa demande de devenir ministre de la Défense, mais il n’a pas pris cette décision au dernier moment.

Le mois dernier, la coalition a été réduite à une infime majorité de seulement 61-59 sièges dans la Knesset à 120 sièges, après qu’Yisrael Beitenu a quitté le gouvernement au sujet de la gestion du conflit avec le Hamas dans la bande de Gaza.

Dimanche, la police a annoncé qu’elle recommandait d’inculper Netanyahu et sa femme, Sara Netanyahu, pour des accusations de corruption dans l’enquête pour corruption Bezeq, aussi connue comme le cas 4000.

Dans une accusation cinglante, la police a déclaré « le Premier ministre et ses associés sont intervenus de manière flagrante et continue, et parfois même quotidiennement, sur le contenu publié par le site d’information Walla, et ont cherché à influencer la nomination de journalistes (rédacteurs et reporters) à travers leurs contacts avec Shaul et Iris Elovitch », la femme du propriétaire de Bezeq.

« La suspicion principale est que le Premier ministre a pris des pots-de-vin et a agi en conflit d’intérêt en intervenant et en mettant en place des décisions régulatoires qui favorisent Shaul Elovitch et le groupe Bezeq, tout en interférant directement ou indirectement sur le contenu du site Walla d’une manière qui lui profiterait », a déclaré la police dans un communiqué conjoint avec l’Autorité des Sécurités Israël, qui a aussi participé à l’enquête de neuf mois.

Shaul Elovitch au tribunal du district de Tel Aviv pour une audience de prolongation de détention dans l’affaire 4 000, la 26 février 2018 (Crédit : Flash90)

La police a considéré qu’il y avait « un comportement incorrect entre Netanyahu et Elovitch sur deux axes principaux : modifier la couverture médiatique en échange de régulation plus favorable ».

Les enquêteurs ont déclaré qu’ils pensaient qu’il y avait assez de preuves pour mener Netanyahu devant un tribunal pour des accusations de corruption, fraude et abus de confiance et pour avoir frauduleusement accepté certains avantages.

L’affaire Bezeq est la plus grave des trois affaires qui visent Netanyahu. Deux de ses proches collaborateurs sont devenus des témoins de l’État et auraient fourni à la police des preuves incriminantes. Netanyahu contrôlait le portefeuille des communications au gouvernement jusqu’à l’année dernière et il supervisait les régulations dans le domaine. De nombreux anciens journalistes de Walla ont attesté avoir été soumis à des pressions pour ne pas écrire des articles négatifs sur Netanyahu.

La police a déclaré que l’enquête, qui comprend le témoignage de 60 personnes, a révélé que Netanyahu et Elovitch, le patron de Bezeq, se sont engagés dans une « relation basée sur la corruption ». Deux suspects sont devenus de témoins de l’État qui ont aidé la police dans l’enquête : Nir Hefetz, ancien conseiller médiatique de la famille Netanyahu, et Shlomo Filber, l’ancien directeur général du ministère des Communications.

Le résumé de l’enquête contenait également une recommandation de poursuites contre Sara Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance, et pour « entrave aux déroulements d’une enquête judiciaire » en ce qui concerne Shaul Elovitch.

Pour la police, Sara a agi sur le compte du Premier ministre pour coordonner la couverture sur Walla avec la femme d’Elovitch, Iris Elovitch, et Ilan Yeshua, le PDG du site d’information, qui devrait également être poursuivi pour corruption, selon la police.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara avant l’allumage de la hanoukkiah, à Ramat Gan, le 2 décembre 2018. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Les conclusions ont également révélé que la famille Elovitch avait influencé les publications de Walla, en échange de décisions régulatoires en faveur de Shaul Elovitch et du Groupe Bezeq, et cela dans la volonté de faire avancer plus encore les intérêts commerciaux du groupe Bezeq en général et son contrôle d’actionnaire en particulière », a expliqué la police.

