Cuba, Iran : Hollande déroule le tapis rouge aux anciens « infréquentables »
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Cuba, Iran : Hollande déroule le tapis rouge aux anciens « infréquentables »

Paris espère tirer profit d'un lien privilégié avec Téhéran et La Havane et prendre de l'avance sur les autres pays

Le président français François Hollande (à gauche) accueille le président cubain Raul Castro à son arrivée le 1 février 2016 au Palais de l'Elysée à Paris (Crédit : AFP/STEPHANE DE SAKUTIN)
Le président français François Hollande (à gauche) accueille le président cubain Raul Castro à son arrivée le 1 février 2016 au Palais de l'Elysée à Paris (Crédit : AFP/STEPHANE DE SAKUTIN)

Ouverture diplomatique et contrats fructueux : les visites de l’Iranien Hassan Rouhani et du Cubain Raul Castro ont permis à la France d’entamer une normalisation des relations avec deux anciens « infréquentables » de la scène internationale.

Honneurs militaires il y a quelques jours pour le président iranien Rouhani, descente des Champs-Elysées avec escorte de la Garde républicaine pour le frère du Lider Maximo : un nouveau chapitre s’est ouvert avec les deux pays.

Si les sanctions économiques qui leur sont imposées ne sont pas totalement levées, la France entend bien prendre de l’avance, notamment sur les Etats-Unis.

Paris espère notamment tirer profit d’un lien privilégié avec La Havane et Téhéran. Hassan Rouhani n’a ainsi pas manqué de rappeler son attachement à la France, avec une référence à l’épisode de Neauphle-le-Château, commune de la région parisienne et terre d’asile à la fin des années 70 pour l’ayatollah Khomeini et son entourage, dont faisait partie l’actuel président iranien.

Autre lien : « l’Iran moderne s’est construit en envoyant beaucoup d’étudiants en France », explique Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Avec Cuba, c’est « la gauche française (qui) a toujours eu un minimum de capital sympathie », selon le politologue Philippe Braud, qui rappelle qu’ « une grande partie du personnel socialiste entre 1980 et aujourd’hui a fait le voyage à Cuba ». Deuxième président socialiste de la Ve République, François Hollande s’est lui-même rendu en mai 2015 à La Havane, où il a rencontré Fidel Castro.

Ecran de fumée sur les droits de l’Homme

Mais si elles ont permis la signature de contrats, en particulier avec l’Iran, ces visites ont aussi reçu leur lot de critiques sur la question des droits de l’Homme.

Le 28 janvier, au lendemain de l’arrivée du président iranien, 65 parlementaires français ont ainsi signé une tribune appelant François Hollande « à faire preuve de fermeté et de cohérence face à Hassan Rouhani ».

Le président français a en retour rappelé « l’attachement de la France aux droits de l’Homme », y compris en Iran, le pays qui exécute le plus de mineurs au monde selon Amnesty International, et « une des cinq plus grandes prisons du monde pour les journalistes » selon Reporters sans frontières.

Thierry Coville pointe une vision sélective des parlementaires : « si ces hommes politiques étaient vraiment intéressés par les droits de l’Homme, ils critiqueraient aussi l’Arabie Saoudite ». Paris a aussi vendu des armes au Qatar et à l’Egypte.

Pour Philippe Braud, la question des droits de l’Homme est une valeur ajoutée dans les relations diplomatiques. « Quand François Hollande évoque les questions internationales, il parle aussi à son opinion interne, les phrases sur les droits de l’Homme, c’est à destination interne », explique-t-il. Pour lui, « chacun sait qu’on est obligé de faire des affaires même avec des pays peu fréquentables ».

La visite de Castro a elle aussi donné lieu à des mises en garde. Reporters Sans Frontières a ainsi interpellé Hollande sur les emprisonnements de journalistes cubains. Un écho à une tribune « Dire la vérité » signée en 2003 par celui qui était alors premier secrétaire du parti socialiste (PS) et fustigeait le régime castriste et son « arsenal complet d’une dictature ».

« On a raison de rappeler les droits de l’Homme mais il ne faut pas confondre les registres », ajoute François Heisbourg, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, même s’il estime que la France peut avoir un rôle à jouer : « nous avons cette image du pays des droits de l’Homme et donc une légitimité à négocier des libérations de prisonniers ».

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