Critiqué par Netanyahu, le conseiller médiatique controversé de la police démissionne
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Critiqué par Netanyahu, le conseiller médiatique controversé de la police démissionne

Lior Horev aurait été à l'origine des fuites sur les enquêtes dont fait l'objet le Premier ministre

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Lior Horev arrive à la cour de district de Jérusalem pour témoigner dans une affaire contre le Premier ministre Ehud Olmert le 8 septembre 2011 (Crédit : Uri Lenz/FLASH90)
Lior Horev arrive à la cour de district de Jérusalem pour témoigner dans une affaire contre le Premier ministre Ehud Olmert le 8 septembre 2011 (Crédit : Uri Lenz/FLASH90)

Un conseiller médiatique controversé de la police israélienne a démissionné après des accusations formulées à son encontre par le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur un présumé parti pris et une tentative de détourner les enquêtes pour corruption contre le Premier ministre.

Un porte-parole de la police a dit que Lior Horev « a demandé à se retirer de la liste des conseillers de Goldfinger Media qui fournit des services à la police israélienne ».

« Le chef du département des médias de la police a approuvé la requête et l’a remercié pour son énorme contribution à la police dans une série de domaines qu’il a dû traiter », ajoutait-on dans le communiqué, qui a aussi été tweeté du compte Twitter personnel de Horev.

Horev est un vétéran de la politique qui, avec son entreprise Golfinger Media, a servi de conseiller pour un nombre important de politiques de premier plan, y compris Moshe Kahlon, l’allié qui s’est transformé en rival puis en partenaire de coalition de Netanyahu lors des élections de 2015.

Horev a été engagé par la police comme conseiller médiatique en mars 2016, quelques mois après que Roni Alsheich a été nommé à sa tête, pour une rémunération de 800 000 shekels (193 000 euros) par an. Malgré le tollé public pour ce salaire élevé, y compris une audience sur la nomination au Comité des Affaires intérieures de la Knesset, le contrat de Horev a été prolongé pour trois années supplémentaires au mois de mars.

Roni Alsheich, à gauche, le chef de la police, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, et Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, pendant une cérémonie en l’honneur d’Alsheich dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Horev a été visé par Netanyahu dans un message Facebook cinglant et sans précédent le mois dernier, critiquant la police pour ce qu’il a qualifié de « fuites illégales » sur deux enquêtes en cours dans lesquelles il est actuellement suspecté.

« Quand Alsheich est entré en fonction, il a pris deux décisions importantes : qu’il n’y aurait plus de fuites dans les enquêtes et qu’il n’y aurait plus de recommandations de la police [pour une mise en examen] », a déclaré Netanyahu dans le message qui a été publié quelques heures après des informations évoquant que la police s’apprêtait à intensifier les enquêtes.

« Depuis que Lior Horev a été nommé conseiller politique externe de la police pour un coût de millions [de shekels] à la charge du contribuable sans appel d’offre public pour le poste, les fuites illégales se sont transformées en tsunami et la décision d’éviter les recommandations [de mise en examen] ont disparu en conséquence », a écrit Netanyahu.

Horev a affirmé que le Premier ministre cherchait un affrontement. « Les affirmations de Netanyahu sont absurdes. Il essaie d’entraîner la police dans un combat personnel », a-t-il déclaré à l’époque.

Netanyahu est confronté à deux enquêtes criminelles, connues sous le nom d’Affaire 1000 et Affaires 2000. Il a nié tout méfait dans les deux affaires.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

L’Affaire 1000 concerne d’éventuels cadeaux illégaux donnés à Netanyahu et sa famille par des bienfaiteurs milliardaires, tout particulièrement des centaines de milliers de shekels en cigares et en champagne de la part du producteur hollywoodien Arnon Milchan né en Israël.

L’Affaire 2000 implique une suspicion d’accord quiproquo illicite entre Netanyahu et le propriétaire du journal Yedioth Ahronoth, Arnon “Noni” Mozes qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israël Hayom détenu par Sheldon Adelson, en faveur d’une couverture plus favorable d’ Yedioth.

Netanyahu doit faire face aux enquêteurs de la police pour la sixième fois dimanche soir. La semaine dernière, il a été interrogé par la police pendant quatre heures à la Résidence du Premier ministre, son premier interrogatoire depuis mars.

Des transcriptions qui ont fuité, des soupçons, des témoignages et même des photos fournies à la police par Netanyahu sont fréquemment apparus dans les médias hébreux depuis l’ouverture de l’enquête, au mois de janvier.

Netanyahu n’a cessé de critiquer les médias ces derniers temps face aux développements de l’affaire, accusant la presse d’utiliser les enquêtes à son encontre afin de mettre un terme à sa carrière de Premier ministre en consacrant une attention exagérée aux investigations.

Après les affirmations initiales du Premier ministre, Horev est devenu la cible de plusieurs membres du Likud, à la Knesset, qui l’ont accusé de mener une campagne ciblée de fuites médiatiques pour tenter de renverser le gouvernement dirigé par le parti.

David Amsalem, à gauche, député du Likud, et Alsheich, chef de la police israélienne, à la Knesset,le 11 juillet 2017.(Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors d’une réunion de la commission de la Knesset, il y a deux semaines, un allié de Netanyahu, le législateur David Amsalem (Likud) a réclamé le renvoi de Horev en raison d’une série de Tweets se moquant des députés, notamment d’un qui se référait à Amsalem sous le nom de « Dudi Du », le personnage d’un programme pour les enfants à la télévision israélienne apparaissant sous la forme d’un ours corpulent et maladroit. A cette rencontre de Commission, Amsalem avait présenté un avis du contrôleur du ministère de la Sécurité intérieure qui disait que de telles parutions sur le réseau social contrevenaient au contrat passé par Horev.

Répondant à sa démission, dimanche, Amsalem a fait savoir qu’il était heureux que les autorités aient compris qu’elles avaient fait une « erreur » en utilisant Horev comme conseiller.

“Lior Horev n’aurait jamais dû être embauché par la police en raison de ses affiliations politiques et de son opposition publique aux politiciens et responsables élus, ce qui, en soit, n’avait aucun précédent sous une gouvernance démocratique », a-t-il commenté dans une déclaration.

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