La police a déclaré qu’il y avait assez d’éléments pour inculper Shaul et Iris Elovitch, tout comme un responsable de Bezeq Amirak Shorer, accusés d’avoir donné des pots-de-vin, d’entrave aux procédures d’investigation et judiciaire, et d’avoir enfreint les lois sur le blanchiment d’argent. La police a aussi recommandé d’inculper leur fils Or Elovitch, et l’ancienne directrice de Bezeq Stella Handler pour fraude et abus de confiance, et Zeev Rubenstein, un ami proche des familles Netanyahu et Elovitch et vice-président d’Israëls Bonds, pour des accusations de corruption.

Dimanche, Netanyahu a nié les accusations, affirmant que la police menait une conspiration contre lui.

« Les recommandations me concernant moi et ma femme ne surprennent personne, ni la calendrier de leur publication », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Dimanche, il s’agissait aussi du dernier jour en poste pour le chef de la police Roni Alsheich, qui avait été nommé par Netanyahu mais avec lequel Netanyahu s’est brouillé. Le Premier ministre a refusé de le prolonger à son poste pour une quatrième année, comme c’est généralement le cas.

« Ces recommandations étaient prises et ont fuité dans la presse avant même que les enquêtes ne commencent, a-t-il ajouté. Les recommandations n’ont aucune base juridique. Tout récemment, les autorités compétentes ont rejeté les recommandations directes de la police contre une série de responsables publics. Je suis sûr que dans ce cas aussi, les autorités compétentes, après avoir vérifié l’affaire, en arriveront à la même conclusion – qu’il n’y a rien parce que rien ne s’est produit ».

Mercredi, Netanyahu a refusé de répondre au message de Bennett ou au dernier reportage de Hadashot mais son fils, Yair Netanyahu, a répliqué au chef de HaBayit HaYehudi, l’accusant d’avoir répandu des rumeurs contre Sara Netanyahu.

« Allez, a-t-il écrit dans un message directement adressé à Bennett, vous avez fait la même chose un million de fois contre ma mère ».

Dans son communiqué de dimanche, la police a bien souligné que l’enquête de l’affaire 4000 n’avait pas permis de trouver assez de preuves pour inculper Yair Netanyahu, qui avait été interrogé à plusieurs reprises au cours de l’enquête.

Netanyahu est également suspecté dans deux autres affaires de corruption, l’affaire 1000 et 2000, deux enquêtes pour lesquelles la police a déjà recommandé des mises en examen pour corruption.

Dans l’Affaire 1000, ce que l’on a appelé le « scandale des cadeaux », Netanyahu est suspecté d’avoir « systématiquement » demandé des avantages, à hauteur d’environ un million de shekels (249 000 euros), à des bienfaiteurs milliardaires, y compris le producteur d’Hollywood Arnon Milchan et le propriétaire d’hôtels australien James Packer, en échange de faveurs.

L’affaire 2000 correspond à une suspicion d’un accord frauduleux entre Netanyahu et le journal Yedioth Ahronoth d’Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre travailler à affaiblir un quotidien rival, Israël Hayom soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture médiatique plus favorable de la part du Yedioth.

Netanyahu a nié toute faute dans ces affaires, soulignant que les cadeaux ont été offerts par des amis, qu’il ne s’agissait pas de corruption, et qu’il n’avait jamais eu l’intention d’agir après ses conversations avec Mozes.

Les recommendations dans l’affaire 4000 vont maintenant aller vers le Bureau du Procureur général. Elles seront déjà examinées par le procureur d’état avant d’aller vers le Procureur général Avichai Mandelblit.

Mandelblit, qui prendra la décision finale d’inculper ou non le Premier ministre, a l’intention d’examiner toutes les trois affaires en même temps, ce qui ne sera possible qu’après avoir reçu les recommandations du procureur de l’État qui se basent sur les rapports finaux de la police.

Ce processus fixe la date probable de toute décision finale sur un éventuel procès de Netanyahu à la fin 2019, peut-être après les prochaines élections à la Knesset. Les prochaines élections sont actuellement prévues pour novembre 2019, mais pourraient très bien se tenir plus tôt.

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