COVID : Des entreprises israéliennes et émiraties signent un « accord historique »
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COVID : Des entreprises israéliennes et émiraties signent un « accord historique »

Israel Aerospace Industries et Rafael ont signé un accord avec l'émiratie Group 42, une première commerciale entre des pays qui ne partagent pas de liens diplomatiques

Illustration : Une des membres de l'équipe médicale de l'hôpital Barzilai, dans la ville d'Ashkelon, au sud d'Israël, porte un équipement de protection alors qu'elle manipule un échantillon de coronavirus, le 29 mars 2020. (Flash90)
Illustration : Une des membres de l'équipe médicale de l'hôpital Barzilai, dans la ville d'Ashkelon, au sud d'Israël, porte un équipement de protection alors qu'elle manipule un échantillon de coronavirus, le 29 mars 2020. (Flash90)

Des entreprises d’Israël et des Émirats arabes unis ont signé jeudi un accord pour unir leurs forces en matière de recherche et de développement technologique dans la lutte contre la pandémie de coronavirus.

Group 42, une entreprise technologique basée à Abou Dhabi, a signé un protocole d’accord avec les entreprises israéliennes Rafael Advanced Defense Systems et Israel Aerospace Industries, selon l’agence de presse émiratie WAM.

Israël et les EAU n’ont pas de relations diplomatiques officielles, mais ont progressivement renforcé leurs relations ces dernières années.

Les représentants des entreprises ont organisé une cérémonie de signature de l’accord par vidéoconférence.

« Chez G42, nous considérons la coopération internationale comme un moyen de développer des solutions technologiques nouvelles et innovantes pour le bien public », a commenté Group 42 dans une déclaration, selon WAM. « Notre société a le privilège de suivre l’exemple et de partager ses ressources et son expertise avec Rafael et IAI pour une cause aussi importante. »

Israel Aerospace Industries a confirmé l’accord dans une déclaration, en disant : « Israel Aerospace Industries a signé un accord de coopération historique avec la société Group 42 d’Abou Dhabi, la capitale des EAU. »

« Le coronavirus traverse les continents, les nations et les religions, et coopérer pour des solutions révolutionnaires est de la plus grande importance », a indiqué l’entreprise. « Nous sommes fiers de nous joindre à l’entreprise Group 42 des EAU et espérons que cela conduira à une future coopération entre les deux pays. »

Les communiqués n’ont fourni aucun détail sur les projets communs, ni sur la façon dont le partenariat se poursuivra.

Selon le site web de la société d’Abou Dhabi, Group 42, également connu sous le nom de G42, est spécialisé dans l’intelligence artificielle et en cloud computing.

L’entreprise est liée à l’application d’appel vidéo et vocal ToTok, soupçonnée au début de l’année d’espionner des utilisateurs aux Émirats.

Un homme portant un masque de protection dans une rue de Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 18 mars 2020. (Crédit : KARIM SAHIB / AFP)

Les informations parues à l’époque indiquaient que le PDG du Groupe 42 était Peng Xiao, qui a dirigé pendant des années Pegasus, une filiale de DarkMatter, une entreprise de sécurité émiratie sous surveillance pour avoir embauché d’anciens employés de la CIA et de la NSA, ainsi que d’autres personnes originaires d’Israël. Groupe 42 a nié à l’époque toute connexion avec DarkMatter.

L’article de WAM de jeudi sur le nouveau partenariat comprenait une photo de ce qui semblait être Peng Xiao, mais il n’était pas nommé dans le communiqué.

Rafael est l’une des plus grandes sociétés de défense israélienne. La société développe et fabrique des systèmes pour les forces de défense israéliennes et l’establishment de la défense, ainsi que pour des clients du monde entier.

Israel Aerospace industries est la plus grande entreprise aérospatiale et de défense du pays. La société fabrique des systèmes aériens sans pilote, des radars et des satellites de communication, entre autres produits, et a travaillé avec le ministère de la Défense pour lutter contre la pandémie de coronavirus. L’accord avec Groupe 42 a été signé avec la division Elta de l’IAI.

Jérusalem et Abou Dhabi n’ont pas de relations diplomatiques officielles, mais coopèrent de plus en plus ouvertement après des années de rumeurs de discussions en coulisses entre les deux pays sur leur inimitié mutuelle envers l’Iran.

