Crise de l’électricité : Les Palestiniens de Gaza se cloîtrent dans une atmosphère étouffante
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Gaza est un 'bateau qui coule'

Crise de l’électricité : Les Palestiniens de Gaza se cloîtrent dans une atmosphère étouffante

Les habitants de la bande de Gaza décrivent leur nouvelle réalité : les nuits sans sommeil, les plages fermées en raison des eaux usées toxiques et la hausse des prix alimentaires ; même l'eau douce est insuffisante

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un jeune palestinien se rafraichit avec de l'eau d'un bidon durant un pic de chaleur au camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 2 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)
Un jeune palestinien se rafraichit avec de l'eau d'un bidon durant un pic de chaleur au camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 2 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)

Sami, stagiaire médical, essaie de dormir. La même vague de chaleur qui brûle Israël touche également la bande de Gaza, où les températures ont été en hausse jusqu’à atteindre 37°C. La chaleur dans sa chambre est accablante, et les moustiques ne contribuent pas non plus à son repos. Mais en raison d’une crise continue de l’électricité, il ne peut pas se refroidir ou même brancher l’appareil qui tue les insectes.

« Parfois, je me retourne sur plusieurs côtés dans mon lit pendant une heure avant de pouvoir m’endormir. C’est humiliant », a déclaré Sami, qui a choisi d’utiliser un pseudonyme de peur de représailles des autorités de Gaza.

Dans une série d’entretiens accordés au Times of Israël, les résidents de la bande ont décrit les effets de la crise de l’électricité. Elle dicte leur routine. Les biens de base et les services deviennent un luxe. Les solutions ordinaires pour se rafraîchir, au cœur de la chaleur de l’été – y compris les douches, la natation, la climatisation et les ventilateurs électriques – ont presque disparu. Même l’eau potable est une denrée de plus en plus rare.

En fonction du quartier où il vit, expliquent les personnes interrogées, le Gazaoui moyen jouit de 4 à 6 ou de 2 à 3 heures d’électricité par jour. Les résidents n’ont aucune idée du moment où l’électricité fonctionnera. Quand ils peuvent enfin y avoir accès, ils doivent laisser tomber ce qu’ils font et se précipiter pour accomplir les tâches nécessitant son utilisation.

Des palestiniens se réchauffent autour d'un feu pour pallier le manque d'électricité, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 1er décembre 2016. (Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des palestiniens se réchauffent autour d’un feu pour pallier le manque d’électricité, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 1er décembre 2016. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Lorsque le courant arrive, pendant 2 à 3 heures, vous vous agitez comme un fou pour pouvoir recharger tout, pomper de l’eau, vous doucher, dormir, travailler, mettre en ligne, vous refroidir et respirer, tout en 2 heures », a déclaré Ali, un journaliste de 30 ans qui n’a pas souhaité témoigner sous son vrai nom, de peur de représailles.

L’électricité peut s’allumer au milieu d’une journée de travail, ou tard dans la nuit, quand tout le monde dort.

La crise de l’électricité actuelle a un impact terrible sur le quotidien. Ali ajoute : « l’eau froide devient un luxe, un désir, un rêve. Pas d’électricité signifie pas de réfrigérateur, et pas d’eau froide. »

Khaled, un père de famille de trois enfants et un travailleur humanitaire, qui a demandé que son vrai nom ne soit pas utilisé parce qu’il n’est pas autorisé à parler à la presse, s’est également plaint de ne pas pouvoir protéger sa famille de la chaleur.

« Mon plus jeune enfant a 8 mois. La nuit dernière, il ne pouvait pas dormir, alors nous avons continué à le rafraîchir. Nous avons utilisé un morceau de papier que nous agitions devant son visage, et à la minute où nous nous arrêtions, il se réveillait », a-t-il déclaré. « Ma femme s’occupe des tâches ménagères à des heures étranges. Vous la rencontrez très tôt le matin en train de mettre en route la machine à laver parce que l’électricité est arrivée. Son rythme de sommeil est complètement bousculé. »

Un jeune palestinien utilise une assiette en guise de ventilateur durant un pic de chaleur au camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 2 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)
Un jeune palestinien utilise une assiette en guise de ventilateur durant un pic de chaleur au camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 2 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)

Les habitants de Gaza ont souffert de problèmes d’électricité depuis que le groupe terroriste Hamas a succédé à l’Autorité palestinienne lors d’un violent coup d’Etat en 2007. Depuis, et jusqu’à quelques mois, les Gazaouis avaient accès à l’électricité toutes les huit heures – Huit heures avec, et huit heures sans… C’était suffisant, affirmaient-ils, pour maintenir un semblant de normalité et permettre aux infrastructures de la bande de marcher.

