COVID-19 : les anticorps d’un lama pourraient aider des millions de personnes
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COVID-19 : les anticorps d’un lama pourraient aider des millions de personnes

"Ils sont hautement efficaces", explique une chercheuse israélienne qui a étudié les "nanocorps" de Wally en vue de mettre au point un inhalateur destiné aux malades de la Covid

Wally le lama, source d'anticorps pour la COVID-19. (Autorisation : Dina Schneidman-Duhovny)
Wally le lama, source d'anticorps pour la COVID-19. (Autorisation : Dina Schneidman-Duhovny)

Les anticorps d’un seul lama, qui ont été analysés dans un laboratoire de Jérusalem, pourraient être répliqués afin d’aider des « millions » de patients atteints par le coronavirus, disent les scientifiques.

Dina Schneidman-Duhovny, de l’Université hébraïque de Jérusalem, a étudié les qualités de dizaines d’anticorps prélevés sur un lama appelé Wally. Elle a ensuite identifié ceux qui seraient les plus aptes à combattre le coronavirus chez les êtres humains.

Les meilleurs candidats ont été testés in-vitro par des chercheurs aux États-Unis, avec des cellules du coronavirus et des cellules humaines. Les « nanocorps » du camélidé ont semblé réduire de manière significative la capacité du virus à infecter les cellules.

Si les anticorps du lama sont bien plus petits en taille que ceux des humains – on les appelle souvent des « nanocorps », ou anticorps à domaine unique – ils sont plus simples et moins coûteux à reproduire artificiellement. Les scientifiques estiment qu’il n’est pas nécessaire de les délivrer via intraveineuse, comme c’est le cas pour les anticorps humains, et qu’ils pourraient être dosés par le biais d’un inhalateur, qui est d’ores et déjà développé pour des essais cliniques.

« Ils sont hautement efficaces », s’exclame Schneidman-Duhovny auprès du Times of Israel, ajoutant que les nanocorps pourront potentiellement aider des millions de patients. « Les anticorps s’attachent au virus, un peu comme de la colle. Ils sont très spécifiques et prennent très précisément pour cible le nouveau coronavirus ».

Wally le lama chez lui, dans une ferme du Massachusetts. (Autorisation : Dina Schneidman-Duhovny)

Elle ajoute que « contrairement aux autres types d’anticorps actuellement disponibles, comme ceux qui avaient été donnés à Donald Trump, ceux-là peuvent être fabriqués très rapidement et à un coût moindre ». Elle explique que « c’est parce qu’ils peuvent être produits sous forme microbienne, contrairement aux autres qui nécessitent un processus de traitement plus complexe ».

Schneidman-Duhovny, biologiste, travaille dans le cadre d’une équipe dirigée par l’université de Pittsburgh, analysant par ordinateur les données ADN des anticorps fournis par ses collègues américains et créant des modèles d’évaluation de leur potentielle efficacité contre la COVID-19.

Les traitements à base d’anticorps ne sont pas une idée nouvelle pour soigner le coronavirus, pas plus que le concept d’extraire des anticorps d’animaux. Depuis le début de la pandémie, des anticorps de personnes guéries de la maladie ont pu être administrés, et des cocktails d’anticorps synthétiques ont, depuis, été mis au point – comme cela est le cas de cette combinaison d’anticorps d’origine humaine et animale qui a été donnée à Trump.

Dina Schneidman-Duhovny (Autorisation : Dina Schneidman-Duhovny)

Mais Schneidman-Duhovny estime qu’au vu de leurs performances in-vitro, les anticorps mis au point par son équipe sont plus efficaces que tous ceux qui ont été examinés jusqu’à aujourd’hui – et notamment dans le cadre d’une initiative menée avec un autre lama qui n’a pas encore débouché sur un produit thérapeutique.

Sa recherche, qui vient d’être révisée par des pairs et publiée dans le journal Science, se concentre sur le potentiel des anticorps synthétiques sur la base de ceux qui sont produits par Wally, qui vit dans une ferme du Massachusetts.

