Crise au Liban: le Premier ministre désigné Saad Hariri jette l’éponge
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Crise au Liban: le Premier ministre désigné Saad Hariri jette l’éponge

Le gouvernement actuel, chargé des affaires courantes, a démissionné après l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth, un coup de grâce pour une population déjà à genoux

Le Premier ministre libanis Saad Hariri annonce la formation du nouveau gouvernement, au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 31 janvier 2019. (Crédit : Anwar Amro/AFP)
Le Premier ministre libanis Saad Hariri annonce la formation du nouveau gouvernement, au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 31 janvier 2019. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Le Premier ministre désigné au Liban, Saad Hariri, a annoncé jeudi renoncer à former un gouvernement près de neuf mois après sa nomination et au moment où le pays est confronté à la pire crise socio-économique de son histoire.

Washington a jugé « décevant » ce renoncement. L’abandon de M. Hariri « est une nouvelle déception pour le peuple libanais », a estimé le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken.

« La classe politique libanaise a gaspillé les 9 derniers mois », a déploré le chef de la diplomatie américaine, qui appelle les dirigeants du pays du Cèdre à « mettre leurs différends de côté sans tarder ».

M. Hariri devait mettre en place une équipe censée lancer des réformes indispensables pour débloquer notamment des aides internationales cruciales. Son échec a suscité des critiques de l’ONU et de la France, qui fait pression sur les dirigeants libanais face à l’effondrement du pays depuis l’explosion au port de Beyrouth.

Des heurts ont éclaté dans la soirée entre les forces de sécurité et des dizaines de manifestants qui se sont rassemblés dans la foulée de l’annonce de M. Hariri.

Ce dernier a indiqué à la presse avoir rencontré jeudi le président Michel Aoun, qui réclamait des amendements à la liste du gouvernement auxquels il s’opposait.

« Il est clair que la position (de Michel Aoun) n’a pas changé », a-t-il déclaré. « Je lui ai proposé plus de temps pour réfléchir et il a dit ‘Nous ne pourrons pas nous mettre d’accord’. C’est pourquoi je me suis excusé de ne pas pouvoir former le gouvernement. »

La présidence a répondu dans un communiqué que M. Hariri « n’était prêt à discuter d’aucun amendement ». « Quel est l’intérêt d’un jour supplémentaire si la porte des discussions est close? »

Michel Aoun doit désormais entamer des consultations pour choisir un chef de gouvernement. Les partis commenceront ensuite leurs traditionnels marchandages, souvent interminables, pour former un gouvernement dans ce pays multiconfessionnel mis en coupes réglées par les barons des diverses communautés.

Le président libanais Michel Aoun lors d’un discours à la nation au palais présidentiel, à Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 21 novembre 2019. (Crédit : Dalati Nohra via AP)

« Autodestruction cynique »

Depuis plusieurs mois, M. Hariri reproche au président d’entraver la formation du gouvernement en insistant sur une « minorité de blocage » au sein de la prochaine équipe et en cherchant à imposer une répartition « confessionnelle et partisane » des portefeuilles.

Le président « veut un tiers de blocage », a déclaré M. Hariri dans une interview accordée à la chaîne télévision libanaise Al-Jadeed. « Si je formais le gouvernement que Michel Aoun voulait (…) je ne pourrais pas diriger le pays » et mener des réformes, a-t-il ajouté.

Saad Hariri a plusieurs fois réitéré son attachement à un gouvernement de technocrates, réclamé à l’international.

C’est « un épisode dramatique de plus dans l’incapacité des responsables libanais à trouver une issue à la crise », a réagi à l’ONU le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, déplorant une « autodestruction cynique ».

Un porte-parole de l’ONU a de son côté réitéré l’appel de l’organisation « aux dirigeants politiques du pays à s’entendre rapidement sur la formation d’un nouveau gouvernement ».

Trois fois Premier ministre, Saad Hariri avait été désigné chef de gouvernement le 22 octobre 2020, un an après sa propre chute sous la pression d’un soulèvement populaire.

Le gouvernement actuel, chargé des affaires courantes, a démissionné après l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth le 4 août 2020, un coup de grâce pour une population déjà à genoux.

Plus de la moitié de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté et le pays, à court de devises, fait face à de nombreuses pénuries (médicaments, carburant, électricité, etc.).

Heurts à Beyrouth

La livre libanaise n’a cessé de dégringoler sur le marché noir, entraînant une hausse massive des prix. Officiellement arrimée au dollar, à 1 507 livres pour un billet vert, elle se vendait plus de 20 000 livres pour un dollar après l’annonce de M. Hariri, contre 19 700 jeudi matin.

Ce niveau record a entraîné de nouvelles manifestations.

Des heurts ont eu lieu à Beyrouth entre des protestataires et des forces de sécurité qui ont tiré des balles en caoutchouc pour débloquer des routes, a constaté l’AFP. La Croix-Rouge a fait état de blessés, sans en donner le nombre.

Avant M. Hariri, Moustapha Adib, nommé après l’explosion au port pour former un gouvernement, avait lui aussi échoué face à la résistance des partis.

La déflagration, déclenchée par un incendie dans un entrepôt qui abritait des tonnes de nitrate d’ammonium stockées « sans mesures de précaution » de l’aveu même des autorités, a fait plus de 200 morts et 6 500 blessés.

Explosion au port de Beyrouth, la capitale libanaise, le 4 août 2020. (Autorisation : STR / AFP)

Une enquête locale n’a toujours rien donné. L’explosion a été largement imputée par la population à la négligence et à la corruption des dirigeants.

Les manifestants accusent aussi la classe politique de ralentir l’enquête en bloquant des auditions d’anciens ministres et du directeur de la puissante Sûreté générale.

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