Israël et l’Égypte maintiennent leur blocus sur la bande, ce que Jérusalem dit être nécessaire pour empêcher la prolifération des armes et des matériaux qui pourraient être utilisés pour des activités terroristes ou pour lutter contre Israël. Les autorités aux frontières permettent aux biens humanitaires de circuler et délivrent également des permis aux habitants de Gaza pour entrer en Israël afin de recevoir des soins médicaux.

La crise actuelle a commencé lorsque la seule centrale électrique de la bande a été fermée en avril dernier, en raison d’un manque de carburant. Le Hamas a refusé d’acheter plus de diesel à l’AP, qui est contrôlé par la faction rivale du Fatah, les taxes sur le carburant étant trop élevées.

Une fillette palestienne tient une méduse et de la mousse , en Méditerannée, près du camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 3 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)
Une fillette palestinienne tient une méduse et de la mousse , en Méditerannée, près du camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 3 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)

La crise s’est accentuée lorsque l’AP, a décidé de réduire les paiements de 35 % pour l’électricité de Gaza fournie par Israël, une partie d’une série de mesures visant à forcer le Hamas à céder le contrôle de la bande.

À la demande de l’AP, Israël a graduellement réduit l’électricité fournie à la bande de Gaza. Ce dimanche, Israël a réduit ses approvisionnements à Gaza, qui sont passés de 120 mégawatts à 80. L’Etat hébreu se chargera de remettre l’électricité dès que quelqu’un payera la facture.

Le 21 juin, l’Égypte a commencé à exporter du carburant diesel vers la bande. Cela a permis à la centrale de Gaza de recommencer à fonctionner, avec une production de 70 mégawatts, selon l’Autorité palestinienne, additionnant ainsi des ressources naturelles à l’électricité palestinienne.

Le carburant égyptien, cependant, constitue seulement un accord temporaire avec le Caire, et sert uniquement à prévenir tout désastre. C’est encore peu de chose pour que les Gazaouis affamés et affaiblis par cette crise puissent voir enfin le bout de leurs propres souffrances.

Suhair Zakkout, qui travaille pour la Croix-Rouge, a déclaré que la crise peut « vraiment transformer chaque minute de vie en combat ».

Elle a décrit le cas d’un garçon souffrant d’asthme et qui doit être transporté à l’hôpital jusqu’à cinq fois par jour.

Quand il est relié à l’appareil qui l’aide à respirer, sa mère « peut facilement » gérer ses soins à la maison, a déclaré Zakkout. Mais sans électricité, chaque fois qu’il a une crise, il n’y a pas le choix, il faut se diriger vers l’hôpital.

Elle a également souligné le fait que les enfants de Gaza, qui sont en vacances d’été, sont désoeuvrés et livrés à eux-mêmes. La plage est le lieu habituel de rassemblement l’été, mais à présent, les autorités de Gaza ont fermé une grande partie de celle-ci. Sans électricité, les stations d’épuration ne fonctionnent pas correctement et les déchets bruts sont pompés dans la mer.

Gaza a célébré les vacances d’Eid al-Adha pendant trois jours la semaine dernière. C’est généralement l’occasion où les familles se réunissent et échangent des cadeaux. Mais avec des ascenseurs en panne, les personnes âgées et les personnes handicapées n’ont pas pu se rendre chez des familles qui vivent dans des grands immeubles, a déclaré Zakkout.

Zakkout a comparé le manque d’électricité à la maladie : « Vous ne comprenez réellement combien l’antibiotique est important que lorsque vous ne l’avez pas ».