Son équipe a injecté à Wally un fragment de protéine de pointe du coronavirus. Après deux mois environ, le système immunitaire de l’animal a produit des anticorps matures, qui ont été prélevés et répliqués.

Schneidman-Duhovn se dit « enthousiasmée » par les anticorps de l’équipe qui, indique-t-elle, seront bientôt disponibles sous forme de spray avant d’être soumis à des essais cliniques.

Elle travaillait déjà sur les anticorps de lama avec ses collègues de l’université de Pittsburgh quand la pandémie a fait son apparition. Les études avaient commencé bien avant qu’ils n’entendent parler pour la première fois du coronavirus – l’équipe travaillait alors sur le potentiel général des traitements aux anticorps sur les êtres humains.

Son principal collaborateur, Yi Shi, professeur associé de biologie cellulaire à Pittsburgh, était inquiet à l’idée de se concentrer sur la COVID-19.

Les anticorps de lama, en violet, attachés à une protéine du coronavirus, en gris et rose. (Autorisation : Dina Schneidman-Duhovny)

Schneidman-Duhovn se souvient qu’il était « hésitant parce que c’est un domaine très concurrentiel, et que nous commençons tous les deux nos carrières. Mais je lui ai dit que la pandémie était hors de contrôle et qu’il fallait vraiment faire tout ce qu’on serait capable de faire ».

Les deux chercheurs sont quadragénaires et aucun des deux n’est titularisé.

Schneidman-Duhovn l’a finalement convaincu, au cours d’un appel sur Zoom, de s’attaquer au coronavirus et, lors d’une conférence de presse qui a eu lieu la semaine dernière, il a dit que les anticorps étaient « l’idéal pour prendre en charge l’urgence et l’ampleur de la crise actuelle ».

Paul Duprex, directeur du centre de Pittsburgh de recherche sur les vaccins, a souligné le processus – et son optimisme – au cours de la conférence de presse. « Nous avons mélangé une quantité minuscule d’anticorps et de virus vivant prélevé sur un patient de Munich et nous avons ajouté quelques gouttes de cette solution à une plaque cellulaire », a-t-il décrit.

« Finalement, deux jours après, nous avons mesuré combien ces nanocorps étaient parvenus à neutraliser le virus et nous avons pu déterminer le nombre de cellules qui avaient survécu. Ce que nous avons découvert était vraiment remarquable – juste une fraction de ces nanocorps suffisait pour neutraliser des particules de SARS-COV-2, protégeant des millions de cellules. Et c’est beaucoup plus efficace qu’un grand nombre des autres thérapies à base d’anticorps qui ont été mises au point ».

Cyrille Cohen, chef du laboratoire d’immunité au sein de l’université Bar-Ilan, qui n’a pas travaillé lui-même avec l’équipe chargée de l’étude réalisée sur le lama, déclare au Times of Israel considérer que cette recherche est « très intéressante », notant qu’un produit basé sur les anticorps de lama a d’ores et déjà été approuvé et qu’il est utilisé pour soigner une maladie rare du sang.

Évoquant cette recherche sur le coronavirus, il dit que le « point positif : ce sont des anticorps très stables et également si petits que leur capacité de conservation pourrait être plus longue que celle des autres anticorps en général. Ils peuvent agir au niveau biologique à des doses plus faibles et ainsi, il n’est pas nécessaire d’en produire des quantités énormes en ce qui concerne leur fabrication et on devrait pouvoir aussi en utiliser des doses moindres ».

Il ajoute que « le point probablement problématique, c’est que ce ne sont pas des anticorps humains, ce qui signifie que même s’ils sont plus petits et plus faciles à produire, leur injection est susceptible d’entraîner une réponse immunitaire chez le patient, dont le corps pourrait ‘attaquer’ et ‘rejeter’ ces anticorps ».

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