Les tensions entre Israël et ses voisins ont cependant augmenté ces dernières semaines, en raison de l’intention déclarée de Benjamin Netanyahu de commencer à annexer des pans de la Cisjordanie à partir du 1er juillet.

Le Premier ministre a annoncé un partenariat entre Israël et les EAU à la fin du mois dernier, affirmant dans un discours qu’une annonce des ministères de la Santé des deux gouvernements était imminente.

Un employé du Magen David Adom s’apprête à tester un patient présentant des symptômes de coronavirus à Jérusalem, le 23 juin 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Les EAU ont ensuite confirmé un projet commun entre des entreprises privées, mais n’ont pas mentionné la collaboration gouvernementale annoncée par Netanyahu.

Bien qu’ils ne reconnaissent pas Israël sur le plan diplomatique, les responsables émiratis ont, ces dernières années, autorisé des fonctionnaires israéliens à se rendre dans le pays, et l’hymne national israélien a été joué après qu’un athlète a remporté l’or lors d’un tournoi de judo dans la capitale émiratie. Israël a également une petite mission qui représente ses intérêts auprès de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables à Abou Dhabi.

En mai et juin, la compagnie aérienne Etihad Airlines des Émirats a effectué ses deux premiers vols directs d’Abou Dhabi vers Israël, transportant des cargaisons de fournitures médicales pour aider les Palestiniens à faire face à la pandémie de coronavirus. L’Autorité palestinienne a rejeté cette aide, disant qu’elle était un prétexte pour faire un pas vers la normalisation des liens entre Israël et les États du Golfe.

Le mois dernier, le ministre d’État des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, a appelé à une coopération accrue avec Israël. Il a déclaré qu’il n’y avait aucune raison de ne pas coopérer avec le pays dans les efforts visant à apporter une aide médicale aux Palestiniens souffrant de la pandémie de coronavirus.

En mai, un haut responsable de l’un des principaux hôpitaux du pays a fait savoir que plusieurs États du Golfe étaient activement engagés dans la coopération avec le système de santé israélien.

Des employés municipaux désinfectent les rues de l’île des Palmiers à Dubaï pour prévenir la propagation du nouveau coronavirus dans la ville émiratie, le 28 mars 2020. (Crédit : KARIM SAHIB / AFP)

Des représentants de haut niveau du Bahreïn et des EAU sont en contact régulier avec le centre médical Sheba, et ce déjà avant la crise sanitaire actuelle, a indiqué  Yoel Hareven, qui dirige la division internationale de l’hôpital. En mars, un membre de haut rang de la famille royale émiratie a visité en privé l’hôpital de Ramat Gan et est depuis resté en contact hebdomadaire, a déclaré M. Hareven.

Les États du Golfe reconnaissent la puissance et le caractère novateur du secteur de la santé israélien et sont de plus en plus disposés à le dire ouvertement, a ajouté M. Hareven, qui a qualifié cette visite de « début d’un voyage très fascinant – pour l’ensemble de la population israélienne, et pas seulement pour le domaine médical ou le centre médical Sheba ».

Le rabbin Marc Schneier, qui a de nombreux liens dans le Golfe et qui a contribué à mettre en relation Sheba et le gouvernement bahreïni, a affirmé que de nombreux décideurs du Golfe envisageaint un partenariat qui marierait les moyens économiques des pays arabes avec les compétences israéliennes.

Le mois dernier, le ministre d’État des Émirats arabes unis Yousef Al-Otaiba, qui est également l’ambassadeur du pays aux États-Unis, a écrit la toute première tribune libre d’un diplomate du Golfe pour un journal israélien, dans laquelle il reconnaissait qu’Israël et une grande partie du monde arabe s’étaient rapprochés ces dernières années. Il a exprimé la volonté qu’une telle coopération dans un large éventail de domaines s’approfondisse à l’avenir.

Mais il a mis en garde Jérusalem contre son projet d’annexion unilatérale de pans de la Cisjordanie, affirmant qu’une telle décision anéantirait tout espoir de rapprochement entre l’État juif et le monde arabe.

Al-Otaiba a noté qu’une grande partie du monde arabe « voudrait croire qu’Israël est une opportunité, et non un ennemi. Nous sommes confrontés à trop de dangers communs et nous voyons le grand potentiel de liens plus chaleureux. La décision d’Israël sur l’annexion sera un signal sans équivoque de sa perception de la situation ».

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