Avant de conclure : Gaza est un « bateau qui coule ».

Lundi, les Nations unies ont réuni des diplomates dans leurs bureaux de Jérusalem. L’agence internationale a plaidé pour l’octroi de 25,2 millions de dollars afin de « stabiliser la situation humanitaire critique dans la bande de Gaza », causée par la crise de l’électricité.

Dans un document présenté lors de la réunion, les Nations unies ont identifié trois secteurs qui s’effondrent rapidement sans électricité : eau/assainissement, santé et nourriture.

Le document spécifie que les maisons ont accès à l’eau courante pendant quelques heures, tous les 3 à 5 jours. Les usines de dessalement fonctionnent à seulement 15 % de leur capacité et plus de 108 millions de litres d’eaux usées non traitées se déversent tous les jours en Méditerranée. Sans accès à l’eau potable, l’ONU a déclaré que 1,45 million de personnes à Gaza risquent de contracter des maladies d’origine hydrique, en raison de la consommation d’eau dangereuse.

Une jeune palestinienne remplit un jerrycan d'eau durant un pic de chaleur au camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 2 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)
Une jeune palestinienne remplit un jerrycan d’eau durant un pic de chaleur au camp de réfugiés al-Shati, à Gaza Ville, le 2 juillet 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)

« 1,45 million de personnes à Gaza risquent de contracter des maladies d’origine hydrique, affirme Guislain Defurne, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Déclarant lui aussi au Times of Israël que « Gaza est comme un navire qui coule ».

« Les Gazaouis ont l’eau jusqu’au cou », a-t-il repris. « Ils peuvent respirer, mais de l’eau pénètre encore dans le navire. Le peuple de Gaza ne fait que résister, depuis déjà bien longtemps. »

L’industrie alimentaire est également gravement touchée par la crise.

En raison de la pénurie d’eau, les coûts d’irrigation augmentent de 60 à 75 %, a déclaré Defurne. Beaucoup de nourriture est également perdue parce que la réfrigération est trop coûteuse.

Les supermarchés conservent les produits frais à l’aide de générateurs. Mais alimenter les machines coûte cher et les vendeurs sont forcés d’augmenter leurs prix.

L’ONU a déclaré que 1,2 million de personnes à Gaza qui étaient déjà confrontées à une insécurité alimentaire sont maintenant confrontées à des obstacles économiques accrus à la consommation.

Quant à savoir qui est responsable de la crise… « la plupart de la colère est dirigée vers le Hamas », a déclaré Sami, le stagiaire médical. Il a affirmé que la crise de l’électricité était dans presque dans toutes les conversations et qu’il entendait « les gens dénoncer à plusieurs reprises le Hamas pour cette raison-là ».

Khaled, l’humanitaire, a déclaré qu’il comprenait le sentiment des Israéliens souhaitant protéger leurs enfants. Mais il a soutenu que la politique de l’Etat hébreu entravait réellement leur sécurité.

Notant qu’environ 50 % des Gazaouis ont moins de 18 ans, il a déclaré : « Quel genre de génération à Gaza Israël verra dans cinq ou dix ans ? Souffrant des coupures d’électricité, du manque d’eau, des guerres… la mentalité de la jeunesse se développera en conséquence ».

« Les gens devraient recevoir leurs droits fondamentaux. Je ne vois aucun lien entre la sécurité d’Israël et les enfants de Gaza n’ayant pas d’eau potable. Vous devez casser le cycle à un moment donné », a-t-il déclaré.

Le Bureau du Premier ministre a refusé de commenter les faits. Dans le passé, les autorités israéliennes ont fait valoir qu’un conflit palestinien interne entre le Hamas et l’AP est la cause principale de la crise de l’électricité à Gaza et que l’Etat hébreu n’était pas concerné.

Israël et l’armée palestinienne déclarent que le Hamas, qui cherche ouvertement la destruction d’Israël, aurait l’argent nécessaire pour satisfaire les besoins en eau et en électricité de Gaza s’il ne dépensait pas une grande partie de ses ressources en matière d’armement afin de préparer un futur conflit avec l’Etat juif.

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